L’installation agricole est aujourd’hui à peu près inaccessible. Sans à peine caricaturer, il n’est pas rare qu’un jeune s’installe endetté jusqu’à sa retraite… L’agriculture post-moderne doit inventer des façons plus économes et contributives pour relever les défis environnementaux qui s’annoncent. Difficulté créatrice aidant, c’est ce qu’à réussi à faire Marcin Jakubowski lorsqu’il s’est installé comme agriculteur dans le Misouri. Il nous raconte sa découverte enthousiasmante mélangeant agriculture, l’écologie et l’open source.
Internet et le logiciel libre a mis en lumière le fait que dans un monde ouvert sur les connaissances, il était possible de regrouper les énergies pour créer horizontalement les solutions aux problèmes et de les optimiser par la contribution tout azimuts. La révolution est marche ici est du même ordre que celle des FabLab. En rapprochant la production de la consommation, on peut créer un objet au plus près de la fonctionnalité désirée. Encore plus, ce circuit court de la production industrielle économise de nombreux intermédiaires et diminue ainsi très fortement les couts de production d’un objet en mutualisant à l’échelle de la planète numérique la recherche et le développement, la construction et en rendant quasiment obsolète sa distribution. L’économie de ressources potentiellement réalisée est gigantesque et permet de réduire la pression importante que nous exerçons sur les ressources limitées de notre planète. Seule contrainte, apprendre les bases de la mécaniques, mais je sais que cette compétence est en générale déjà acquise par de nombreux agriculteurs confrontés au machinisme agricole, il n’y a donc plus qu’à oser franchir le pas.
Prix comparatifs exprimés en dollars
Le faire soi-même (Do it yourself) dispose d’un grand avenir pour la nouvelle économie de la contribution à venir. Il a la capacité d’éveiller l’intérêt des gens en leur montrant que réaliser quelque chose par leurs propres moyens revient à moins cher et permet en plus d’acquérir de précieux savoir-faire. C’est une injection massive de curiosité et de débrouille qui nous est offert, en voici les prémisses encourageant.
Marcin Jakubowski, comme il l’annonce dans sa présentation TED, a mis tous les plans sur un wiki disponible sur le site d’open source ecology.
ARTE radio fait peau neuve et propose des reportages puissants. Ici c’est au cœur du territoire du Haut-Diois dans la Drôme que Caroline Fontana nous fait devenir petite souris, pour nous inviter parmi les personnages bigarrés qui forment cet incroyable imbroglio autour de la réintroduction du Loup. Sous le haut patronage du hurlement lunaire et d’un État schizophrène, son auteure nous prête son oreille électronique sans jamais intervenir, un peu à la façon de “Strip-tease“, pour notre plus grande étonnement de découvrir finalement qu’au coeur de l’être le plus sauvage qui hante les hauteurs, y sommeille une bonne subvention. Bonne écoute…
Une révolution technologique est en marche, le bouleversement FabLab. Avant d’explorer sur ce blog les innombrables facettes et implications de ce changement encore relativement confidentiel, cet article est l’occasion d’essayer de présenter à tous ce qui n’est souvent que pas ou peu connu. Alors au fond: C’est quoi un Fab Lab?
Les geeks du MIT
En général on commence l’histoire des Fab Labs par son créateur au nom de volcan Islandais: Neil Gershenfeld. Ce respectable professeur de cette respectable institution du MIT, qui est l’équivalent américain de la respectable école polytechnique en France, est d’abord le directeur du Centre des Bits et des Atomes. En gros: un physicien qui s’amuse à construire avec les unités de fabrication du réel et du numérique comme un enfant s’amuse à faire du LEGO. La petite différence entre un enfant et Neil, c’est qu’il a probablement un QI supérieur à 160, une thèse reçue avec les honneurs, une barbe conséquente et des connaissances techniques très avancées qui lui ont permis de penser que comme tout un chacun était capable de construire en LEGO à peu près tout ce qui peut passer dans la tête d’un créateur, il n’y avait aucune raison qui pouvait empêcher un être humain de construire à peu près n’importe quel objet.
Il faut dire que les avancées technologiques de ces dernières années lui ont rendu possible cette tentative. En effet, le premier ordinateur portable est inventé par Eckert et Mauchly en 1946, il fait tout de même 30 tonnes et 72 mètres carrés de surface. Pas évident de le déployer dans un TGV sans gêner ses voisins. Il faudra 20 anspour démocratiser cet outil avec l’apparition du PC (Personal Computer). En parallèle, l’idée de brancher un ordinateur sur une machine pour la fabrication d’objets date de 1950 et a été réalisé par le MIT pour le compte de l’armée Américaine. Jusqu’à aujourd’hui, cette innovation a presque toujours été faite à l’échelon industrielle et donc de manière très éloigné de ceux qui consomment ces objets. Par exemple, il est fort peu probable que les jouets que vous offrirez à noël soit produit par vous-même et qu’il soit unique. Ce que propose Neil Gershenfeld pour notre époque où presque tous les foyers disposent d’un ordinateur, c’est de démocratiser la machine.
Le modèle : L’imprimante
Bref, en quelque mot, l’idée c’est de mettre à disposition de tout à chacun les machines qui permettent de créer (presque) n’importe quoi. Le meilleur exemple de cette idée existe déjà à grande échelle : l’imprimante. Il est désormais très courant que les foyers disposent d’une imprimante et puisse ainsi imprimer sur papier photos, textes, ou n’importe quoi tant qu’ils peuvent le créer ou en avoir une copie sur leur ordinateur. La plupart des gens se sentent tout à fait capable d’utiliser cette machine. L’autonomie à ce sujet est très élevée.
Depuis quelques années maintenant, les ingénieurs et bidouilleurs de tous poils mettent au point des machines de plus en plus efficaces et qui permettent de créer des objets en trois dimensions. Par abus de langage qu’on punira plus tard quand on aura du temps à perdre, on appelle cela une Imprimante 3D. L’originalité n’est pas dans son existence, mais dans le fait que scientifiques et bidouilleurs sont en train d’avancer très sérieusement dans la création d’une imprimate 3D que tout le monde pourra utiliser. Le projet le plus avancé c’est RepRap (Replicating Rapid prototyper). Par exemple dans la vidéo suivante, une personne (dont on se fout complétement) imprime un pion de jeu d’échec avec cette machine. Les possibilités sont (à peu près) infinies.
L’institution : Le FabLab
Maintenant qu’on a la ou les machines, il faut pouvoir s’en servir. C’est là qu’interviennent les FabLab (Fabrication Laboratory). Le premier mis en place c’est au MIT avec ce bon vieux Neil (un intime à ce niveau de l’article) et depuis de nouveaux ouvrent ici et là. Le principe est de mettre à disposition d’un collectif l’ensemble de machines ET de connaissances pour pouvoir utiliser en autonomie ces machines et créer (presque) n’importe quoi. La charte Fab Lab élaborée pare Nini du MIT s’en fait la pierre d’angle. Au programme, autonomie et transparence de l’information. En France à l’heure actuelle, seule Toulouse dispose d’un FabLab clairement opérationnel et très actif. A ce point de la démonstration, si vous n’habitez pas dans cette ville, un léger sentiment de jalousie est tout à fait normal. Ainsi, le “collectif” est aujourd’hui surtout local, c’est à dire les personnes tournant autour du lieu physique où se trouvent les machines. Demain les FabLabs formeront un réseau beaucoup plus dense, où l’échange d’information entre FabLabs sera probablement plus important que dans chaque FabLab.
Le retour aux open sources
Le dernier élément clef des FabLabs, c’est qu’ils donnent une dimension nouvelle au monde open source. Pour ceux qui vivraient encore au XX siècle (je titille), l’open source c’est le fait de mettre en libre accès de l’information pour qu’elle soit utilisée et/ou modifiée. Le meilleur exemple de l’open source, c’est Wikipedia. (même si vous vivez au XXe siècle vous devriez connaitre… ). Bon, tout ça pour dire que le FabLab est un lieu de création d’information dans le sens ou des designs, des programmes et autres seront créés et mis à disposition de tous. Ainsi, si un objet est déjà élaboré, le plan de fabrication sur une machine du FabLab vous sera disponible à l’impression également. De la même manière que vous pouvez utiliser un article Wikipedia alors que vous n’avez peut-être pas du tout participé à son élaboration.
Pour conclure, j’espère avoir présenter les principales caractéristiques des FabLab. Cet article n’est pas l’occasion d’explorer les détails de cette révolution technologique mais d’introduire le concept de FabLab qui n’est pas familier avec tout le monde. Les articles à venir seront l’occasion d’explorer avec le prisme de ce blog cette révolution.
Cet article propose une solution originale et inattendue à tous les problèmes majeurs de notre époque. Comme toute idée révolutionnaire elle est évidente et ne demande que fort peu d’explications tant elle s’impose naturellement. C’est un véritable renouveau à la fois intérieur pour chaque individu mais aussi le renforcement d’un collectif apaisé de ses tensions. Jamais l’horizon pour l’humanité n’a pris un chemin présentant autant d’espoir.
Le retour de la confiance
Autant crever votre légitime espoir tout de suite. Cette solution n’existe pas, tout aussi désirable soit-elle. “Pourquoi m’avoir fait miroiter une telle sortie du tunnel?” me demandez vous peut être remplis d’un peu de ressentiment. C’est parce que, aussi paradoxal et incompréhensible que cela puisse paraitre, le fait que vous soyez en train de lire cette ligne montre que si je pensais ne pas avoir de solution il y a de cela quelques mots, vous venez de me démontrer qu’il en existe effectivement une, et elle est en effet d’une simplicité enfantine. Je vous explique.
Tout commence avec la lecture du rapport de Tim Jackson “La prospérité sans croissance”. Ce rapport, complet et reconnu suffisamment non utopiste pour être lisible par un assez grand nombre d’économistes, présente un constat précis et des solutions suffisamment intéressantes pour permettre sérieusement un avenir très radieux à l’humanité. Seulement voilà, alors que je réfléchissais à écrire un article pour synthétiser les 250 pages de cette proposition, j’ai réalisé que cela avait été fait avec pas mal de réussite sur le net, mais que finalement ça n’avait pas changé grand chose. Le dit ouvrage est à peu près resté confidentiel. Quel intérêt d’écrire un article redondant sur quelque chose dont à peu près tout le monde se fout?
La vraie question est en fait celle-ci: Comment en est on arrivé à ce que l’être humain se désintéresse à peu près complétement de ce qui pourrait lui apporter des lendemains bien meilleurs? La réponse se trouve surement dans un travail fort original et complexe de l’économiste Frederic Lordon sur la notion de “valeur”. Chiant!!!!!!! me direz-vous….certes, c’est pour ça que je vous le simplifie. Ce que dit ce bon Frederic est en substance ceci: le monde économique dans lequel nous vivons ne se base pas sur une maitrise scientifique du réel comme il le prétend mais est presque entièrement bâti sur des croyances, qui ne sont pas éloignées d’une simple croyance religieuse. Encore plus, la capacité de réussite d’une société ne se définit pas par sa capacité à régler les leviers d’une machine économique globalisée pour maximiser la création de richesses, mais bien plus par sa capacité à convaincre les individus, à leur donner confiance dans un système, et ceci indépendamment de sa capacité réelle à satisfaire les individus qu’il contient. Ainsi, la croyance que le modèle actuel est le moins pire de tous est très fortement ancrée et détourne les utopies cachées en chacun de nous vers une indifférence résignée.
Par exemple, ce n’est pas que l’Europe actuelle soit ignorante, pauvre en ressources, avare de savoir-faire, asséchée en idées qui fait qu’elle est “en crise”, mais bien parce que les marchés financiers qui détiennent la dette des États européens doutent de la capacité de ceux-ci à rembourser. En d’autre mots, ils ne croient pas en l’avenir positif de l’Europe. Et ceci, justifie une prophétie auto-réalisatrice: parce qu’ils n’y croient pas, ils augmentent les intérêts, augmentant le degré de difficulté à l’emprunt, plombant ainsi l’avenir des Etats concernés, etc. La croyance est donc bien au coeur des événements de notre époque. Le plus terrifiant est que cette dérive ne provoque pas de remise en cause car, même comme cela, la situation est jugée, tous comptes faits, un moindre mal.
On pourrait me dire que la dette est quelque chose d’objectif, de l’argent obtenu et apparemment mal dépensé. Le peu de foi des marchés dans l’avenir européen se légitimerait par cette donnée chiffrée qui ne peut être débattue. Au delà du fait qu’une part significative de la dette peut être jugée odieuse ou illégitime par l’un ou pas l’autre, il ne faudrait surtout pas oublier par exemple la situation du Japon. Ce pays est endetté à des niveaux bien supérieurs à la France par exemple, pourtant elle n’est pas la cible des marchés financiers. Pourquoi? Parce que la dette est tenue par les Japonnais eux-mêmes et non par des institutions privées étrangères, et les citoyens du pays du soleil levant ont confiance dans leur nation. Ils n’ont peut-être pas confiance dans l’avenir immédiat, mais ils ne croiront jamais à la faillite totale de leur pays, cela les préserve de pas mal de doutes.
Je me prend à penser qu’il se passerait exactement la même chose en France. Si je détenais une partie de la dette française, est-ce que je réclamerais des comptes à l’Etat, quitte à le mettre en panique, en faillite? Non, ma communauté de longue date affilié à un Etat, avec ses défauts et ses qualités, ne peut disparaitre, c’est ma croyance. Ma famille, parmi de nombreuses autres, l’ont construite, mise en valeur, s’est parfois battue et est morte pour elle. Mon attachement à cette terre qui m’a donné naissance, est bien sur incompréhensible pour un capital sans attaches et sans frontières. Standards and Poors n’a pas à croire en la France, son déclin permettrait au contraire à de nombreux de ses salariés de s’offrir leurs vacances dans l’hexagone à moindre cout. Mais soyons sérieux, cette considération n’entre pas en ligne de compte, c’est une opportunité collatérale. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la mesure objective de la dette qui importe, mais la confiance de ceux qui la détienne envers leur débiteur.
Donc, tout est une question de croyance et en ce qui nous concerne croyance en l’avenir. De mon point de vue rien de plus cohérent. Depuis que je suis jeune, on me rabâche la précarité de ma vie future, de ma sexualité soumise au risque du Sida, de mes études difficiles, d’un marché de l’emploi morose et d’une entreprise exigeante et infidèle. Fin des idéologies oblige, les raisons de vivre sont laissées à chacun sans qu’on ait sérieusement donné à chaque individu les moyens de rechercher sereinement ce sens. Il reste le vide pour ceux qui n’ont pas les moyens d’exercer leur liberté sur cet épineux défi.
Ainsi pour moi la question est celle-ci. Comment faire renaitre dans une société la croyance qu’un monde meilleur est possible? Je n’ai pas la réponse, mais je sais que c’est la bonne question. Les poches d’espoirs sont faibles, limitées en de marginaux utopistes plein de rêves et d’imagination, ou dans la révolte des quelques indignés. Comment éviter que la relance de la quête d’espoir ne se retrouve dans les impasses des religions, des grandes idéologies aux applications nauséabondes ou d’autres, si souvent en vogue pour les fainéants de la pensée?
Révoltez-vous et rêvez un monde meilleur…il en restera toujours quelque chose. La capacité à croire, à espérer, c’est l’énergie qui vous a motivé à lire ce texte, c’est l’énergie qu’il faut faire fleurir en soi, sans attendre que quelqu’un ne l’instrumentalise. Faute de réveiller massivement cette croyance, les sociétés sans rêves me semblent condamnées à tout accepter sans pouvoir proposer aux “inévitables” politiques d’austérités de tous poils, un imaginaire alternatif qui fonctionne. Il n’est pas inutile en guise de conclusion de proposer cet incontournable court entretien avec Castoriadis qui donne le nom à ce blog.
C’est une phrase que vous ne devriez pas lire en fait.
Robert Hart est un des pionniers de l’agriculture naturelle et de l’agroforesterie en milieu tempéré. Peu de temps avant sa mort, un documentaire permettait de fixer pour l’éternité sa philosophie et son expérience. Voici ce documentaire pour la première fois traduit en Français pour ceux qui ne maitriseraient pas la langue de Shakespeare.
(Si les sous-titres n’apparaissent pas, cliquez sur “CC” sur le lecteur Youtube)
Quand les éditions montparnasse m’ont contacté pour m’offrir le DVD du documentaire “Sous les pavés, la terre” que je voulais voir depuis un petit moment, je me suis dis qu’il y avait des coïncidences qui ressemblaient à des coups du destin. Après avoir bien vérifié que ça ne m’engageait à rien de recevoir ce DVD gratuitement, je l’ai visionné. Après la déception, j’ai un peu hésité (trois secondes) avant de me lancer : Est-ce que j’écris un article dessus? Mais au fond, quitte à avoir perdu déjà prés d’une heure et demi je pouvais en perdre encore une autre à écrire un article à son sujet.
Comme beaucoup de documentaires écologistes, il y a à la base un constat catastrophiste. Le documentaire est là pour nous le rappeler dès le début dans une introduction esthétiquement réussie. Le message est lancé, on est sur un constat tacite commun, la planète est au bord du gouffre. Soit. Rapidement, Kruger aux commandes de son documentaire vole d’initiative en initiative. Un bout de toit par là, un tuyau par ci, on bricole les solutions dans les recoins du monde. Tout cela est malheureusement trop individualiste, trop centré sur un nouvel homme nouveau fondateur d’un monde durable. Cette injonction éreintante à la perfection morale et écologique, Kruger l’effleure frontalement vers la fin lorsque Claude Bourguignon dresse un constat: “l’agriculture c’est 70% de l’utilisation d’eau, l’industrie 20%”. Alors, un peu comme un enfant, le documentariste s’étonne:”ça veut dire que les injonctions à ne pas prendre de bain c’est des conneries?”. On sent derrière tout ça les petits sacrifices individuels et quotidiens patiemment accumulés noyés dans la vanité et la dérision de rapports de forces planétaires qui les surplombent. Soit être un idiot utile, soit être impuissant? Qu’on se rassure, Kruger n’explorera pas ce thème.
Car oui, au final, ce qu’on tente de critiquer fait système, structure, ensemble…et l’individu est une échelle d’analyse assez peu pertinente. Au final donc, on touche à peine à l’essentiel. Le mot “capitalisme” est dit du bout des lèvres. Seul représentant d’une alternative un petit peu systémique? Un Maire communiste fier de son tableau de Robespierre… Au final, les ruines d’une utopie dont la plupart sont contents de les laisser dans les livres d’Histoire, moi le premier. Le mot à peine labouré: “démocratie”, mériterait lui aussi des développements plus longs, qu’on aurait pu tailler dans les interminables discours déjà entendus de ces figures emblématiques de la niche médiatique écologique. C’est d’autant plus dommage que ce documentaire, diffusé souvent avant un débat, fait ainsi honneur à la démocratie vivante. On se demande comment l’auteur, pourtant attiré par Chomsky, Louise Michelle et les situationistes, a pu rester autant en surface…
Quoi qu’il en soit, ce documentaire, c’est l’impasse de notre époque résumée malgré l’auteur. Faute de pouvoir mobiliser une pensée ou une idéologie articulée, il met bout à bout tout ce qui pourrait sembler former une alternative, pour créer une soupe bigarrée. Dans le final, après avoir traverser sans grande cohérence les morceaux d’un puzzle que l’auteur ne nous aide pas à bâtir, les principaux invités assènent un constat alarmiste voir limite paranoïaque fait de cancers et de contrôle des naissances, le même qu’au début en substance, mais cette fois avec des mots. La civilisation va s’effondrer, c’est presque un consensus. Ça n’a pas besoin de démonstration, dès l’introduction nous sommes entre écologistes convaincus. Peut-être que si tout s’effondre on pourra reconstruire convenablement de zéro… Bref, au final, à aucun moment nous n’entendons parler d’écologie politique. A peine peut-on le deviner pour les plus fidèles lorsque la caméra s’attarde sur la moustache d’Asterix du symbolique Bové.
Tout fan que je suis de la création documentaire, j’ai été, vous l’avez compris, extrêmement déçu, et vous déconseille “Sous les pavés, la terre”. Finalement cet article est l’occasion de finir sur une note positive en vous indiquant les quelques documentaires particulièrement remarquables et qui vont vraiment vous remuer les tripes de haut en bas si vous vous intéressez à l’écologie:
We feed the world et Let’s make money d’Erwin Wagenhofer : Des documentaires incisifs où l’auteur déroule sa démonstration sans compromis sur le système de la faim ou sur les circuits financiers qui détruisent ici et là l’environnement, entre autres.
Attention danger travail et Volem Rien foutre al Païs de Pierre Carles : Un des réalisateurs les plus percutants en France. Critique radical du travail et du capitalisme, il suit les développements les plus en pointe sur la contestation sociale, des déserteurs du marché du travail aux communautés intentionnelles qui tentent la rupture collective avec le capitalisme.
Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio : Un ovni cinématographique et une symphonie géologique qui plonge le spectateur dans une relation nouvelle avec la planète terre. Incontournable.
The century of self d’Adam Curtis : Peut être le plus génial des documentaristes d’aujourd’hui, presque inconnu en France. Dans cette épique fresque, ce journaliste Britannique détaille avec une grande intelligence comment les idées de Freud ont permis durant le XX siecle le développement de la société de consommation, la récupération des mouvements alternatifs d’émancipation et la création d’un monde centré autour de l’égoïsme.
La permaculture reste très largement confidentielle en France. Née en Australie, elle s’est diffusée un peu partout dans le monde au gré des capacités linguistiques et des racines culturelles de chaque pays. Ces deux derniers facteurs expliquent en grande partie le faible développement de la Permaculture en France, où la culture est assez fondamentalement opposée à la pensée anglo-saxone et où l’habitant de l’hexagone moyen dispose d’un niveau faible dans la langue de Shakespeare. Malgré cela, quelques pionniers se sont lancés en France pour tenter l’aventure de la Permaculture réelle. Portraits.
Richard Wallner et la ferme du petit Colibri
Installé depuis 2006 en Charente, Richard tente d’établir une ferme entièrement Permacole, le Petit Colibri. Les principes de culture se nourrissent des principaux maîtres, Fukuoka et Mollison. Ainsi, il n’effectue pas de labours, il n’ajoute pas de pesticides, stimule les synergies internes à la ferme, etc. Il expérimente aussi la culture sur butte, souvent mise en avant par les permaculteurs au niveau agricole. La démarche expérimentale de Richard butte toutefois sur un Maire indélicat qui bloque le projet. Pour bien connaître cette ferme et sa problématique, le documentaire suivant est in-con-tour-nable:
Cette ferme est un symbole important pour la permaculture, mais elle est aussi un approfondissement essentiel pour son succès. Les techniques de l’agriculture naturelle sont souvent pensées de manière isolées, en dehors de tout contexte politique. Rarissimes sont les textes de Permaculture qui traitent de l’environnement institutionnel et des luttes de pouvoirs. Normal, car la Permaculture est avant tout une démarche de rédemption écologique individuelle pour le bien de tous. Ce courant n’est pas né dans des pays protestants pour rien. Ce que montre la situation du petit Colibri, c’est que pour se vouloir holistique, la permaculture réelle n’en est pas moins confrontée à un vide conceptuel autour de son intégration dans un monde de lutte pour le pouvoir. C’est sur cette expérience que Richard a été courageux. Il voulait expérimenter une ferme, le voilà devenu le symbole de la lutte pour l’existence des alternatives contre l’autoritarisme de l’État.
Nicolas Pezeril dans le Morvan
Installé sur une ancienne ferme achetée par sa famille dans le Morvan, Nicolas développe avec passion un lieu Permacole plus orienté vers l’autonomie et donc non marchand. Pour lui, l’horizon incertain de notre société rend nécessaire l’organisation de communes auto-suffisantes dans l’opulence alimentaire. Versé dans l’art de la greffe il met en place année après année un arboretum des variétés d’arbres fruitiers résistantes au froid. Dans le documentaire suivant par exemple, il nous montre comment il arrive à faire pousser une espèce de manguier résistante au froid. Ce n’est pas sans rappeler les citrons Autrichiens du gourou Sepp Holzer.
Nicolas impressionne par son savoir et sa modestie. L’expérimentation semble chez lui être à la fois simple intuition et érudition botanique. Chez lui la maxime de “redistribuer le surplus” de la Permaculture prend tout son sens, notamment dans son désir de partager son savoir et ses expériences. On retrouvera nombreux de ses conseils sur le forum francophone de la Permaculture sous le pseudonyme d’”Autrevie”.
André Durrmann à Andlau dans le Bas-Rhin
André Durrmann est avant tout vigneron depuis 1979. Au fur et à mesure, il a créé une exploitation basée sur la vigne, les brebis, les fruitiers et l’apiculture. Chaque système de production est directement relié aux autres de manière consciente. Son site internet est à cette image et détaille chaque aspect de la vision holistique qu’il a de son métier. Cette exploitation est une application rigoureuse et systématique des principes de la permaculture. Ceci est selon moi lié en partie à la culture germanique de cette région. Cette dernière rend la mise en pratique de la Permaculture très crédible. En effet, André Durrmann conduit certaines de ses vignes “en lyre” et les intercales avec des arbres fruitiers pour mimer le biotope naturel de la vigne. Cette technique a été validée par l’INRA de Colmar et n’offre ainsi que peu de place à la critique et est politiquement lisible dans le territoire.
Cette exploitation est essentielle en France car elle est un des rares exemples d’une exploitation agricole compréhensible pour les non initiés à la Permaculture. Sa longue implantation dans un territoire en fait un acteur accepté qui a su s’intégrer et se faire reconnaitre. Une belle réussite dans un des plus beaux terroirs de France.
Il existe sans aucun doute bien d’autres permaculteurs, mais voilà ceux qui pour l’instant m’ont le plus inspiré. Merci à eux, que je les ai rencontré ou non. Je vous invite à approfondir leur travail et à me faire connaitre les permaculteurs qui vous inspirent.
Visionnaire, le philosophe André Gorz avait prévu, dans ce texte paru en 1974 dans le mensuel écologiste Le Sauvage, la récupération de l’écologie par l’industrie, les groupes financiers — en un mot, le capitalisme.
Évoquer l’écologie, c’est comme parler du suffrage universel et du repos du dimanche : dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les partisans de l’ordre vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l’anarchie et de l’obscurantisme. Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu’on vous refusait hier et, fondamentalement, rien ne change.
La prise en compte des exigences écologiques conserve beaucoup d’adversaires dans le patronat. Mais elle a déjà assez de partisans capitalistes pour que son acceptation par les puissances d’argent devienne une probabilité sérieuse. Alors mieux vaut, dès à présent, ne pas jouer à cache-cache : la lutte écologique n’est pas une fin en soi, c’est une étape. Elle peut créer des difficultés au capitalisme et l’obliger à changer ; mais quand, après avoir longtemps résisté par la force et la ruse, il cédera finalement parce que l’impasse écologique sera devenue inéluctable, il intégrera cette contrainte comme il a intégré toutes les autres.
C’est pourquoi il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? Réforme ou révolution ?
Ne répondez surtout pas que cette question est secondaire et que l’important, c’est de ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable. Car la survie non plus n’est pas une fin en soi : vaut-il la peine de survivre [comme se le demande Ivan Illich], dans « un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire, en prison planétaire et où la tâche principale des ingénieurs de l’âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition » ? (…)
Il vaut mieux tenter de définir, dès le départ, pour quoi on lutte et pas seulement contre quoi. Et il vaut mieux essayer de prévoir comment le capitalisme sera affecté et changé par les contraintes écologiques, que de croire que celles-ci provoqueront sa disparition, sans plus.
Mais d’abord, qu’est-ce, en termes économiques, qu’une contrainte écologique ? Prenez par exemple les gigantesques complexes chimiques de la vallée du Rhin, à Ludwigshafen (Basf), à Leverkusen (Bayer) ou Rotterdam (Akzo). Chaque complexe combine les facteurs suivants :
des ressources naturelles (air, eau, minéraux) qui passaient jusqu’ici pour gratuites parce qu’elles n’avaient pas à être reproduites (remplacées)
des moyens de production (machines, bâtiments), qui sont du capital immobilisé, qui s’usent et dont il faut donc assurer le remplacement (la reproduction), de préférence par des moyens plus puissants et plus efficaces, donnant à la firme un avantage sur ses concurrents ;
de la force de travail humaine qui, elle aussi, demande à être reproduite (il faut nourrir, soigner, loger, éduquer les travailleurs).
En économie capitaliste, la combinaison de ces facteurs, au sein du processus de production, a pour but dominant le maximum de profit possible (ce qui, pour une firme soucieuse de son avenir, signifie aussi : le maximum de puissance, donc d’investissements, de présence sur le marché mondial). La recherche de ce but retentit profondément sur la façon dont les différents facteurs sont combinés et sur l’importance relative qui est donnée à chacun d’eux.
La firme, par exemple, ne se demande jamais comment faire pour que le travail soit le plus plaisant, pour que l’usine ménage au mieux les équilibres naturels et l’espace de vie des gens, pour que ses produits servent les fins que se donnent les communautés humaines. (…)
Mais voici que, dans la vallée du Rhin notamment, l’entassement humain, la pollution de l’air et de l’eau ont atteint un degré tel que l’industrie chimique, pour continuer de croître ou même seulement de fonctionner, se voit obligée de filtrer ses fumées et ses effluents, c’est-à-dire de reproduire des conditions et des ressources qui, jusqu’ici, passaient pour « naturelles » et gratuites. Cette nécessité de reproduire l’environnement va avoir des incidences évidentes : il faut investir dans la dépollution, donc accroître la masse des capitaux immobilisés ; il faut ensuite assurer l’amortissement (la reproduction) des installations d’épuration ; et le produit de celles-ci (la propreté relative de l’air et de l’eau) ne peut être vendu avec profit.
Il y a, en somme, augmentation simultanée du poids du capital investi (de la « composition organique »), du coût de reproduction de celui-ci et des coûts de production, sans augmentation correspondante des ventes. Par conséquent, de deux choses l’une : ou bien le taux de profit baisse, ou bien le prix des produits augmente. La firme cherchera évidemment à relever ses prix de vente. Mais elle ne s’en tirera pas aussi facilement : toutes les autres firmes polluantes (cimenteries, métallurgie, sidérurgie, etc.) chercheront, elles aussi, à faire payer leurs produits plus cher par le consommateur final. La prise en compte des exigences écologiques aura finalement cette conséquence : les prix tendront à augmenter plus vite que les salaires réels, le pouvoir d’achat populaire sera donc comprimé et tout se passera comme si le coût de la dépollution était prélevé sur les ressources dont disposent les gens pour acheter des marchandises.
La production de celles-ci tendra donc à stagner ou à baisser ; les tendances à la récession ou à la crise s’en trouveront aggravées. Et ce recul de la croissance et de la production qui, dans un autre système, aurait pu être un bien (moins de voitures, moins de bruit, plus d’air, des journées de travail plus courtes, etc.), aura des effets entièrement négatifs : les productions polluantes deviendront des biens de luxe, inaccessibles à la masse, sans cesser d’être à la portée des privilégiés ; les inégalités se creuseront ; les pauvres deviendront relativement plus pauvres et les riches plus riches.
La prise en compte des coûts écologiques aura, en somme, les mêmes effets sociaux et économiques que la crise pétrolière. Et le capitalisme, loin de succomber à la crise, la gérera comme il l’a toujours fait : des groupes financiers bien placés profiteront des difficultés de groupes rivaux pour les absorber à bas prix et étendre leur mainmise sur l’économie. Le pouvoir central renforcera son contrôle sur la société : des technocrates calculeront des normes « optimales » de dépollution et de production, édicteront des réglementations, étendront les domaines de « vie programmée » et le champ d’activité des appareils de répression. (…)
Direz-vous que rien de tout cela n’est inévitable ? Sans doute. Mais c’est bien ainsi que les choses risquent de se passer si le capitalisme est contraint de prendre en compte les coûts écologiques sans qu’une attaque politique, lancée à tous les niveaux, lui arrache la maîtrise des opérations et lui oppose un tout autre projet de société et de civilisation. Car les partisans de la croissance ont raison sur un point au moins : dans le cadre de l’actuelle société et de l’actuel modèle de consommation, fondés sur l’inégalité, le privilège et la recherche du profit, la non-croissance ou la croissance négative peuvent seulement signifier stagnation, chômage, accroissement de l’écart qui sépare riches et pauvres. Dans le cadre de l’actuel mode de production, il n’est pas possible de limiter ou de bloquer la croissance tout en répartissant plus équitablement les biens disponibles.
Tant qu’on raisonnera dans les limites de cette civilisation inégalitaire, la croissance apparaîtra à la masse des gens comme la promesse — pourtant entièrement illusoire — qu’ils cesseront un jour d’être « sous-privilégiés », et la non-croissance comme leur condamnation à la médiocrité sans espoir. Aussi n’est-ce pas tant à la croissance qu’il faut s’attaquer qu’à la mystification qu’elle entretient, à la dynamique des besoins croissants et toujours frustrés sur laquelle elle repose, à la compétition qu’elle organise en incitant les individus à vouloir, chacun, se hisser « au-dessus » des autres. La devise de cette société pourrait être : Ce qui est bon pour tous ne vaut rien. Tu ne seras respectable que si tu as « mieux » que les autres.
Or c’est l’inverse qu’il faut affirmer pour rompre avec l’idéologie de la croissance : Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d’être produit ce qui ne privilégie ni n’abaisse personne. Nous pouvons être plus heureux avec moins d’opulence, car dans une société sans privilège, il n’y a pas de pauvres.
Je hais les écologistes. Qui s’aime bien se châtie bien et fort de ma faible expérience dans le domaine de l’analyse sociologique du mouvement écologiste je m’en vais tirer quelques portraits de ces écolos qui m’énervent. J’espère qu’ils se reconnaitront comme je me reconnais un peu dans tous .J’espère également faire honneur à Nietzsche qui disait qu’il n’y a rien de pire que de mal défendre une idée et donc en tirer quelques leçons de bon sens pour ne pas me laisser trop souvent glisser dans les travers de cette idéologie.
Dis moi ce que tu possèdes et je te dirais qui tu es, cet écolo le pense et est à l’affut de toute consom’action qui pourrait le rapprocher plus près de son idéal. Schizophrène, il croit résoudre le problème de son empreinte écologique en achetant de nombreux objets bio à mort. Seulement voilà, il les achète finalement en si grande quantité qu’il accentue d’autant plus le problème! Son horizon c’est le 4*4 hybride, six paires de chaussures équitables et bio et des treks en Amazonie et dans l’Himalaya où la nature est si belle… Typique d’une pensée écologique sans sacrifices, beurre-et-l’argent-du-beurriste, il souhaite payer moins d’impôts mais défend bec et ongles les services publics contre la logique privée. Son mode de vie petit bourgeois, il n’en changera pas car il est en effet agréable. Bénéficiaire fondamental du système, il achète des biens écologiques comme hier les aristocrates achetaient des indulgences à l’église.
Pour lui c’est clair, les chevaliers de l’apocalypse passeront demain…ou après demain, mais c’est certain. Les menaces sont énormes! Demain sans pétrole, les êtres humains tueront pères et mères pour bouger leurs Scénic et acheter du Nutella. Délire paranoïaque où le pire est toujours évident, les plus “hardcore” ont déjà préparé leur survie, ils ont un sac prêt pour triompher de toute éventualité dans un monde sans foi ni loi à la Mad Max. Réchauffement climatique oblige, les plus chanceux mourront engloutis dans l’Atlantide moderne (on se demande bien comment) pendant que le reste de l’humanité mourra de faim et de maladies atroces (oh, la nouveauté…). Le catastrophiste manque d’esprit critique et a oublié cette leçon fondamentale que la peur est une façon pratique de convaincre. Les écologistes ne sont pas des gens si bien intentionnés. Faire peur et stimuler le cerveau reptilien pour obtenir l’assentiment n’est pas que l’apanage des forces néo-conservatrices mais aussi des écolos prosélytes.
Cet écolo bien particulier est angoissé de ce que son individualité pourrait être en cause. Le sésame, une empreinte écologique à 1 (la pureté de l’égalité devant l’environnement). Il compte soigneusement son empreinte carbone et s’assure que si sa vie lui fait produire un gramme de carbone en trop, il le compensera ailleurs en plantant un arbre quelque part…loin par exemple. Il limite sa vie à moins de 100 objets et ne consomme qu’à 160 km qu’autour de chez lui. Il tient en horreur le gaspillage et collectionne des poubelles de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Son rêve, la Suisse où on pèse soigneusement les détritus.
Son gourou: Yves Cochet
L’écolo perché
Dans sa cabane au fond des bois, souvent il écoute de la musique planante et produit son propre chichon, au pire il l’échange contre un service. Il a les cheveux longs et s’habille avec des fringues larges et colorées. Le soleil et l’été arrivant, on le voit pointer sa truffe dans des festivals de musiques et d’éco-construction. Personnage à l’utopie sympathique mais clairement inutile tant on peine à pouvoir imaginer des millions de personnes vivre dans des tipees ou des yourtes (même si ce serait surement très beau). Souvent, avec ces sympathiques Korrigans, on sait pourquoi l’accusation que les écolo veulent revenir à la bougie n’est pas complétement dénuée de fondement.
Son gourou: Pierre Rhabi
L’idiot utile
Il est toujours dans les mauvais coups. Militant anti-nucléaire de la première heure, il se retrouve embarqué dans la défense des morts du charbon par soucis de cohérence. Il prône la décroissance mais se retrouve à légitimer les politiques d’austérité des États endettés. Citoyen du monde, il prêche la tolérance et la diversité des cultures, mais il se retrouve à défendre le port de la Burqa malgré sa sympathie pour le féminisme. Révolté de la pauvreté du tiers-monde,des pays en voie de développement,des marchés émergents (oh et puis merde), il en vient à souhaiter des délocalisations en France pour donner du boulot en Chine. Favorable à l’Europe qui verdit ses subvention pour les conserver et protéger les petits producteurs européens, il appauvrit malgré lui les producteurs de cotons ouest-Africains.
Son gourou: Daniel Cohn-Bendit
Le technophobe antiproductiviste
Complétement parano, le technophobe tient en horreur les ondes des portables, les lignes hautes tensions, les pesticides, les ordinateurs, les voitures, les TGVs, etc. Tous les produits de l’industrialisation représentent le mal absolu qui ont standardisé les êtres humains. Pour lui, il ne fait aucune doute que depuis longtemps la machine a soumis l’Homme qui, benêt, ne s’en rend pas compte. Le technophobe a souvent une vision délirante où on devrait produire toute notre nourriture à la main, ne manger que des produits artisanaux et se déplacer avec un âne. Souvent inconscient que sa vision aboutirait à l’extermination d’une très grande partie de l’humanité, il brave cette évidence en résiliant courageusement son forfait de portable.
Hygiénique à mort, le bio du cul est un angoissé pathologique de la vie. Souvent vegan ou végétalien, il indispose pas mal de gens autour de lui par son régime alimentaire austère. Cette personne arrive a ôter tout plaisir à l’existence de tout autre personne un peu joyeuse qui aimerait les frites, la mayonnaise et une bonne viande. Les magasins qu’il parcoure et où il achète sa nutrition ressemblent à une pharmacie et on s’y ennuie comme dans une salle d’attente. Tous les aliments sont faits pour ne pas donner faim ni envie. Les jours de fête, il s’autorise un steak de soja…En théorie, cet être aimerait ne pas avoir à manger et c’est cette imperfection qu’il tente de corriger jour après jour. La mort est une erreur dont on doit repousser la limite en protégeant son corps d’injection massives d’anti-oxydant et de pratique physique intense. Un bio du cul adore les randonnées d’une semaine où on jeune et on où on pratique le yoga. Partager la vie d’une telle personne c’est un peu comme vivre dans la tête d’un hippie dépressif.
Pourquoi parler du vide? Voilà vraiment une chose plutôt triste et par définition vaine. La simple évocation de ce mot a déjà découragé de nombreux lecteurs potentiels. J’ose croire qu’à trop fuir de ce qui parait peu désirable on passe à coté d’authentiques morceaux d’expériences humaines. C’est justement son impopularité qui m’intéresse. La pensée occidentale a horreur du vide. Dans différents quotidiens, c’est l’angoisse de l’écrivain face à la page blanche, du premier coup de pinceaux du peintre, mais aussi la télé ou l’ordinateur toujours allumé. On voit ici déjà deux types d’angoisses différentes, l’angoisse du néant et celle de l’asséchement créatif. Deux “vides” dont la contenance est bien différente.
L’angoisse du néant est le lot de tout un chacun. L’absence de bruit, d’action, de relation, conduit la pensée à léviter au milieu de peu de chose d’autre qu’elle-même. Dans l’agitation on a pas le temps de penser. La pensée confrontée à elle même et au silence s’expose au trouble que constitue les questionnements existentiels comme la mort et ses parents: la maladie, la souffrance, le déclin, etc. L’homme pressé a l’air de défier la mort par ignorance. De ce trouble et de cette angoisse naissent l’appel d’air presque irrésistible du “divertissement“. Dis autrement, si par exemple le football est si populaire dans le monde entier, c’est aussi parce qu’il détourne l’homme de lui-même vers une activité neutre qui accapare l’attention et les passions existentielles. Que se passerait-il si les hooligans devaient monopoliser leur rage sur leurs angoisses?
De manière structurelle, il semble que toutes les sociétés élaborent au final un ou des systèmes d’exutoires pour canaliser cette angoisse fondamentale. Les religions tiennent le haut du pavé sur cette question en élaborant des systèmes autoritaires qui enferment celui qui est convaincu dans une réponse certaine et apaisant ces angoisses. Le paradis, le salut, le nirvana, etc. Dans les sociétés libérales, où dans une grande mesure Dieu est en train de mourir dans une grande flaque de sang, ces procédés sont de moins en moins opérants. Beauté structurelle, il existe de nombreux avatars qui rendent les mêmes services et viennent s’y substituer. Le spectacle sous toutes ses formes est l’exutoire le plus étendu à notre époque. Ce dernier ne semble pas devoir se fissurer avant longtemps comme système de contrôle dominant et peu d’êtres humains qui y sont confrontés semblent prendre conscience de la profondeur de son influence. Hallucinés et captivés nous assistons à des spectacles de plus en plus impressionnants, tant par les moyens mobilisés que par la radicalité de ce qu’ils nous montrent.
Magie incroyable que l’on répète comme une recette miracle. On nous expose à nu “le rien” en nous faisant croire que “tout est là“. Comme hier, on nous faisait adorer une croix en bois où un homme a été crucifié, en nous affirmant (sans rire) que c’était le fils de dieu, aujourd’hui, des millions d’êtres humains sont captivés et électrisés par un jeu dont le but principale est de pousser une balle dans un filet. Des gens crient, s’énervent, débattent et pleurent parfois pour une fin insignifiante. Cet article n’est pas anti-footballistique, et les exemples de spectacles qui montrent très ouvertement leur grande vanité sont monnaie courante. Il suffit de regarder avec quelle passion certains candidats s’infligent des tortures morales et physiques dans des émission comme Koh-lanta ou l’île de la tentation pour des raisons d’une incroyable vacuité, et comment de manière toute aussi vaine des millions de spectateurs assistent médusés à ses expériences de soumissions extrêmes et excitantes. Le déni de l’angoisse est si fort et si nécessaire à l’être humain qu’il a besoin de bâtir des édifices pharaoniques pour se convaincre de l’évidente importance de l’exutoire. Les grossières pyramides d’hier, ont été remplacées par les cathédrales devenues touristiques aujourd’hui, les stades olympiques et les médias sont aujourd’hui omniprésents pour accomplir une tâche tout à fait équivalente.
Ainsi, l’homme occidental ne semble pas prêt à se confronter au vide. Le boudhiste comme le Stoïcien pat contre est de fait confronté au vide. Éloge du dépouillement oblige, que fait-on lorsque l’on accepte d’y faire face? L’assumer haut et fort? Clamer que tout est vain, convaincre, illuminer l’évidence du néant et donc de l’absurdité à se passionner de choses vaines? Une révolte permanente contre le vide? Fonder une religion du rien?
Toutes ces approches ont la noblesse de Don Quichotte. Doit-on s’en satisfaire? En réalité on ne le peut pas. Il ne peut exister d’autre satisfaction à cette prise de conscience que le contentement d’être au delà des gens qui n’ont pas les moyens de s’en rendre compte. En réalité, l’avantage du borgne face aux aveugles de pouvoir observer les barreaux de la même prison.
Face au vide, une fois celui-ci assumé, on dispose aussi d’une très grande liberté. Mais cette énorme liberté est source d’angoisse également. Que faire de tout cet espace et ce temps disponible à l’action? Encore pire, le nihilisme, parce qu’il dit que tout est vain, rend également a priori tout possible, y compris le pire. L’homme déconstruit est potentiellement le pire des tyrans. Ainsi, la conscience de l’absurde, et la grande liberté qui en est son corolaire, demande en contrepartie un esprit en analyse perpétuelle pour ne pas rajouter plus de souffrance à un monde déjà pénible par son inanité. Ce n’est pas parce que tout est absurde, ma vie et celle des autres hommes, qu’on peut les tuer arbitrairement par exemple, rajoutant à la vacuité existentielle la barbarie de la violence physique. L’absurdité de nos existences est déjà un fardeau et une souffrance assez puissants pour ne pas en rajouter.
“Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ?”
C’est ce qu’on a fait inconsciemment. Les cultures sont des inventions de vie en commun qui fonctionnent. La différence, c’est que personne en particulier, et encore moins ceux qui ont vécu une culture, n’ont pu la créer consciemment. Par exemple, si Jésus a largement façonné des pans entiers de notre culture, il ne l’a pas pensé dans ces termes, il n’avait pas de plan d’élaboration. Ce qu’en ferait les gens étaient hors de sa portée.
Ainsi, nous vivons dans un moment unique. Nous vivons dans une culture qui peut consciemment inventer son propre monde. Tout ce qui n’est pas ancré dans le réel (nous ne pouvons pas créer une gravité différente par exemple) peut être modifié. Ainsi, à titre d’exemple, des gens de part le monde créent des religions, des langues et façonnent de nouvelles monnaies ex nihilo. Les limites de l’exercice se logent dans le trop faible nombre de gens encore convaincu de l’absurdité fondamentale de l’existence. Trop de gens prennent encore pour évident leur propre existence et vivent bien tranquilles dans les prisons dorés que leur culture leur a octroyées. Quelque part, le paradoxe est que l’absurdité est la seule certitude que nous pouvons avoir et nous devons donc tout construire à partir d’elle.
Comme nous l’avons fait précédemment, il nous faut dès le départ séparer ce qui est de l’absurde inamovible de ce qui est de l’absurde subjectif. Le cadre de l’expérience humaine présuppose un nombre définis et assez stricte de phénomènes dénués de sens mais tout à fait stables et répétables. La gravité telle qu’elle fonctionne n’a pas plus de logique que la gravité dans l’univers des Shadoks, mais c’est celle que nous avons. Quand bien même nous essayerions de dépasser la gravité que nous n’y arriverions pas. Le domaine que je décris ici est celui des lois fondamentales de l’univers. C’est le champ de la science.
A ce moment de la réflexion nous pourrions bien préciser ce que l’on entend par “science” tant ce mot aujourd’hui recouvre des choses bien au delà des simples lois fondamentales de notre univers. Nous pourrions par exemple montrer comment aujourd’hui nous ne faisons plus beaucoup de science mais surtout énormément de technique. Cette dernière étant entièrement subjective, contrairement à la science qui est en quelque sorte contingente. En d’autres termes, on peut vivre sans centrale nucléaire que ça n’empêchera pas les atomes d’exister. De même, on peut vivre sans tracteur, pas sans photosynthèse. Il convient de dire tout de suite, que cette importante précision ne doit pas nous faire tomber dans le positivisme le plus obtus. Si la science représente bien évidemment le cadre d’une construction sur l’absurdité, elle ne doit jamais en être la fin! Mettre la science comme fin c’est rendre inéluctable ce qui est indifférent. En d’autre termes et par exemple, ce n’est pas parce que l’évolution des espèces fonctionne par la survie des plus aptes à transmettre leurs gènes générations après générations que nous devons établir les règles d’une société humaine sur cette base! Le darwinisme social a déjà démontré sa grande barbarie. Encore plus, il faut en particulier se méfier de ce qui apparait comme une science, alors que ce n’est que système amovible. De nombreux champs de l’économie sont à ce titre tout à fait typiques. Si l’échange est par exemple un concept relativement fondamental aux systèmes vivants, et donc à l’économie, il n’est inscris nul part dans les tables de la loi de l’univers qu’il doit être absolument organisé d’une façon plutôt qu’une autre.
Vient donc ensuite l’absurde subjectif. Tout ce qui est création ex nihilo est de l’absurde subjectif. Il est, par exemple, probable que les mots disparaitraient si les humains disparaissaient (a parte, magique invention que celle des mots). En fait, ce qui rend nos expériences de plus en plus absurdes, c’est que nous sommes de plus en plus entourés d’absurde subjectif. Un chasseur cueilleur vit connecté avec des éléments beaucoup plus fondamentaux (inamovibles) qu’une société complexe de type capitaliste par exemple. D’où bien sur par exemple, l’incroyable bien-être ressenti par ceux qui voyagent dans des sociétés moins complexes, qui n’ont par exemple pas d’électricité. Certains vont même jusqu’à ressentir une forte gène à remarquer l’inanité comparative de leur mode de vie, plus lointain des bases fondamentales de l’existence humaine.
Rares sont ceux dans nos sociétés thermo-industrielles qui peuvent prétendre par exemple, savoir l’apparence des plantes que nous ingérons. Un chasseur-ceuilleur sait toutes les reconnaitre. Bref, l’angoisse post-moderne vient de ce que l’individu dispose d’un mode de vie très éloigné des quelques réalités inamovibles de l’existence et qu’il est en parallèle confronté à des systèmes fortement subjectifs et actualisables, mais qui se donnent l’apparence de l’inamovibilité. On pourra citer l’église catholique, et même surtout des religions disparues comme celle des pharaons par exemple. Cette dernière a depuis bien longtemps cessé d’être une religion crédible et n’a plus de croyants, mais il aurait été probablement dangereux de remettre en cause la divinité du pharaon et son système métaphysique à l’époque où l’on construisait les pyramides. De la même façon, remettre en cause la propriété, la morale, l’État, la religion, l’ordre économique, la technique, sont extrêmement complexes de nos jours. Seuls les anarchistes se l’autorisent de manière véritablement radicale et l’histoire montre que ça n’a pas joué en leur faveur la plupart du temps, et que c’est dans une très large mesure complétement inaudible.
Quoi qu’il en soit, l’angoisse de la forte subjectivité du monde de l’homme post-moderne résulte de la tension systémique à la faire accepter comme objective. A ce titre, les lois humaines sont fortement subjectives et cela explique donc assez naturellement le fort besoin d’un système de contrôle élaboré pour les faire accepter (police, justice, caméras…) et d’un processus de mise en place le plus légitime possible comme les parlements et le suffrage qui les détermineront. Ce qui rend nécessaire cette imposition de l’absurde subjectif c’est qu’assez naturellement l’homme se révolte contre lui. Si demain, j’ordonne à tous mes amis de porter des vêtements verts et noirs, ils ne le feront pas et me demanderont pourquoi je propose de faire un geste aussi absurde. Par contre, si un système publicitaire et des agences de mode mettent en avant ces deux couleurs, ces mêmes amis auront tendance à mettre d’eux-mêmes ces deux couleurs et questionneront beaucoup moins ce choix particulier. Il faut donc un système suffisamment “autoritaire” pour imposer des règles absurdes lorsqu’elles ne sont pas déterminées par l’individu lui même (ie “j’ai envie de porter du vert et du noir”). En conséquence, et si l’on considère cette autorité comme une violence faite envers les individus, il existe deux façons de lever l’angoisse en question. Soit l’individualisme forcené, “moi et ma façon de vivre”, soit la co-réalisation subjective, c’est à dire l’élaboration collective des règles subjectives d’existence.
Si nous sommes un groupe de quatre amis, nous pouvons décider collectivement de faire une prière à la théière luisante chaque matin à 6h après un bol rituel de Chocopops. Cette règle est absurde bien sur, mais si elle est acceptée par les parties prenantes, elle n’en est pas moins ridicule que de se tourner vers l’Est cinq fois par jour en s’agenouillant sur un tapis pour demander à Allah de réussir une carrière en marketing. Je dirais même qu’elle est moins absurde parce qu’elle a été consciemment acceptée par les acteurs, au contraire de la pratique religieuse qui est très autoritaire et non révocable. Il n’est pas possible par exemple de modifier les règles pour prier vers l’Ouest ou pour ne le faire que quatre fois par jour. Par contre, nous, nous pouvons décider le lendemain de le faire à 7h et de prendre bien plutôt des Miel Pops si le cœur nous en dit. Et si on nous dit que prier une théière luisante c’est ridicule, n’oublions pas que Moïse a écouté un buisson ardent…
Ainsi, les bases d’une société absurde vivable prend comme base le fait que toute la société peut et doit définir ex nihilo les éléments subjectifs qui la définissent. A ce titre on observe des gens façonner leur propre religion, établir leurs propres monnaies, etc. Aucune réalité subjective ne peut échapper à cette ingénieure potentielle. Toutefois, c’est la capacité des systèmes en place à empêcher ce genre de création qui rend curieux et non opérationnel ce genre d’initiatives. Ces explorations qui tentent de bâtir un tel monde post-moderne sont encore trop faibles mais il en existe beaucoup. Si vous en êtes là, n’hésitez pas à les explorer, vous en avez toute la liberté, et rien a perdre.
“Pour un homme sans œillères, il n’est pas de plus beau spectacle que celui de l’intelligence avec une réalité qui la dépasse”