Depuis des années, essai après essai, erreur après erreur, un agriculteur Japonnais, Masanobu Fukuoka, a développé une approche faite de simplicité, une agriculture à contre courant du modèle occidental. Comme toutes les idées simples mais révolutionnaires, elle surprend par sa banalité et étonne par ses innombrables retombées. Laisser la nature nous nourrir et intervenir le moins possible. Pas de labour, aucun produit chimique, pas de désherbage. Planter lorsque les plantes égrainent naturellement, laisser les plantes sauvages à leur place, enrichir le sol avec des légumineuses, quelques animaux et de la paille. Rien de bien impressionnant à première vue, pourtant vous en entendrez reparlez, croyez moi. Quand cela? Attendez la dernière goutte de pétrole!
Le jardinier philosophe
L’ouvrage majeur de Masanobu Fukuoka, c’est La révolution du brin de paille, un livre agro-philosophique publié dans les années soixante-dix. Ce qu’il nous enseigne n’est pas autre chose que ce que Cornelius Castoriadis (sans probablement l’avoir pensé dans ces termes) appelait de ses vœux lorsqu’il disait qu’il fallait cultiver la planète pour elle-même et que nous devrions en être les jardiniers. L’agriculteur nippon, a cherché pendant des dizaines d’années à simplifier son travail, à se demander à chaque action si cela était nécessaire. Pratiquant un doute agronomique systématique, il en a gardé un ensemble de pratiques, très limitées en nombre, mais diablement efficaces. Il atteint aujourd’hui avec son agriculture “naturelle” des rendements identiques à ceux de ces voisins qui pratiquent l’agriculture conventionnelle dans la préfecture d’Ehime au nord-ouest de l’île de Shikoku.
Le riz et l’île de Shikoku
L’île de Shikoku, la plus petite des quatre îles principales du Japon ne manque pas de diversité. Le relief de moyenne montagne culminant à presque 2000 mètres sépare la frange côtière donnant sur le pacifique de celle donnant sur la péninsule de Sadamisaki. D’un coté, l’ouverture vers l’océan, les typhons et les pluies orographiques entrainent un climat subtropical qui se caractérise par plus de 3000 mm de pluie par an. (A titre de comparaison la forêt dense sempervirente de l’Amazonie reçoit un peu plus de 2000 mm par an). De l’autre côté, sur la frange côtière au nord ouest de l’île, faisant face à l’île d’Honshū, le climat est bien différent. En effet, les pluies ayant lieu de l’autre coté de la crête, c’est un climat plus doux et moins pluvieux, de l’ordre de 1000 mm de pluie par an que notre agriculteur philosophe reçoit sur ses champs, une pluviométrie semblable à celle des régions du nord-ouest de la France. Les grandes différences avec l’hexagone, ce sont l’été qui est également le moment de la saison des pluies (mousson) et l’ensoleillement, globalement stable tout au long de l’année.
Repiquage du Riz – Estampe d’Hokusai (1760–1849)
Dans cette région, la culture traditionnelle du riz a été jusqu’à la sortie de la guerre fait ainsi: au printemps, le riz est semé en haute densité sur une petite parcelle à part soigneusement fertilisée. La parcelle qui sera cultivée est inondée puis labourée jusqu’à ce que la terre ressemble à de la soupe polonaise. Une fois que les plants ont à peu près vingt centimètre de haut, on repique le riz, c’est à dire qu’on va déraciner le riz pour le replanter avec plus d’espace. C’est un travail pénible, dos courbé, mais qui permet à la céréale asiatique d’avoir une longueur d’avance sur les “mauvaises” herbes. Par la suite, le champ est légèrement travaillé entre les rangées de riz et est désherbé à la main souvent plusieurs fois. La récolte qui a lieu en automne autour du mois d’octobre est effectuée à la faucille et les plants sont dans la foulée déposés à sécher sur des étagères en bambous avant d’être battu quelques semaines plus tard.
Riziculture traditionnelle au moment de la récolte – On peut observer le riz sécher sur les étagères et l’aménagement en crête et sillons pour la culture d’hiver
A peine le riz récolté, la parcelle est labouré et le sol aménagé en crête plates de 30 cm de large en alternance avec un sillon de drainage. Les semences de la céréale d’hiver (seigle ou orge) sont semés sur les parties hautes et recouvertes par de la terre. Cette rotation est rendu possible par l’apport de matière organique au début de la saison du riz. Pendant des siècles le Japon a cultiver successivement du riz et une céréale d’hiver sans jamais réduire la fertilité des sols.
Simple
Masanobu Fukuoka était d’abord un chercheur en pathologie végétale qui en 1938 à l’âge de 25 ans, suite à une grave pneumonie qui faillit lui couter la vie, eut rapidement la révélation de l’insuffisance de la connaissance intellectuelle. Son doute se porta surtout sur les vérités scientifique et techniques qui commençaient a devenir incontournables en agriculture. Il retourna alors sur l’exploitation agricole familiale dans l’ile de Shikoku afin d’apprendre de la nature elle-même. A partir du modèle de l’agriculture traditionnelle Japonaise, il a progressivement épissé l’itinéraire technique en un minimum d’intervention humaine, et ceci en utilisant l’organisation naturelle de l’écosystème qui l’entourait. Le riz sauvage égraine a l’automne lors de la récolte, alors pourquoi semer au début du printemps? Pourquoi labourer le sol, alors que les plantes poussent naturellement sans? Pourquoi laisser inonder la parcelle alors que la mousson ne le fait que quelques jours par an? Comment conserver la tendance naturelle de la nature a améliorer la fertilité année après année?
L’itinéraire de notre ignorant est d’une simplicité déconcertante, un Haïku agronomique, une estampe végétale minimaliste. Le riz est semé à l’automne au milieu du trèfle, des jeunes pieds de la céréale d’hiver tout justes levés et de la paille. Bien sur il ne pousse pas mais une fois la moisson de l’orge ou du seigle effectuée et la paille mis sur la parcelle, il suffit de faire rentrer de l’eau dans la parcelle pendant environ deux semaines, ce qui limite la croissance du trèfle et des mauvaises herbes, et donne la possibilité au riz de germer. Enfin, il suffit de semer avant la fin du riz, la céréale d’hiver et le trèfle pour boucler le cycle.
Cette méthode est simple car il n’est pas besoin de labourer. Les semences, enroulées dans un peu d’argile, sont justes semées à la volée. De plus, il n’est pas nécessaire de lutter contre les “mauvaises herbes” du fait qu’elle sont maitrisées à la fois par la paille déposée sur le champ et par l’équilibre naturel entre toutes les plantes qui s’installent alors. Enfin, le renouvellement de la fertilité est assuré à la fois par le trèfle qui, comme toutes les légumineuses, fixent l’azote de l’air par les racines enrichissant ainsi naturellement le sol et par la paille qui une fois décomposée formera de l’humus.
Accompagner plutôt que résister
La grand force de l’agriculture sauvage est de prendre conscience que chaque écosystème dispose d’un élan, d’une direction instinctive. Il est aisé d’observer ce puissant élan vital en laissant un peu de terre nue. Tres rapidement, les graines en dormance se réveillent et en quelques semaines l’endroit jadis vierge est de nouveau recouvert d’une végétation touffue. Il s’agit donc à l’avenir d’accompagner cette force vitale et non de s’y oppose avec acharnement comme nous l’avons fait pendant des siècles en nous courbant le dos pour arracher les mauvaises herbes. C’est je pense la nature profonde du projet de “cultiver la planète pour elle-même”, c’est à dire suivre son mouvement propre et s’y insérer.
On retrouve ce même état d’esprit dans un des arts martiaux les plus aboutis à ce jour. En effet, l’aïkido, développé par Morihei Ueshiba dans les années 40, nous enseigne une façon pacifique et intelligente de se comporter. Il s’agit de canaliser le mouvement, la vitesse et la force de l’adversaire, de les utiliser sans rentrer en opposition avec eux.
Morihei Ueshiba – Fondateur de l’Aïkido
Même si je ne considère pas la nature comme un adversaire, la plupart de mes contemporains semblent penser ainsi, probablement du fait d’avoir troquer la guerre de tous contre tous contre la guerre contre la nature. Des lors l’enseignement de l’Aïkido est une étape essentielle pour comprendre qu’il vaut mieux utiliser la force de l’autre vers son objectif plutôt que de tenter de s’y opposer frontalement pour l’imposer. En agriculture, il s’agira d’introduire un arbre de son choix là ou la nature aurait été favorable à un arbre, ou de laisser sa place aux mauvaises herbes pour laisser la population se stabiliser. Sans rentrer dans des détails qui seront présentés dans d’autres articles détaillés (Il sera question d’un cas particulier avec le système agro-forestier autour du cacaoyer), une telle philosophie aboutie au bout du compte aux systèmes agroforestiers qui, une fois en place et bien aménagés, sont des écosystèmes d’une prolificité et d’une fertilité incroyable.
Et si cette méthode est révolutionnaire, pourquoi n’est-elle pas encore dans nos champs?
Et oui très bonne question qui va me permettre d’analyser le monde dans lequel nous vivons. Comme vous le savez probablement, nous vivons l’empire du moindre mal qui est aussi une société de croissance. Celle-ci a fondamentalement besoin de toujours plus de production. Son pendant est toujours plus de consommation. Dans ce contexte, impossible de penser la limitation de la population mondiale ou encore de promouvoir des comportements raisonnablement frugaux en terme de consommation car ils sont en quelque sorte antisociaux. En effet, moins consommer c’est faire travailler moins de gens, donc mettre des gens au chômage, donc faire baisser drastiquement leur pouvoir d’achat, donc moins de consommation, etc. Dans une société de croissance, quelqu’un qui reste en bonne santé en mangeant à sa raisonnable faim est moins intéressant pour la collectivité que quelqu’un qui va se gaver à tous les repas, faire du cholestérol, puis aller chez le médecin pour un problème de surpoids, payer pour un programme de régime intensif avec séance de sports intensif, puis payer des séances de psy parce qu’elle est mal dans sa peau… A l’arrivée peut-être la même personne, mais sur le trajet la deuxième aura fait “tourner l’économie”.
La fable des abeilles – Bernard Mandeville
L’idée que nos vices seraient le moteur du monde n’est pas nouvelle et se retrouve dans quelques ouvrages clés de la philosophie économique. Bernard Mandeville, dans sa fable des abeilles publié en 1714, compare la cité de Londres à une ruche corrompue et prospère qui se plaint du manque de vertu. Jupiter leur accordant la vertue, la conséquence est une perte rapide de prospérité. On ne trouve pas autre choses dans le livre fondateur d’Adam Smith.
“Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger qu’il faut espérer notre dîner, mais de leur propre intérêt”
Adam Smith – Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations
Mandeville appelle ça les vices de l’homme, Smith l’intérêt ou egoisme; mais quel que soit son nom ce seraient les travers des hommes qui fonderaient la société et lieraient entre eux les individus. Sans un “peuple de démon” il n’y aurait pas d’organisation collective possible. Encore plus, les événements négatifs seraient porteur en germe d’un mieux être économique, sous l’idée qu’un bombardement stimulerait le secteur du bâtiment, ou qu’un monde d’aveugle verrait l’age d’or de l’élevage de chiens. L’économiste français Frédéric Bastiat, pourtant un des penseurs libéraux fondamental du XIXe siecle, démontera l’absurdité de ces idées dans le premier chapitre de son essai Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas à travers le sophisme de la vitre cassée. Il démontre avec intelligence le principe du cout d’opportunité, c’est à dire que toute destruction n’est pas souhaitable car elle entraine par sa réparation une impossibilité d’allouer ces ressources à d’autres projets. C’est avec cette logique que l’on peut faire l’expérience de pensée qui consiste à savoir ce que le monde serait aujourd’hui si l’on ne passait pas notre temps à reconstruire des pays dévastés par les guerres.
La méthode de culture de Masanobu Fukuoka ne pourra donc pas s’étendre tant que l’on vivra dans une société de croissance, car celle-ci est incompatible avec l’idée d’économie de ressources. Le déclin rapide du pétrole qui arrivera pendant ma vie (je suis encore jeune) verra triompher sans gloire des agricultures inspirées de cette méthode énergétiquement économe. Le simple fait que cette technique connue depuis plus de trente ans soit toujours marginale en est à mes yeux une des meilleures preuves. Il y a de quoi se réjouir toutefois, car cet homme simple nous a montrer une chose dont les survivalistes ne semblent pas d’accord, la fin du pétrole n’est pas l’apocalypse. En effet, en faisant le pari de la diffusion de cette approche, il est possible à la fois de nourrir la planète sans l’or noir et de vivre en intelligence dans un environnement agréable. Toutefois, si cela se passait mal, je vous conseil de prendre les devants et de vous mettre un lopin de terre de coté…il n’y en aura pas pour tout le monde.
Pour poursuivre l’oeuvre de Fukuoka je vous conseille la lecture complète de l’excellent article sur Ekopedia consacré à l’agriculture naturelle.





14 commentaires
mai 8, 2008 à 8:52
Merci pour cet article, Fukuoka est pour ainsi dire mon héros.
Mon commentaire porte sur la conclusion. Fukuoka n’est pas parvenu à ce résultat en quelques saisons. J’aimerais bien que quelqu’un comme Bourguignon fasse une analyse du sol de ses champs. J’imagine qu’il doit être incroyablement riche, parfaitement structuré, VIVANT.
Ce n’est pas le cas de la plupart de nos sols cultivés qui demanderont probablement une décennie avant de donner des résultats, mais là je ne t’apprends rien.
Une “fin du pétrole” un peu trop brutale (chute exponentielle des exportations) serait, je pense, vraiment apocalyptique car nous ne serions pas prêts. Et tant qu’il y a du pétrole, on ne se prépare pas, sauf marginalement.
La méthode Fukuoka ne fonctionne qu’au Japon ou dans un environnement similaire. Certains comme Bonfils et Mark Moodie ont fait des expériences concluantes respectivement en France et en Angleterre avec une couverture de trèfle et une céréale d’hiver (une seule). Je vais tester leur méthode cette année.
Pour finir, je plussoie avec le conseil final: mettez un lopin de terre de côté…
mai 8, 2008 à 9:35
Bonjour Imago,
Merci de tes commentaires et de ces deux personnes (Bonfils et Mark Moodie) que je ne connaissais pas.
La structure et la fertilité d’un sol sont effectivement des caractéristiques qui demandent du temps. La transition d’une agriculture fortement chimisée depuis 40 ans à un systeme auto-fertile est probablement un travail de longue haleine. Une analogie me vient a l’esprit, c’est celle des femmes qui ont du mal a avoir des enfants du fait de longues annnes d’utilisation de la pillule. (je ne suis pas contre la pilule qu’on me comprenne bien).
En tant qu’Agronome et philosophe amateur, je dois admettre que Fukuoka est aussi un modele. Je n’ai malheureusement pas encore de lopin de terre pour m’essayer à cette approche (pas assez d’argent). Par contre, je lis avec enthousiasme que tu vas te lancer cette année, je suis tres curieux de connaitre la reussite de ce projet. Sur quelle surface vas-tu te lancer? Quelle est ton approche? Quelle chance tu as, j’aimerais pouvoir en faire autant.
Enfin sur le pétrole, je ne peux que continuer a clamer ma méfiance par rapport a une ideologie millenariste et catastrophiste (les décroissants sont souvent des “muristes”=l’ideologie que l’on va droit dans le mur). Comme je le répete assez souvent, la catastrophe est déjà là, et bien installée! Plus de 800 000 000 de personnes souffrent de malnutrition (j’aime bien mettre tous les zéros car ca permet de mieux prendre conscience de la démesure de ce chiffre – petite experience de pensé: prendre le temps de mettre mentalement un visage derriere chacune de ces personnes). Pour les pays et les classes dominants aujourd’hui, le déclin du pétrole sera à mon avis amortis par les fusibles que seront les pays et les classes sociales dominées. Ce n’est donc pas une raison de ne rien faire bien sur, mais ce n’est pas la peine de faire peur non plus je pense. C’est la meilleur facon de prendre une decision non réfléchie.
mai 8, 2008 à 12:18
La catastrophe est bien là. D’une certaine manière, on va droit dans le mur depuis 10 millénaires, la nouveauté c’est qu’on commence à l’apercevoir.
Ne nous voilons pas la face mais concentrons-nous sur du constructif !
J’ai effectivement la chance et les moyens de mettre la main sur un demi hectare http://imago.hautetfort.com/archive/2008/02/05/plans-pour-2008.html
Je compte tester la méthode sur 50m2, elle consiste en résumé à:
1) semer la 1ère année du trèfle en mai
2) dès que le trèfle est levé, semer la céréale d’hiver par-dessus (généralement on sème en automne)
3) l’année suivante on sème en mai ou juin PAR DESSUS la céréale presque mature
4) on récolte et on restitue toute la paille
La terre est toujours occupée par du trèfle, la céréale et la paille. La particularité est que la céréale passe l’hiver avec un réseau racinaire bien plus important que si elle avait été plantée en automne. Au printemps elle part très fort et donne des plants vigoureux.
Il n’y a donc qu’une seule culture, contrairement à Fukuoka qui alterne riz et céréale d’hiver, ou à une exploitation traditionnelle qui alterne céréale d’hiver avec une culture intermédiaire en été.
Mais les avantages de la méthode Fukuoka sont bien là.
Je me pose par contre des questions sur la rotation des cultures, faudrait que je relise mes livres pour savoir si ce n’est pas nécessaire ou s’il y a jachère ou assolement.
Salutations
mai 9, 2008 à 7:22
Sinon Fukuoka ne s’est pas concentré que sur la culture riz/céréal mais il avait aussi un potager et des vergers d’agrumes.
Sur la partie maraichage, Emilia Hazelip a tenté d’adapter la méthode Fukuoka à nos climats sur le nom de jardins synergétiques (qui elle même a été enseignée au Quebec sous le nom de jardins autofertiles, avec peut être des variantes ?). Je ne sais pas trop avec quels résultats, vu qu’il n’y a pas d’ouvrages la dessus à ma connaissance (à part une VHS).
Concernant le système de verger-potager, Phil Corbett (Angleterre) a fait des choses mais je ne me suis pas penché dessus encore (par exemple il n’y a pas de greffes si j’ai bien compris).
Fukuoka a transmis plus qu’une technique d’agriculture (très localisée), mais une philosophie et surtout un exemple vivant que ça peut fonctionner, ce qui est très important !
mai 9, 2008 à 7:47
Bonjour Nicollas,
C’est vrai que l’oeuvre de Fukuoka-San est bien plus vaste encore et qu’il ne s’est pas limité a la culture des céréales. Merci pour ces liens qui me serront tres utils pour aller plus loin.
Quand a ta derniere remarque, je suis bien sur d’accord. Mais je me demande dans quelle mesure il serait possible de separer les deux (technique et philosophie) dans la realite, car on ne peut pas demander a des agriculteurs du monde entier de devenir philosophes (meme si ce serait beau un monde de jardiniers-philosphe!)
mai 9, 2008 à 10:05
Je dirais plutôt Fukuoka-senpai ou Fukuoka-sama
Sur la séparation technique/philosophie, je la voyais plutot dans l’autre sens : si ces techniques ne sont pas adaptables chez nous (riz, inondation), on peut s’inspirer de sa philosophie (pas de labour, d’engrais etc.) pour faire notre propre agriculture naturelle (en trouvant les variétés, les cycles de semis etc.).
Par contre je pense qu’on peut facilement “vendre” ces techniques aux agriculteurs sans parler philosophie. Je trouve que c’est ce que fait Bourguignon par exemple, de manière très rationnelle (par exemple expliquer sous l’angle de la microbiologie le problème du labour). Mais je ne sais pas à quel point ces techniques sont transposables à de grandes surfaces et une vision purement agriculture.
Personnellement j’aime bien englober l’agriculture naturelle par la permaculture, pour généraliser la synergie de l’agricutlure à tout un mode de vie : dans l’agriculture naturelle, les canards mangent les limaces et enrichissent le sol; dans la permaculture, leur mare peut chauffer la maison en réflechissant le soleil hivernal, ils peuvent être un indicateur de bonne phyto-épuration, etc. (et pour moi la permaculture — et l’agriculture naturelle aussi je pense — est plus adapté à un mode de vie paysan et non pas d’agriculteur).
mai 9, 2008 à 2:23
Bien d’accord pour la distinction technique/philosophie. Il n’est bien sur pas question d’appliquer la technique de Fukuoka en France mais sa démarche intelectuelle.
La technique est “vendable” a de nombreux agriculteurs que cela soit dans des petites structures familiales ou des grandes qui devront alors developper des techniques et des outils pour etre plus productives. Je donne ma priorité aux petites structures car elles ne dependent pas de machines a base de combustible. Fondamentalement, un agriculteur qui voudrait faire de l’agriculture naturelle sur 100 hectares devra mettre une bonne partie de ses terres de côté pour produire son agro-combustible, car il est impensable de pailler autant d’hectares en utilisant les mains d’un seul homme.
A ce titre je suis un ardent défenseur de la revalorisation de l’activite d’agriculteur et donc la promotion d’une agriculture privilegiant la force humaine que la puissance d’une machine. Ce qui a pour consequence la promotion d’un changement de paradigme en ce qui concerne le secteur “primaire” (je deteste ce mot qui laisse entendre une sorte d’inferiorité), a l’opposé de l’actuel qui cherche a minimiser le nombre d’agriculteur par unité de surface.
Enfin, pour la permaculture tu as bien raison. En ce qui concerne ce blog, chaque chose en son temps et je parlerais bientot de Bill Mollison et de ses travaux. Mais déja j’ai montrer, a travers l’exemple des toilettes seches notamment, qu’effectivement cette approche du monde ne se limite certainement pas a l’agriculture, meme si ma subjectivité d’agronome la met au centre.
mai 14, 2008 à 9:20
“un agriculteur qui voudrait faire de l’agriculture naturelle sur 100 hectares…”
Je cite Vandana Shiva lors de son discours de clôture lors de la Soil Association Conference 2007:
“But don’t we need large scale farms to produce more?’ and I always say, ‘What is a large scale farm? More land in the hand of one person’.
The land is the same. It could be a thousand hectare farm in one ownership or a thousand hectares with a thousand farmers. The thousand in the one ownership does not make it more productive, it just makes it more consolidated.”
Traduction:
“Mais n’avons-nous pas besoin de très grandes exploitations pour produire plus ? Et je réponds toujours ‘Qu’est-ce qu’une très grande exploitation ? Plus de terre dans les mains d’une personne’. La terre est la même, cela peut être 1000 hectares d’une propriété ou 1000 hectares avec 1000 paysans. Les 1000 d’un seul tenant ne les rendent pas plus productives, seulement plus unies.”
http://transitionculture.org/2007/02/13/vandana-shivas-closing-address-to-the-soil-association-conference/
mai 14, 2008 à 9:34
Vandana Shiva (que je respecte en dehors de ca) joue sur l’ambiguite du terme productivité. Car la productivite est un rapport entre la production et une autre donnée (temps, terre, nombre de bras…). Dans une optique ou la société cherche a minimiser le nombre d’agriculteurs (pour pouvoir entretenir des specialistes), mettre des hectares d’un seul tenant pour un seul bohomme est productif. Par contre, si l’on prend la productivite par unite de surface, maximiser le nombre de producteurs est plus productif. C’est pour cela que des petites exploitations comme les cultivateurs d’oignons Dogon au Burkina Faso, ou les riziculteurs du Vietnam sont tres productif par unite de surface mais par par personne.
On retrouve ce meme genre de subtilité entre extensif/intensif. En fait notre agriculture n’est ni intensive, ni extensive. Aujourd’hui elle est extensive en surface, mais intensive en intrants.
Tout ca pour dire qu’il faut faire attention aux termes.
octobre 14, 2008 à 10:41
(ayant pris un peu de retard sur la lecture de ce blog, il se peut que mes commentaires aient déjà été évoqués pour d’autres posts auquel cas j’en suis désolé)
J’aprécie la présentation de diverses formes d’agriculture et l’ouverture d’esprit tout au long de ce blog, mais une chose me dérange, à savoir le côté un peu utopique de certaines prises de position:
ex: les jardiniers urbains, qui me dérangent par leurs initiaves anarchisantes et qui pourraient tout aussi bien investir dans des lopins en dehors de la ville ou même militer pour en obtenir en dedans, chose beaucoup plus cohérente à mes yeux même si difficile évidemment au vu du contexte des villes d’aujourd’hui.
Par exemple j’ai appris il y a peu qu’au début du siècle le quartier de l’Eixample à Barcelona, qui est tout sauf pittoresque au niveau de sa construction (rues carrées) avait été dessiné pour favoriser la mixité sociale (chose qui aujourd’hui évidemment n’est plus) grâce à des immeubles aux logements de taille variable, mais surtout pour qu’à l’intérieur des cours formées par ces pâtés de maison carrés soient cultivés des potagers entretenus par tous les habitants des logements environnants. Difficile à concevoir au vu de la situation actuelle, l’info est-elle réellement fiable aussi, il n’en demeure pas moins que l’idée de militer pour ces espaces me séduit plus que le jardinage sauvage.
Concernant cet article (la revolution d’un seul brin de paille), je trouve les interrogations sur la possibilité de transposer le systême du japonais aux cultures françaises un peu trop intellectuelles et d’opinion: il manque à mon sens une réflexion sur la possibilité agronomique de transposer un tel systême. En effet, s’il semble que ne pas labourer fonctionne dans ces terres humides du Japon, quid des sols plus ingrats français ou espagnols, plus secs ou aux pluies plus irrégulières, dans lesquels je doute que des graines uniquement jetées à la volée puissent voir le jour sans que le sol ne soit retourné. Je manque d’éléments pour fournir une bonne analyse, mais je trouverai que ce blogue serait bien enrichi par des réflexions un peu plus terre-à-terre par moments, dans l’esprit de ce que je viens de présenter. L’agriculture française, malgré ses défauts et peut être le manque de bon sens de certains acteurs de l’agriculture (agriculteurs, fournisseurs etc… jusqu’au consommateur) n’a t’elle quand même pas acquis une certaine connaissance de son sol? (du moins à l’époque peut être révolue des cultures non intensives?)
Sinon en guise d’encouragement, continue d’alimenter ce blog, c’est un chouette boulot.
J.
octobre 14, 2008 à 11:04
Bonjour,
Content de te voir passer par mon antre virtuelle.
Je pense que militer pour l’espace dans les villes et la guerilla potagere sont deux facettes d’un meme combat. Elles sont complementaires. La premiere etant plus du lobbying institutionnel et l’autre une activité beaucoup plus ludique et excitante.
Tres interessant en tout cas sur le cas de Barcelone qui reste quand meme un ovni urbain fortement influencé par son passé ancré à gauche. Mais en quelque sorte, et comme tu le rappelles aussi, c’est un peu partout en Europe qu’il y a un recul de ces terrains en plein coeur et autour de la ville (exemple: “Rosa Rose Bleibt” à Berlin ou “Ce Jardin-là” à Paris). En tout cas, le developpement de ces espaces n’est certainement pas proportionnel à l’engouement que les gens leur porte. (A Rennes par exemple, c’est deux à trois ans d’attente pour un jardin familial – feu les jardins ouvriers-)
En ce qui concerne la méthode de Fukuoka, elle est tout à fait applicable en France. Bien sur il ne s’agit pas de riz mais de blé et les détails varient, mais l’approche reste fidèle. C’est ce qu’on apelle la méthode Fukuoka-Bonfils.
http://www.metafro.be/leisa/2000/164-13.pdf
Ce n’est donc pas du tout intelectuel mais tres pratique donc. De meme, j’accepte avec plaisir de me voir qualifier d’utopiste car j’aime à cette occasion citer Victor Hugo qui disait:
“Les utopies d’aujourd’hui sont les réalités de demain”
Enfin, quand à la connaisance du sol des agriculteurs elle est plutot limitée du fait de la casse conceptuel fait par mes confreres agronomes durant les cinquantes dernieres années. Toutefois, je ne crache pas sur tout le monde et l’article suivant montre le travail formidable d’un ancien de mon école d’agronomie sur les sols en Europe et dans le monde. A ne surtout pas rater donc la conférence de Claude Bourguignon en suivant ce lien.
http://jardinons.wordpress.com/2008/03/16/mon-ami-lhumus/
Merci pour ce commentaire et a bientot.
Karmai
octobre 27, 2008 à 8:45
Je conseillerais à Djouniordasouza de regarder le film “Terre vivante” http://voiretagir.org/spip.php?article48
On y voit des paysans Bretons pratiquer le semis direct sans labour avec beaucoup de succès.
Ce n’est pas encore du Fukuoka car ils utilisent un peu d’engrais, plus du tout de glyphosate, mais ils n’en sont qu’au début et pensent pouvoir aller vers une diminution au fur et à mesure que la terre “revit”.
juin 8, 2009 à 3:57
[...] pratiques agricoles en accord avec les principes qui sous-tendent toutes les formes de vies, comme l’agriculture naturelle par exemple. Le cas qui nous intéresse ici, est celui de l’agroforesterie, dont les [...]
août 30, 2009 à 3:35
[...] créer, cultiver le goût des aliments, de la convivialité avec les autres et l’humanité, simplifier, équilibrer les écosystèmes, réduire les inégalités, comprendre son univers et apprendre [...]