La doxa urbanistique voudrait que construire des tours permet de densifier les villes et de préserver des espaces naturels qui auraient été bétonnés sinon. A Rennes, comme dans beaucoup de villes, on urbanise dans ce sens, et c’est une grossière erreur.
Au lycée chateaubriand de Rennes, lorsque j’avalais au tuyau et à l’entonnoir du savoir scientifique, je m’étais fait la réflexion que le mode de croissance d’une ville ressemblait à s’y méprendre, vue de haut, à celui de la croissance d’une colonie de bactéries dans une boîte de pétri. A la même époque, j’entendais parler de la critique de la croissance, il ne m’en fallu pas plus pour me dire que si les bactéries croissaient jusqu’à leur auto-destruction il pouvait tout à fait nous arriver la même chose. J’ai toujours eu une très haute estime dans les capacités humaines. Quoi qu’il en soit, on voit aujourd’hui que cette question un peu naïve n’était pas dénuée de tout fondement car la croissance urbaine interroge la durabilité de nos modes de vies. A Rennes, une relativement petite ville, la question n’en est pas moins pertinente. Il faut dire que la métropole a décidé de former une ville archipel. En gros, des îlots densément urbanisés interconnectés entourés d’un océan de campagne. Plus d’intensification, c’est plus d’habitants au mètre carré et en théorie des espaces ruraux qui n’ont pas besoin d’être cédé au béton. Mais comment densifier? Un consensus semble émerger, il faut construire de plus en plus haut. Pour Frédéric Bourcier, adjoint au maire de Rennes en charge de l’urbanisme et de l’aménagement, l’horizon est clair: "Si on veut de la nature, il faut des tours", ah oui?
Manhattan et Central Park – New-York
Dans l’excellent numéro 17 de Mai-Juin de Place Publique il est réalisé tout un dossier sur l’épineuse question de savoir si il faut continuer à construire des tours à Rennes. La question passe par deux idées largement répandues :
1- Plus l’immeuble est haut plus la densité urbaine est élevée.
2- La population est largement opposée à l’installation de tours.
Ainsi, pour tout bon adjoint au maire en charge de l’urbanisme et de l’aménagement d’une ville, l’objectif est d’installer des tours en force avec un maximum de vaseline puisque par définition, dans ce système de pensé, les tours sont inéluctables et que les gens sont apparemment un peu limités pour le comprendre puisqu’ils résistent. Un excellent article de Serge Salat et de Caroline Nowacki, publié dans la revue mentionnée plus haut, vient contredire avec brio cette vision un peu étroite de la problématique:
"Ne confondons pas hauteur et densité. En effet, plus on construit haut, plus il faut prévoir de l’espace aux alentours. (…) Non seulement l’urbanisme de grande hauteur n’est pas une bonne voie pour la densification aujourd’hui considérée comme nécessaire. Mais les tours ont pour inconvénients de détruire la rue et sa sociabilité et de "distendre la maille urbaine" en plus d’être un gros consommateur d’énergie."
Ils comparent à titre d’exemple la source d’inspiration architecturale moderne,à savoir une tour à la Le Corbusier, avec la ville traditionnelle de Turin. La comparaison est relativement visuelle et explicite.
Comparaison "Le Corbusier"- Centre ville de Turin – source CSTB
Le même type de comparaison est tout aussi illustrant pour la ville de Rennes. Ceux qui connaissent cette ville apprécieront les deux lieux considérés, semblables dans l’esprit à la comparaison précédente. On voit nettement qu’une tour est peut-être plus dense au niveau du bâtiment, mais que tout autour elle mobilise un espace très grand réservé aux routes et aux parkings. Ainsi, un centre urbain européen traditionnel est en fait plus dense.
Comparaison sur Rennes sur un carré 200*200 mètres – Source : Google maps
C’est aux deux auteurs de l’article de bien résumer la situation par ce brillant constat:
"La typologie [traditionelle] est une forme sociable. La rue est alors un lieu intense d’échange, de commerce et d’activité humaine. Le lien social recherché pour une qualité de vie meilleure se crée ainsi naturellement, contrairement aux formes modernistes qui ont déshumanisé la rue en réalisant des villes adaptées seulement à l’automobile. Les cours traditionnelles sont des mondes intérieurs à taille humaine, semi-privés, qui rassurent et permettent des interactions entre les habitants, contrairement aux espaces vides au sol, démesurés et inquiétants, de Le Corbusier"
Nous avions déjà vu dans un article précédent que l’urbanisme moderne, dont les lettres de noblesses ont été écrites par Le Corbusier, avait raté le coche du social au sens large. Le Corbusier disait "C’est l’architecte qui a tord et la vie qui a raison". Les comparaisons précédentes le confirment. Bien plus organiques, les formes traditionnelles d’urbanisme qu’on retrouve dans les centres des grandes villes européennes se révèlent des sources d’inspiration de premier ordre pour les défis qui nous attendent en terme de densité urbaine et d’écologie.
Ainsi nous pouvons résoudre le problème de Mr Bourcier. Au lieu de supposer que les gens s’opposent sans raison aux juste développement urbain qui passe par la construction de tours, il ferait mieux de laisser une place dans son esprit au sens commun général, qui ici, lui aurait indiqué une méfiance envers ces tours, méfiance tout à fait légitime à la lumière d’une analyse scientifique rigoureuse. Encore plus, écouter la peuple, n’est-il pas une donnée importante de toute organisation démocratique? La mairie de Rennes n’en est pas à son premier coup de force en terme de développement urbain. Nous avons déjà fait état sur ce blog des manœuvres peu ragoutantes pour expulser des jardiniers et des habitants en vue d’opérations immobilières. "Si on veut de la nature, il faut des tours". Voilà une affirmation finalement erronée.
Toutefois, on pourrait noter sur la comparaison Rennaise une présence un peu plus importante du végétal dans le cas d’une tour. Ne serait-ce pas un argument en faveur de celles-ci? Là encore, il faut bien comprendre que ces "espaces verts" n’ont rien d’espace libéré mais bien plus d’espace à peu près morts, si on ne comptait pas l’herbe qui y pousse dans l’indifférence quasi générale. A nos deux brillants analystes d’enfoncer le clou:
"Les espaces verts illimités et uniformes autour des tours du modernisme, sans complexité ni géométrie, manquent cruellement de l’architecture du jardin clos qui créait autrefois et jusque dans les square infiniment variés de l’haussmannisme parisien des lieux et des cheminements, appropriables par les enfants et leurs parents, un monde familier, proche et intime"
A ce titre, la municipalité de Rennes cherche à améliorer le quartier du Blosne, le plus grand ensemble de tours au sud de ville. La population est de moins en moins nombreuse et l’attrait n’est pas particulièrement au rendez-vous. Il faut dire qu’on y retrouve beaucoup des défauts des espaces décris ci-dessus. Le projet de la ville a été présenté par Antoine Grumbach.
(source)
Ici, la proposition tourne au pathétique. A partir de la situation actuelle (photo du bas) où l’on retrouve "Les espaces verts illimités et uniformes autour des tours du modernisme, sans complexité ni géométrie" précédemment décris, on observe une courageuse proposition d’amélioration. On appréciera le travail qui consiste à ne changer à peu près rien sinon rajouter ici ou là quelques plantes et arbres bien inutiles à redonner un sens à cet espace, ses tours et ses parkings qu’on cherche surtout à cacher derrière des faux-arbres numériques… Cette tendance des architectes et des paysagistes à recouvrir de vert la vacuité de leurs idées et la pauvreté des propositions est souvent bien malheureuse pour ceux qui vivent ensuite ces espaces.
De toute cette exploration, j’implore les élus de la ville de Rennes, dans le cas improbable où ils passeraient sur ce blog, de lire l’article de Salat et de Nowacki, de se balader avec attention dans le vieux Rennes ou autour du lac des Longs Champs pour comprendre à quoi peut ressembler un espace dense et agréable à vivre. Je les implore aussi de visiter Beauregard, de se rendre compte de la pustule immonde infligée à cette ville en suivant les sirènes trompeuses de la modernité. J’aime ma ville, je la voudrais vivable et écologique, faites-y attention s’il vous plait, ne cédez plus à ces sirènes.





la problématique de la densification non pas urbaine mais humaine dans les villes pose le même problème que la crise dans son ensemble : revoir les modèles en les soumettant non pas au diktat d’une pseudo modernité décidé par la consommation mais par la révision des besoins humains réels.
la dynamique des tours est une réponse par l’empilement à une demande fantasmée d’appartement établis sur le modèle du une chambre par personne un grand salon une cuisine une sdb un wc éventuellement une terresse balcon etc
tout ça dans la vvision du chacun chez soi individualiste qui condamne avec le temps de vieilles personnes à vivre seule dnas un appartement 4 cmbres une fois les enfants partis et l’autre dans le couple décédé.
pourquoi avoir un salon où finalement peu de la famille passe de temps puisque chacun regarde son programme tv dans sa propre chambre ou s’occupe sur son ordi perso. pourquoi investir dans un sofa le canapé 3 places ,dans une famille de 4?
et si on révisait les codes de l’architecture d’un appartement type pour reconquérir un espace urbain par le réaménagement interne de l’appartement type?
la coloc qhez nous n’est pas encore la mode ni chez les jeunes ni chez les vieux comme c’est le cas à berlin ou dans les pays nordistes, mais cela suppose d’autres types dappartements où les couloirs élargis deviennent des lieux de convivialité
des cuisines géantes et des petits coin tv rabougris à la dimension d’un bureau ou d’un boudoir pour se parler en vis à vis
plutot que de penser l’urbanisme par la juxtaposition d’éléments dont on ne cherche que la focntionnalité externe et si on commençait à l’envers
pour recréer des cours intérieures des jardins d’intérieurs propices à l’amélioration de la prise de repas collectifs d’une forme d’intimité partagée autour d’une nature intégrée à l’intérieur meme de l’habitat dans une association anture lumière et espace commun
peut-être alors la simple redistribution de la focntionnalité de l’espace fondée sur d’autres besoins émergents changeraient du tout au tout la fameuse densité urbaine sans qu’il soit besoin de conquérir des espaces sur le vivant puisque logiquement la population ne s’accroit pas dans cnotre pays sur les bases de l’accroissement urbain dans les pays tiersmondistes par le bsoin réel rél de loger les effets de la natalité galopante conjugué à l’exode rural en cours.
dans l’avenir au centre des vivlles il devrait y avoir de moins en moins de voiture puisque le cout de ce type de déplacement en ville ne fera que croitre et devenir immanquablement incohérent avec le fait de poséder une voiture en propre quand on sera un urbain.
sans doute devra ton reconfigurer certains parking.
et si on prenait vraiment le problème à l’envers
plutot que d’imposer des tours imposer des arbres? des carrés de verdure des bancs publics des rosiers des haies des animaux?
à grenoble un quartier de Meylan est conçu comme une promenade associaant des habitats agglomérés dans des formes diverses et des zones piétonnes des routes d’accès véhicule de multiples recoins de verdures etc pesonne ne souhaite en déménager et il n’y a d’appartement à vendre qu’en cas de décès deu dernier survivant. un lieu d’une grande densité dont pas un habitant ne souhaite partir.
Merci pour cet article. cela me soulage de voir que je ne suis pas seul à me morfondre de la destruction de Rennes par la mairie actuelle.
Le pire étant les travaux absolument inutile et aveugle pour justifier sans des impots parmis les plus élévés de France
Dernier exemple en date : la plaine de Baud : tout se passait très bien, circulait bien.. la mairie à couper TOUS les arbres, rebitumer quasi à l’existant, ajouter un pont à 100m du pont existant… pots de vins ?
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Je ne suis pas rennais et je ne connais donc pas le projet de la mairie mais cela m’étonnerai qu’ils veuillent remplacer le centre ville historique actuel par des tours. Il me semble par contre que la tour (ou plus simplement le bâtiment de 5 à 6 étages) est une alternative tout a fait salutaire à l’extension sans limite des banlieues pavillonnaires sans charme, qui, en plus d’être vraiment peu dense et pas terrible d’un point de vue énergétique, est désastreux en terme de transport : condamne toute la population à l’utilisation permanente de la voiture. De plus pour avoir vécu en pavillon et en immeuble parisien je suis convaincu que la sociabilité de la rue est beaucoup plus développé dans les quartiers plus denses.
TU m’auras surement mal lu, il n’est en effet jamais question de remplacer un centre historique par des tours! Le débat ici est de savoir sur quel modèle s’appuyer pour créer de nouveaux espaces urbains le plus dense possible. Et en cela, nous tombons d’accord que les quartiers denses à 5, 6 étages sont largement préférables. Il est juste étonnant qu’ils soient si peu fait dans les faits.
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