Jardin d’Eden

De plus en plus de gens ne se laissent plus conter d’histoires abracadabrantesques fournis par les religieux. Une archéologie « religieuse » tentant d’évaluer la crédibilité des grands mythes comme le déluge ou la destruction du temple de Salomon a largement battu en brèche la crédibilité de ces histoires. Les religieux cachent désormais ces histoires, longtemps déclarées comme réelles, derrière l’idée qu’ils ne sont que des mythes à la portée philosophique. Pas de paradis, ni stocks de vierges disponibles à l’arrivée pour les grands gagnants. Si le paradis promis n’est qu’une fable pour gens crédules, où le trouver? Mais sur Terre pardi! La preuve, le jardin d’Eden a existé.

L’origine du monde

L’origine du monde de Gustave Courbet

Avant, il parait qu’il n’y avait rien. Pas d’autoroute ni de kärcher, pas de pointeuses ni de parcmètres, pas de moral ni de justice, pas d’espoir ni de bonheur. Une fois qu’il y a eu, il a fallu accepter le paquet entier sous menace divine de perdre le bail. Il faut dire que l’on n’était pas franchement en position de négocier, on avait déjà chourré des fruits chez le proprio, ça avait fait tout un pataquès.

Le jardin d’Eden reste un des mythes les plus universels, que l’on retrouve dans toutes les civilisations avec des particularités locales. Pour les Incas par exemple, la plus grande civilisation Andine, la genèse se situe dans le lac Titicaca, où le couple fondateur Manco Capac et Mama Ocllo surgirent des eaux un bâton d’or à la main afin de chercher un lieu fertile où ce dernier pénètrerait entièrement dans le sol. Ainsi serait né Cuzco (”le nombril” en Quechua) la capitale des Incas. On retrouve donc des thèmes assez semblables à la genèse et à l’Eden; le couple fondateur et un lieu originel que l’on est amené à quitter. Le point sur lequel je vais m’arrêter en priorité est celui de l’ancrage dans le réel de ces mythes. Non pas que le jardin d’Eden ait été comme le décris la bible, mais que ces mythes sont nés d’une réalité distordue par les siècles. Ce point est important pour mon propos, car il permet de montrer que l’accession au paradis n’est pas qu’une idée pure déconnectée de la réalité mais une potentialité de notre planète. En effet, si on lit la genèse, elle nous fournit des indications géographiques relativement précises sur l’emplacement du jardin d’Eden. Il serait situé entre le Tigre et l’Euphrate. Or, ces deux fleuves existent, et sont situés en Mesopotamie (l’actuel Iraq), là où, six millénaires avant aujourd’hui, est probablement née la première civilisation humaine : Sumer. Cette zone, souvent appelée le croissant fertile en référence aux riches limons qui se déposaient sur les berges de ces deux fleuves, était particulierement propice aux hommes et à la diffusion de l’agriculture. Rien d’étonnant donc que ce lieu ait vu l’apparition des premières villes, de l’agriculture, de la domestication des animaux (chèvres, bovins, porcs et moutons) et des premières céréales. Quoi de plus étonnant alors que de voir se situer l’Eden dans des contrées qui ont vu naitre tout ce qui caractérise l’humanité aujourd’hui.

Il est ensuite un fait trop ignoré à mon goût, qui est que l’Histoire est toujours liée à celui qui la raconte. Ne pas s’interroger sur qui raconte l’Histoire, c’est rester partial dans sa compréhension. Au sixième siècle avant J-C, Nabuchodonosor roi de la glorieuse Babylone, soumet le royaume israelite et conquiert Jérusalem. Il déporte alors le peuple élu par Yaveh en Mésopotamie, c’est la première diaspora juive. Au sein de la vibrante Babylone, il sera laissé aux juifs une relative liberté de culte, et la proximité de la florissante Babylone va leur permettre de consolider la religion juive et d’enrichir les textes hébraiques, notamment grâce aux prophètes Ezechiel et Jérémie.

jardins suspendus et tour de babel

Gravure de Marteen Von Heemskerck – Babylone

Alors que les juifs sont dans la fameuse capitale sous l’autorité de Nabuchodonosor, le souverain construit deux ouvrages grandioses : il agrandit la ziggurat et fait construire les jardins suspendus de Babylone. Cette ziggurat s’élançant vers le ciel était un ouvrage monumental, probablement pour l’époque un des plus haut édifice jamais construit, rivalisant avec la puissance et l’arrogance d’une pyramide de Khéops. Pour les juifs, qui vivent au cœur de la puissance et travaillent comme simples manœuvres à sa construction, cette tour qui unifie les babyloniens autour d’une langue unique est le symbole de leur domination. N’est-il pas alors logique de faire naitre l’histoire de la tour de Babel, celle d’un Dieu venant punir l’arrogance d’un peuple puissant ayant soumis les juifs? De la même façon, n’est-il pas étrange que les jardins suspendus de Babylone, cadeau somptueux du roi pour son épouse Amytis de Mèdes, soient situés à l’emplacement biblique de l’Eden et soit contemporain des juifs en exil? Le jardin d’Eden n’est donc pas une pure fiction mais prend ses sources dans la réalité, c’est une histoire qui s’est enrichie au fur et à mesure de l’évolution des hommes et des mythes dont ils avaient besoin. On peut en supposer les étapes. Tout d’abord vers le 9eme millénaire avant Jésus christ, lors de l’invention de l’agriculture. Progressivement, les hommes quittent une société d’abondance basée sur la cueillette et la chasse pour s’orienter progressivement vers l’agriculture puis l’élevage. Apparemment, tous les hommes n’y gagnent pas au change, car l’agriculture permet en contrepartie de faire naitre des surplus agricoles qui alimentent des dominants. De là provient probablement l’idée d’un paradis perdu, celle d’une subsistance basée sur un travail moins pénible que celui de gratter la terre le dos courbé, et celle d’une organisation sociale plus égalitaire, n’ayant pas les moyens d’alimenter la domination d’une élite non productive en terme agricole. Les voyageurs européens du XIXe qui ont croisé des archipels sur leur route se sont enthousiasmés du bonheur de ces îles paradisiaques où règnent l’abondance et la simplicité de vivre. De même, Rousseau se fait l’écho de cette idée en prétendant que c’est la société qui corrompt l’homme, naturellement bon. L’état sauvage de l’homme n’est probablement pas à regretter, mais il est certain que la complexification des sociétés s’accompagnent souvent d’un accroissement des inégalités et des dominations qui les permettent. Le développement des civilisations faisant accroitre les inégalités, il rend plus vif encore le sentiment d’un passé bien plus florissant, pacifié et équitable. Les juifs se sont fait l’écho de cette histoire universelle où les puissants se sont accaparés le paradis terrestre.

Voir finalement ces jardins suspendus de Babylone, semblables aux descriptions du paradis perdu, accaparés par Nabuchodonosor le plus puissant des hommes, ne pouvait que leur confirmer que l’Eden n’avait pas disparu mais qu’il était aux mains des puissants. Voilà qui ouvre des perspectives et prend en brèche des idéologies que l’on rencontre de nos jours. Foin d’un monde meilleur que l’on ne pourrait atteindre qu’après notre mort, après une vie morne, sacrifiée sur divers autels plus durs les uns que les autres : pauvreté, guerre, travail et religion. Dans une perspective athée, l’absence de paradis céleste implique l’urgence de s’en rapprocher sur cette Terre. Bonne nouvelle, c’est possible! Mauvaise nouvelle, il est dans les mains des puissants de ce monde qui n’ont pas prévu de le partager.

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Classé dans Agriculture, Histoire

Une réponse à “Jardin d’Eden

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