La mort

L’importance de la mort dans notre vie spirituelle est a mettre au regard de son absence quasi totale dans notre quotidien. Qu’elle soit cache, refoulée, mystifiée ou ignorée, un seul constat m’apparait, notre societe n’en parle pas alors qu’il s’agit probablement de la question la plus importante au monde. Dans cet article je montrerais comment la question de la mort (avec celle de la souffrance) est niée sinon mal traitée. Pourtant, émettre une réflexion raisonnable sur la mort est essentielle si nous voulons savoir dans quelle direction aller tous ensemble.

Massacrons les fausses questions avec Epicure

Il ne serait pas une hypothèse complètement absconse que de dire que l’homme a commencé à être homme le jour où il a commencé a réfléchir sur la mort et proposer des palliatifs à l’allure de solution. Les rites religieux qui en decoule révélent les enjeux de la mort. Assurer le souvenir du disparu, écarter des vivants la pestilence et les risques sanitaires, extraire le corps humain de la nature pour se convaincre de son statut particulier et donc de son destin post-mortem unique, etc. Quoi qu’il en soit, ces comportements trahissent une angoisse profonde par rapport à l’inconnu de l’après et par rapport à la souffrance. Des peurs majeures se retrouvent chez tous les hommes vis à vis de la mort, la peur de souffrir atrocement, celle de rejoindre pour l’éternité le néant de conscience et enfin la crainte des dieux (ou du dieu) qui peuvent en théorie nous en faire pas mal baver en nous emmenant en enfer ou tout autre lieu atroce imaginable. Epicure en était bien conscient et a pris le temps de prendre ces histoires par le bon bout de la raison. Dans un des rares textes qui nous est resté de sa prolificité perdue, la lettre à Ménécée, le père de l’hédonisme nous apprend à ne pas redouter la mort. Vous pouvez écouter ici un enregistrement complet de cette lettre.

Lettre à Ménécée, Epicure

Ce texte fantastique nous apprend à ne pas craindre les dieux, car ils n’interviennent pas dans notre monde. De plus et surtout, il apprend à ne pas craindre la mort car elle n’est rien pour les vivants (puisqu’ils sont vivants!) et d’autre part une fois mort nous ne pouvons plus nous en préoccuper (car nous sommes morts!). Pourquoi alors se faire du mauvais sang de quelque chose qui ne sera jamais rien pour nous. Cette leçon est gigantesque car elle nous apprend à ne pas encombrer l’instant présent d’inutiles soucis. C’est une invitation à oublier les religions qui tentent milles pirouettes pour expliquer l’inexplicable, et se consacrer plutôt à la philosophie. Que l’on me comprenne sur la distinction religion/philosphie, je considère le message premier du christ au même titre que les réflexions de Bouddha comme des philosophies. Epicure nous apprend donc une chose essentielle, la mort est une affaire humaine très concrète.

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Cadavre exquis

Ne plus avoir peur de la mort, c’est radicalement changer sa vision des choses. C’est ainsi ignorer les vanités de la célébrité, de l’argent, du pouvoir qui s’effacent avec la mort des mémoires et l’érosion du vent sur les pierres que l’on croyaient éternelles. Qui se souvient de cet homme puissant, célèbre et riche qu’était Khâsekhemouy?

La mort est une question trop importante pour être confiée à des religieux

La promesse d’un au-delà rassurant est probablement une des causes de la servitude volontaire des peuples. On accepte bien plus facilement son sort lorsque l’on sait que le royaume des cieux est particulièrement offert aux pauvres, aux dominés, aux oppressés. Nietzsche, dans son excellent ouvrage « polémique » La généalogie de la morale nous met également en garde contre les religions garante d’une morale des dominés.

« Partout où il y a des troupeaux, c’est l’instinct de faiblesse qui les a voulus, l’habileté du prêtre qui les a organisés. »

Ne plus écouter les messages nous promettant des lendemains qui chantent après la mort, c’est un appel à construire tout de suite le paradis, ici et maintenant. Cet appel n’est surement pas inutile dans une France où le religieux revient en force, et pas non plus entierement absurde face à de nombreuses régions du monde où la première question qu’il est posé à l’étranger est de savoir sa religion (je tiens a preciser que le fait dans nos societes de demander quel travail on fait comme premiere question n’est pas forcement un progres). Tuer Dieu est a mes yeux une premiere etape de ce qu’il est necessaire de faire pour se reapproprier notre vie. A ce titre, la revolution francaise aura ete un moment unique pour l’Europe, lorsque une partie du peuple a decide de couper la tete du representant de Dieu sur Terre. Une periode gigantesque qui sans le vouloir a etendu le champ de conscience d’une liberte plus vaste, car en tuant Dieu l’homme devient en theorie son seul maitre et ses choix sont sa morale.

L’évangile selon De Grey

Sans un Dieu pour dicter sa loi, des interdits, des normes, l’homme se retrouve devant la difficile tache de faire des choix. Faute de pouvoir trouver un autre référent que soi-même, la morale devient individuelle et donc fortement relative. C’est dans ce contexte que « la science » vient prendre le relais de la religion, et le scientifique celui du prêtre. La science étant garante de vérités universelles (la gravitation universelle, les mécanismes de l’évolution…) c’est un socle de certitudes sur lequel l’homme seul face au choix peut se reposer. Rien n’est plus faux en réalité. En effet, soumise aujourd’hui a l’acte productif (car société de croissance) « la science » est bien plus technique que science. Les découvertes « scientifiques » sont bien plus soumises a un impératif de résultat économiquement intéressant qu’un désir d’expliquer de maniéré désintéressée les phénomènes. Pour obtenir des financements dans la recherche aujourd’hui il est essentiel que cela « serve a quelque chose ». La recherche publique, les chercheurs indépendants et certains laboratoires financés par des fondations désintéresses sont les derniers bastions de la science pour la science.

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Aubrey de Grey, indéniablement génial, veut ainsi mettre la puissance de feu du système technico-scientifique au service de la lutte contre le vieillissement. Selon lui « la première personne qui atteindra mille ans est aujourd’hui sexagénaire ». En l’absence de Dieu, c’est effectivement le seul moyen d’accéder à l’immortalité. En temps que scientifique de formation, je dirais que son projet, appelé SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) n’est pas irréaliste du tout. Il est fou de le même façon qu’il l’était de vouloir marcher sur la Lune au moyen-âge ou de pouvoir parler de vive voix avec quelqu’un à l’autre bout de la planète lorsqu’on coupait la tête du roi de France.

Pour bien comprendre toute la problématique, regarder cet excellent reportage à son sujet.

Do you want to live forever? de Christopher Sykes

Il y a à mes yeux un seul problème dans l’approche d’Aubrey De Grey. Contrairement à ce que beaucoup de détracteurs lui reproche, je ne pense pas que cela soit impossible d’étendre la vie jusqu’à des périodes très longues. Par contre, à moins d’un investissement énorme de milliers de laboratoires de recherches dans la même direction, cet objectif ne sera pas atteint du vivant d’Aubrey de Grey. La tache à accomplir, notamment dans la compréhension du cerveau et la restauration des dégénérescences neuronales, dont la maladie d’Alzheimer en est un exemple, est absolument gigantesque. A projet Pharaonique, moyens démesurés.

Ce qui m’intéresse le plus chez Aubrey de Grey, ce n’est pas tellement de savoir si il est souhaitable ou non de le faire, si il est possible de le faire ou non, mais bien plus de chercher les raisons de l’apparition à notre époque d’un tel personnage et d’une telle idée. Et quelles conséquence cela va avoir pour l’humanité. Cette idée d’etendre la vie est en adéquation avec une grande partie des esprits post-industriels occidentaux, indifférents à la question religieuse, nourris d’une croyance démesurée dans les potentialités de la technique et de la science et enfin foncièrement individualistes. La révolution De Grey, si elle a lieu, donnera un monde dont les racines prendront pied dans ces valeurs là. L’immortalité ne sera dans ces conditions très certainement pas offert à tous les être humains, et c’est un monde probablement plus horrible, cruel et inégalitaire qu’aujourd’hui qui verrait alors le jour. Je reprend à mon compte cette judicieuse remarque d’un ami d’Aubrey De Grey « Tout ceux qui par le passé ont cru à des gens qui leur promettaient l’immortalité sont morts aujourd’hui », c’est probablement ce qui arrivera à tout ceux qui, comme l’estat, ont foi pseudo religieuse en Aubrey de Grey et la techno-science. Dans le monde antithanatotique (luttant contre la mort), ce sera la mort à ceux qui refuseront les conditions qu’imposeront ceux qui détiendront le pouvoir d’entretenir l’immortalité (Dictature antithanatocratique). Refuser de faire vivre quelqu’un, quelque soit la raison, c’est un meurtre pour non assistance à personne en danger, pire une condamnation à mort, un meurtre tout simplement.

Une victoire indéniable du capitalisme

A la lumière de l’intéressant projet de ce scientifique Britannique, il m’apparait que la véritable question est bien plus celle du vivre ensemble et du bien vivre. A quoi servirait-il de vivre 500 ans malheureux? Comme le dit si bien Montaigne :

« L’utilité du vivre n’est pas en l’espace, elle est en l’usage. Tel a vécu longtemps qui a peu vécu »

Pourtant notre monde ne raisonne pas ainsi, toute espérance de vie supplémentaire est forcément un bien. En moyenne, la plupart des endroits du monde peuvent s’enorgueillir de faire vivre leur citoyens plus longtemps et cela est un bien en soi, une victoire proclamée du capitalisme qui lui a donné la possibilité matérielle de devenir réalité. A ce titre, l’IDH (Indice de Développement Humain) prend l’espérance de vie comme un des facteurs majeurs du développement. C’est effectivement une de réussites objectives du capitalisme, progresser sur le chemin de la lutte contre la mort jusqu’à la vie éternelle. Oui bien sur, un jour nous vivrons tous jeunes et beaux pour toujours, comme à la télévision. Oui, bien sur nos vies seront remplies de milles joies et de plaisirs sans aucune interruption, comme à la télévision. Comme la croissance et les ressources, tout sera éternel, comme l’Histoire qui est finie, le temps va s’arrêter, les hommes vont cesser de désiré d’être libre pour contempler leur divin pouvoir sur ce qui semblait être inscris dans leurs gènes.

Non, je n’y crois pas, et l’éternité ne me semble pas désirable aujourd’hui. Et c’est bien quelqu’un qui l’a fortement désiré à la nuit tombée qui le dit. C’est surement en partie pas manque d’humilité que nous n’arrivons pas à vivre ensemble, alors je ne vois pas comment des gens du haut de leur éternité en seraient capable.

Le prochain désir ultime…

Là est bien sur le fond du problème, désirer sans fin, telle est la logique de rechercher cette éternité. Notre époque est une époque de désirs sans fin, nous ne savons pas nous fixer des limites, alors pourquoi pas le désir ultime, celui de du saint Graal et de la fontaine de jouvence à la fois. Bien sur le désir étant un puissant moteur nous risquons d’y arriver, mais que devrons nous y sacrifier sur le chemin? Pour notre confort matériel nous avons sacrifier des ressources accumulées sur des millions d’années, polluer sans retenue et dominés des contrées entières. Par désir de puissance on a mis à portée de doigts notre auto-destruction. Par désir de pureté on a massacré sur tous les continents des millions de personnes. Ce projet est à mes yeux l’archétype de l’Hybris dont on évalue encore mal la Némésis qu’il faudra consentir en réaction. Le panmetron voudrait que l’on apprenne d’abord a vivre et faire de ce moment sur Terre, un moment d’intelligence et de paix. Voila une tache immense dont la decroissance me parait etre aujourd’hui le chemin le plus raisonnable, en voulant vivre mieux mais pas forcement plus longtemps.

9 Commentaires

Classé dans Philosophie, Santé

9 réponses à “La mort

  1. Imago

    Peut-être appréhendons-nous la mort car nous passons notre temps à remettre les choses réellement importantes au lendemain et sommes effrayés à l’idée d’arriver au moment où elle nous tendra la main et de réaliser que nous n’aurons rien fait.
    Nous vivons longtemps mais n’avons jamais le temps de faire ce que nous voulons. Il nous faut effectivement ralentir pour mieux profiter du temps qui passe. Le premier geste décroissant serait peut-être de nous débarrasser de notre montre.

  2. karmai

    Tout à fait d’accord. Voici en guise d’éclaircissement cette fable de La Fontaine « La mort et le mourant » qui illustre ce point qu’il ne faut point attendre demain pour faire ce que l’on veut.

    La Mort ne surprend point le sage;
    Il est toujours prêt à partir,
    S’étant su lui-même avertir
    Du temps où l’on se doit résoudre à ce passage.
    Ce temps, hélas! embrasse tous les temps :
    Qu’on le partage en jours, en heures, en moments,
    Il n’en est point qu’il ne comprenne
    Dans le fatal tribut; tous sont de son domaine;
    Et le premier instant où les enfants des rois
    Ouvrent les yeux à la lumière
    Est celui qui vient quelquefois
    Fermer pour toujours leur paupière.
    Défendez-vous par la grandeur,
    Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse :
    La Mort ravit tout sans pudeur;
    Un jour le monde entier accroîtra sa richesse.
    Il n’est rien de moins ignoré,
    Et, puisqu’il faut que je le die,
    Rien où l’on soit moins préparé.
    Un mourant, qui comptait plus de cent ans de vie,
    Se plaignait à la Mort que précipitamment
    Elle le contraignait de partir tout à l’heure,
    Sans qu’il eût fait son testament,
    Sans l’avertir au moins: « Est-il juste qu’on meure
    Au pied levé? dit-il: attendez quelque peu:
    Ma femme ne veut pas que je parte sans elles;
    Il me reste à pourvoir un arrière-neveu;
    Souffrez qu’à mon logis j’ajoute encore une aile.
    Que vous êtes pressante, ô déesse cruelle!
    – Vieillard, lui dit la Mort, je ne t’ai point surpris;
    Tu te plains sans raison de mon impatience:
    Eh! n’as-tu pas cent ans? Trouve-moi dans Paris
    Deux mortels aussi vieux; trouve-m’en dix en France.
    Je devais, ce dis-tu, te donner quelque avis
    Qui te disposât à la chose :
    J’aurais trouvé ton testament tout fait,
    Ton petit-fils pourvu, ton bâtiment parfait.
    Ne te donna-t-on pas des avis, quand la cause
    Du marcher et du mouvement,
    Quand les esprits, le sentiment,
    Quand tout faillit en toi? Plus de goût, plus d’ouïe;
    Toute chose pour toi semble être évanouie;
    Pour toi l’astre du jour prend des soins superflus;
    Tu regrettes des biens qui ne te touchent plus.
    Je t’ai fait voir tes camarades,
    Ou morts, ou mourants, ou malades:
    Qu’est-ce que tout cela, qu’un avertissement?
    Allons, vieillard, et sans réplique.
    Il n’importe à la République
    Que tu fasses ton testament. »
    La Mort avait raison. Je voudrais qu’à cet âge
    On sortît de la vie ainsi que d’un banquet,
    Remerciant son hôte, et qu’on fît son paquet;
    Car de combien peut-on retarder le voyage?
    Tu murmures, vieillard! Vois ces jeunes mourir,
    Vois-les marcher, vois-les courir
    A des morts, il est vrai, glorieuses et belles,
    Mais sûres cependant, et quelquefois cruelles,
    J’ai beau te le crier; mon zèle est indiscret :
    Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret.

    Jean de La Fontaine, Fable I, Livre VIII.

    Enfin, on pourra aussi retrouver ce sentiment du « vivre à propos » dans la pensée de Montaigne. On peux en retrouver la trace sur ce site à l’adresse : https://jardinons.wordpress.com/2008/01/24/le-sentiment-de-la-mesure-hybrisme-et-panmetronisme/

  3. desprez

    Je souhaiterai connaître l’auteur du cadavre exquis svp

  4. rahane

    un sociologue américain a étudié un large échantillon de gens sur une durée de temps assez longue ( 7 ans au moins ) et a démontré que les gens ayant une croyance de type religieuse ainsi qu’une pratique rituelle avait une longévité supérieure de plusieurs années (environ 10 ans si ma mémoire est bonne) par rapport aux non croyants et non pratiquant. toute religions confondues.

    ce qu’on appelle mort est en fait le rassemblement sous une manifestation unique de choses assez différentes
    – notre propre mort
    – la mort des autres ( auquels nous sommes attachés)
    – la mort en tant que phénomène global de disparition par accident ou obsolescence incluse dans un cycle général de renouvellement naturel mais dont l’impact sur nous en tant que témoin, nous semble marquer le temps d’un arrêt imaginaire qui est en fait le temps qu’il nous faut pour en accepter le contenu subjectif.

    La peur de mourrir à titre personnel fait appel à deux niveaux de peur différenciés pour celui ou celle qui la cotoyée et en veille silencieuse comme réflexe programmé pour les autres
    -la peur de mourir du corps vivant programmé pour prolonger coute que coute sa fonction au delà de toute volonté de l’esprit.
    – la peur de l’engloutissement dans un néant par l’esprit pensant qui réfléchit son  » temps » la temporalité de son existence.

    la peur de mourir du corps est une sorte de réflexe physiologique. Le corps meurt après avoir tout tenté jusqu’au dernier souffle. Il est animé d’une volonté propre qui dépasse la douleur, une forme autoanimée, indépendante de la volonté.
    Cette vitalité animale est perçue de manière ambigue par l’esprit ou la personalité avec laquelle elle cohabite parce que cette dernière sait qu’elle ne peut que très difficilement et au prix d’un long entrainement la supplanter temporairement et que la stratégie générale pour vivre confortablement avec son animalité est de la respecter, l’apprécier et de tenter un compagnonage réussi. Le bénefice d’une bonne association est la réduction de la douleur éprouvée et le service mutuel.

    la douleur semble fonctionner pour une partie comme système d’alerte des fonctions vitales à différents niveaux ( selon les connaissances approfondies en acupunctures et autres thérapies du corps vécu comme un complexe énergétique il y a au moins 7 niveaux différenciables des fréquences du corps vivant)
    mais aussi comme moyen de vider les mémoires accumulées dans ces différents niveaux afin de libérer la « matière » pour un renouvellement potentiel ou un renouvellement global ( la mort effective)
    limiter la souffrance physique des mourrants ne se fait bien souvent que sur le plan de la douleur manifeste alors qu’il y a bien d’autres niveaux que dans certaines civilisations on assiste ( aide) par des prières.

    la mort de l’esprit pensant est une sorte de panique imaginaire fondée sur la capacité de se projetter dans le temps que le mental n’arrive plus à contrôler.
    la plupart des techniques de maitrise du mental (méditation, états chamaniques, prières, transes) ramènent au temps présent parce que c’est un temps réel dont la sensation intégrée permet une dilatation sensorielle et donc une sensation d’infinitude par l’arrêt du mouvement incessant vers l’avant ou vers l’arrière dans des temps mémorisés ou imaginés par projection.

    la mort des autres rajoute à la mise en action de réflexes de protections instinctifs la problèmatique des attachements, de l’affectif, de la dimension d’amour qui nous relie à notre univers, et le groupe humains avec lequel nous avons des relations.
    la rupture des liens entraine des processus dit de deuils qui passent par différentes étapes, le déni, la colère, la tristesse, l’angoisse existentielle, le besoin d’une explication, d’une rationalisation. Etapes émotionnelles qui s’ordonnancent dans des ordres variés selon les circonstances et les personnes.

    la mort lorsqu’elle survient autour de nous et nous interroge sur le sens , l’ordonnancement de nos valeurs et nos repères. et interrompt le flot de notre existence en capturant notre attention par la fascination, une sorte d’immobilisme contemplatif, qui est une sorte de recherche d’information de ressenti pour approvoiser l’incertitude du vide annoncé , de l’après-vivant.
    le temoin est dans la situation de vivre un temps sur pause ( qui ne peut pas durer).

  5. rahane

    finalement la mort est tout sauf du vide dans notre conscience ou notre vécu.
    plutôt une densité, une intensification d’un passage du temps.

  6. rahane

    l’énergie du rein est considérée dans la médecine chinoise comme celle qui préside à la longue vie, celle qui anime , qui lance ou relance en permanence le mouvement interne de notre vitalité. Cette énergie est associée à la créativité et l’émotion de la peur.
    la peur vécue, provoque dans le corps des changements quasi instantané lié à une modification soudaine de l’équilibre hormonal induit par une violente sécrétion d’adrénaline visant à augmenter la carburation cardiaque la fréquence des battements du coeur et la dilatation des artères pour augmenter par afflux sanguin la vigilance neuronale des sens en sur-éveil.
    cette fonction a pour but d’augmenter les capacités physiologiques au dessus de leur train-train normal afin de faire face à un danger imminent par l’affrontement ( force musculaire et rapidité) ou la fuite ( en augmentant notre capacité d’endurance à la course). Ceci a pour conséquence une usure de la vitalité comme une avance sur crédit, qu’il faut rembourser en prennant le double de repos pour réparer les lésions internes provoquées par ce brusque changement de rythme et d’intensité.
    Repos que ne prennent généralement pas à suffisance les personnes soumises à une soudaine frayeur.
    Les gens qui vivent dans la peur permanente ( le « souci » sous sa forme chronique) vivent moins longtemps.
    l’augmentation de l’espérance de vie n’est donc pas dans nos sociétés liée au seul développement des progrés de la médecine mais aussi largement au fait de vivre dans un contexte de paix. ( dans les sociétés africaines où la médecine n’est pas aussi accessible, l’espérance de vie augmente d’une manière qui n’est pas proportionnelle aux progrès de l’hygiène mais à celui de l’instruction qui démystifie la peur)( le progrès technique cherchant par ses serviteurs à s’en accaparer la gloire pour des question de pouvoir, de domination et de profits)
    privilégier la paix, ne pas mener de combats inutiles et hors de portée, apporte un bénéfice caché aux yeux du présent, la durée sur le long terme.
    l’homme qui vivra mille ans sera nécessairement un grand paisible comme en témoigne quasi tous les plus que centenaires qui affirment ne se soucier que de peu de chose et regarder d’assez haut ( hors d’atteinte, mais avec l’humilité de celui qui connait ses limites) les vicissitudes de l’existence. Ils manifeste pour la plupart un excellent équilibre émotionnel leur permettant de maintenir par le détachement et le don de soi à leur mesure, une tempérance qui n’est pas de l’indifférence, mais que nous pouvons ressentir comme une forme d’incarnation matérielle de la sagesse.

    l’esprit survit à son créateur dans l’ impression de sa main, de sa vie, de ses intentions. Les traces de son parcours se lisent au delà de leur étape première de différenciation, d’émergence, de mise en permanence temporaire hors du rythme naturelle de l’obsolescence.

    La mort n’emporte que le point d’initiation que le moteur initial, pas le mouvement qui en a jaillit.
    l’impulsion créatrice marque de son identité les démultiplications possibles du temps, qui sont portées au loin par la mise en partage.
    le partage est l’action par laquelle nous offrons le meilleur support à l’ esprit pour traverser le temps, pour créer le temps.
    le partage dilate le temps, introduit dans le tissu de la continuité des remous qui s’ajoutent au mouvement et finissent par devenir créateur d’une autre réalité.
    donner sans retenir augmente la vie durant et la vie après
    d’autres chercheurs ont démontré que la participation à des associations, l’adhésion à des causes par le service désinteressé se traduisent aussi par une augmentation de l’espérance de vie,
    et souvent par une forme de postérité.

    combien de chercheurs, sous couvert de la science, faudra t-il pour apporter à nos consciences inquiètes l’assurance que les lois de l’esprit et du coeur ont des fonctionnalités d’une puissance qui démultiplient, les avantages bien réels mais limités d’une technicité maitrisée.

    on s’étonne de ce que, dans la paix, les pauvres ont toujours quelque chose à partager…
    même avec leurs morts.

    j’ai été impressionnée au pied d’une montagne chinoise gravée d’escaliers, de terrasses, sculptée à la main du pied jusqu’au sommet par des générations d’hommes qui dans chaque petits recoins ont laissé des pierres ou des bancs, des petits temples, pour que les générations suivantes puissent reprendre leur souffle afin de faciliter l’ascension des passants et ainsi par leur solicitude permettre une appréciation qui force le respect et assure la pérénité intergénérationnelle de ce labeur plurimillénaires.

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