La faim du pétrole

Regardons sans pudibonderies sous les jupes de notre civilisation. Nous sommes accrocs au pétrole et celui-ci va se faire très cher et rare dans peu de temps. Les dealers vont devenir très riches et les accrocs vont avoir une descente brutale. Il est encore temps de faire une cure de désintoxication. Troquer un baril de pétrole contre un de bien-être?

Fini ton pétrobol

Pour les esprits curieux, le début de cet article ne sera pas d’une grande révélation. L’opulence liée au pétrole est derrière nous. Le monde scientifique le sait déjà depuis longtemps. Déjà dans les années 40, un géophysicien nommé Marion Hubbert King prévoyait le pic de production pétrolier des États-unis pour les années 70. A l’époque, on lui avait beaucoup ris au nez, et puis les années 70 arrivant, les initiés ont ris jaune lorsqu’il ont vu le flux de l’or noir décliner dans les pipelines du Texas. On nomme depuis ce jour la représentation mathématique du passage d’une croissance de la production pétrolière à sa phase de déclin : le pic du Hubbert. L’importance scientifique de cette évidence entropique a même fait naitre le courant du peakism – ceux qui acceptent l’idée d’une décroissance de la production pétrolière suivant le pic de Hubbert.

hubbert-peak.jpg
Pic de Hubbert prévu pour les États-unis

Pour les plus dubitatifs, vous trouverez sur ce lien le documentaire end of suburbia qui démontre la déclin du pétrole et ses conséquence sur le mode de vie occidental pétrole dépendant. En France, Éric Laurent a réaliser une très belle enquête sur les ressources pétrolières La face cachée du pétrole dont on peut avoir les principales conclusions lors de cette présentation.

Éric Laurent – La face cachée du pétrole

Cette rapide démonstration n’est pas une grande découverte pour les personnes sensibles à la bioéconomie, branche de l’économie qui tente l’analogie entre la thermodynamique et l’économie. Son fondateur, le professeur Nicholas Georgescu-Roegen, stipule à juste titre qu’il ne peut y avoir de croissance infinie dans un monde fini. Donc, si vous ne voulez pas vous retrouvez comme ceux qui ont ris de Hubbert dans les années 40, prenez cette prévision au sérieux, le XXIe siècle verra la fin du pétrole.

Pétrole un jour, pétrole toujours

Comme toute drogue, la dépendance envers le pétrole peut se décrire comme une maladie psychologique. Son importance « s’estime par les efforts déployés pour se procurer le produit et par l’énergie dépensée pour parvenir à l’abstinence ». Si l’on regarde aujourd’hui les investissements énormes réalisés par les compagnies pétrolières et l’énergie incroyable déployées par les différentes nations du monde pour s’en assurer le contrôle, on peut alors prendre conscience de la démesure (L’hybris) de l’addiction. Le drogué captif, une fois en manque, est prêt à toutes les extrémités pour se fournir : mentir à sa famille, voler à ses amis, faire usage de la violence, tuer, etc. A l’approche du pic de Hubbert, le drogué des drogués, les États-unis, s’est lancé dans une attaque violente contre le dernier dealer solvable, l’Irak. Pour eux, pas de limites aux mensonges pour mettre la main sur le butin.

cheapoil.jpg

Notre vie n’est plus pensable sans pétrole et l’on chercherait en vain à trouver aujourd’hui une véritable solution qui prendrait la forme d’une nouvelle énergie de substitution. Jusqu’à preuve du contraire, la méthadone de l’énergie n’a toujours pas été trouvée. Hydrogène, algue, nucléaire, éolien, biocarburant…toutes peuvent pallier certains des besoins mais elles ne pourront jamais remplacer certaines utilisations du pétrole ni son rendement exceptionnel.

Semer le pétrole

Après l’avoir jeter par les fenêtre pendant un demi siècle dans la prouction inconsidérée d’une quantité de babioles absurdes ou à durée de vie très faible, nous réalisons petit à petit sa rareté et son incroyable valeur. Certains pays pétroliers en donne la mesure. Lorsqu’ils en ont compris le pouvoir incroyable dans le domaine de la production goulue des pays consomateurs, certains gouvernants décidèrent de « semer le pétrole », pour reprendre la formule du poète Venezuelien Arturo Uslar Pietri.

sembrar-el-petroleo-arturo-uslar-pietri.jpg
Arturo Uslar Pietri

Assurer le futur en investissant le pétrole pour construire des moyens durables d’existences était une riche idée qui malheureusement dépend d’une ressource qui tombe d’en haut mais atterrit peu en bas chez les petites gens. Semer le pétrole n’a pas donné de fruits, preuve en est le Venezuela qui reste une des sociétés les plus inégalitaires au monde où 70% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Le maïs sans plomb 98

Faute de pouvoir semer le pétrole, on en est venu à semer des plantes pour obtenir du pétrole. Ô miracle, ça marche! Le brésil roule déjà sur ce mode de production qui se base sur l’obtention d’éthanol à partir d’amidon obtenu par le semis de plantes à forte teneur énergétique. Le monde coulait déjà des jours heureux lorsque des empêcheurs de tourner en rond en bagnole calculèrent qu’il faudrait la surface de neuf planètes comme la notre pour produire l’équivalent de notre consommation actuelle. Foin de ces jeux mathématiques, l’occident se lance dans l’aventure. Au bout du compte, beau résultat, la demande en Maïs ayant explosée, les Mexicains les plus pauvres ne peuvent plus manger à leur faim, les tortillas étant devenues trop chères. Quelle idée d’être pauvre aussi! C’est vrai que l’on aurait peut-être dû prévoir que mettre de la nourriture pour faire rouler les voitures allait poser quelque problème de concurrence entre ceux qui désirent rouler et ceux qui ont besoin de manger. Qu’on se rassure, la loi du marché devrait nous réguler tout ça tranquillement en laissant mourir des gens pour libérer de la nourriture. Ouf, me voilà rassuré.

Jean Ziegler – « Les biocarburants sont un crime contre l’humanité »

Là où Jean Ziegler se trompe, c’est sur son espoir des biocarburants de seconde génération, qui pourraient utiliser les résidus non comestibles de l’agriculture. Grossière erreur, car dans un monde à forte pénurie de pétrole, on n’utilisera presque plus de fertilisants chimiques. Sans ces dernier on peut s’attendre à ce que les agriculteurs du monde entier jalousent bien plus qu’autrefois ces « déchets agricoles » qui sont essentiels pour former du fumier sans lequel il n’est pas d’entretien de la fertilité efficace possible.

La descente

Après un shoot, le contre-coup est souvent violent et le retour à la réalité cruel et décevant. Le modèle occidental libéral, globalisé, productiviste et consumériste tel que nous le connaissons aujourd’hui va devant une crise dont il est fort probable qu’il ne s’en relèvera pas. Le pétrole fut une injection incroyable d’énergie qui aura duré un bref instant dans l’histoire des hommes. Verra-t-on plus tard ce passé qui est notre présent comme un âge d’or, ou au contraire comme un temps rétrograde et courtermiste heureusement révolu?

Quoi qu’il en soit, il faut pour finir se poser la question de notre liberté d’action individuelle. Nous n’avons certainement pas les moyens d’arrêter l’inertie de l’orgie de pétrole au dessus du moyen Orient enflammé. Certains parlent de l’après pétrole de manière posée et rationnelle, d’autres un peu paranoïaques, les survivalistes, se préparent au pire en voyant déjà un monde post-pétrolier apocalyptique. Quoi qu’il en soit, il est des gens pour qui la fin du pétrole ne présente pas un risque majeur, c’est ceux qui n’en consomment que très peu. A vous de voir si un tel projet de désintoxication vous parait désirable, ce site vous y encourage fortement. Il est en effet intéressant d’utiliser cette connaissance de notre futur pour apprendre à faire des choses par nous même et prendre conscience des limites de notre planète. Faute d’une énergie capable de fabriquer tout et n’importe quoi, il faudra apprendre à créer l’essentiel. A comprendre notre planète nous pourrons peut-être apprendre à vivre en intelligence avec elle. Je suis persuadé que nous pouvons nous enrichir d’un supplément d’âme et de connaissance et j’espère que ce site s’en fait l’écho. Peut-être serons nous finalement heureux que la fin du pétrole soit venue?

13 Commentaires

Classé dans Economie

13 réponses à “La faim du pétrole

  1. Très très bon article, cependant je ne partage pas l’optimisme sur la conclusion.

    « il est des gens pour qui la fin du pétrole ne présente pas un risque majeur, c’est ceux qui n’en consomment que très peu »

    Pour moi l’expression « semer la pétrole » renvoie à une autre image, celle de l’utilisation massive du pétrole dans l’agriculture extensive qui nous nourrit (mécanisation, transport, fertilisants, pesticides). Cela fait partie des utilisations du pétrole que l’on ne peut pas remplacer facilement (par du nucléaire par exemple). Dans un monde ou le pétrole devient cher, la capacité aux pays industriels de se nourrir devient très problématique, car ces pays sont basés sur une agriculture extensive, et sont loin d’être autonomes du point de vue alimentaire.

    C’est sur cette hypothèse que se basent les survivalistes, qui ne sont pas des allumés paranoïaques comme on pourrait le croire, ils sont au contraire incroyablement rationnels (en tout cas sur leur façon de survivre, et sur aussi les risques de chaos selon moi).

    Pour beaucoup, le survivalisme va passer par une autonomie alimentaire et énergétique, plus quelques désagréments comme les pillages.

    Sur le Vénézuela je suis perplexe également, Hugo Chavez réduisant grandement la pauvreté grâce aux pétro-dollars.

  2. karmai

    Bonjour Madeinearth,

    Cet « optimisme » est pour moi le résultat logique d’article précédents. Tu as tout à fait raison sur le fait que notre agriculture est intensive en pétrole. Une distinction permet de sortir de l’impasse de la dialectique technique intensive/extensive. En fait, notre agriculture est à la fois extensive et intensive. Elle est extensive car elle permet à une personne de travailler jusqu’à des centaines d’hectares, mais en contrepartie elle doit être intensive en pétrole. Donc un monde sans pétrole nous ramène à des systèmes extensif en pétrole mais intensif en travail. C’est pour cela que je suis optimiste car finalement la fin du pétrole risque d’appeler beaucoup de gens dans les champs pour pouvoir subvenir à l’alimentation de tout le monde. Comme beaucoup de gens ne le voudront pas, des techniques comme la permaculture, qui conservent tout de même des rendements très bons tout en étant tout à fait soutenable seront de plus en plus mises en avant. Sur ce point je te conseil de lire l’article « Mon ami l’humus »

    https://jardinons.wordpress.com/2008/03/16/mon-ami-lhumus/

  3. karmai

    Pour finir, je crois que les survivalistes ont un côté paranoïaque (d’ailleurs ils l’avouent souvent d’eux-mêmes). En effet, leur raisonnement est correct sur la fin du pétrole, mais là ou cela s’arrête d’être raisonnable c’est dans les conséquences de cette raréfaction du pétrole. Ils préparent déjà un monde post-apocalyptique où régnerait le « chacun pour soi » et le chaos, une sorte de retour à l’état de nature…J’en doute. Même les plus sombres heures de l’histoire comme la peste noire en Europe qui a massacré au XIVe un tiers de la population européenne n’a pas provoqué un chaos irréversible sur le long terme.
    Mais bien sur je n’empêche personne d’apprendre pour des raisons survivalistes des apprentissages autonomes, n’importe quel prétexte est bon probablement. 🙂

  4. Salut karmai,

    j’ai parcouru ton article et je pense que je vais jeter un oeil à tout le blog ça a l’air intéressant,

    j’ai découvert Bourguignon, la permaculture et le biointensif il doit y avoir deux semaines, je viens de recevoir des bouquins je vais approfondir,

    mais même avec ces techniques prometteuses certains pensent que ça ne suffira pas, car aujourd’hui on produit à perte car on utilise beaucoup plus d’énergie (pétrole) pour produire de l’énergie (nourriture) (rapport de 10 pour 1 selon Yves Cochet je crois), et que c’est ce qui a permis à l’humanité de grossir aussi vite. Certains pensent qu’on est trop nombreux pour un monde post-pétrole (noyers, amandiers etc., arbre de coupe pour l’énergie, etc.), que la qualité des semences ne permet plus de cultiver à l’ancienne (ou du moins il faut trouver les semences adaptées à cette forme d’agrculture et à la région) etc.

    Bon c’est basé sur un scénario plus pessimiste que le tien, mais je le trouve tout aussi réaliste car on ne peut pas vraiment prévoir ce qu’il va se passer, car ce n’est pas évênement qui s’est déjà produit, et que l’on est beaucoup plus dépendant du pétrole qu’on ne le crois (même ceux qui utilisrnt un vélo).

  5. karmai

    Encore une fois, je ne partage pas le pessimisme de Yves Cochet (un homme dont j’affectionne l’honnetété intelectuelle). Dans un monde « surpeuplé » il est donc possible d’utiliser moult bras disponibles pour faire ce que le pétrole nous rendait comme service. Au lieu de fertilisants chimiques nous récolterons toutes les matières organiques des villes pour les composter. Au lieu
    d’un déseherbant chimique nous courberons le dos pour les enlever mécaniquement…
    Beaucoup de gens pensent qu’un « retour à la terre » est une régression car ils ont une optique linéaire du développement (agricole, puis industriel, puis tertiaire) mais c’est une évolution logique pour nos sociétés qui devront (probablement contraintes et forcées) retourner travailler dans les champs. En effet, arriver à l’heure d’un monde avec moins de pétrole il faudra choisir, manger où rouler en voiture. Mon choix est déjà fait.
    Je pense que la permaculture nous permettra d’atteindre des niveaux suffisants pour nourrir largement la population. Si l’on cumule en plus le fait qu’il faut au minimum 7 calories végétales pour une animale, et le nombre d’hectares mis sous des cultures non vivrières (ie non nécessaire à l’alimentation de base) comme l’hévéa, le cacao, le café ou encore le coton. Rien que le fait de stabiliser notre consommation au Nord et de réduire notre régime de carnivore peuvent déjà faire des miracles. Enfin, rappelons le message de Jean Ziegler, à savoir que nous produisons aujourd’hui suffisement pour nourrir toute la planète.

  6. Martin

    Excellent site, excellents commentaires.

    Je suis plutôt du camp des pessimistes : j’habite en amérique du nord à la hauteur du 47e parallèle. Ici l’hiver va compromettre la survie d’un retour à la terre. Nous sommes aussi beaucoup trop nombreux pour revenir à l’agriculture locale. Disons que les coûts du pétrole nous font revenir à des technologies du début du siècle « dernier » (quand 90% des gens vivaient de la terre). Nous sommes au moins quatre fois plus nombreux qu’alors et en 1900, toutes les terres arables disponibles étaient déjà cultivées. Ici, la chasse et la pêche fournissaient un régime d’appoint qui n’est plus disponible aujourd’hui. Dans l’ex-URSS, en Europe de l’est et dans la plupart des régions où des crises économiques majeures ont frappé, la majorité des gens avaient de la famille à la campagne et les jardins potagers ne sont jamais passés de mode. Ici, 95% des gens habitent en ville depuis trois générations et les fermes familiales sont passées aux mains de méga-fermes extensives. Quand bien même les gens souhaiteraient augmenter leur autonomie alimentaire, ils n’ont plus accès aux moyens de transition.
    La peste noire n’a pas dépourvu les gens des connaissances et des infrastructures qui supportaient leur civilisation. Ils n’ont pas eu à «réapprendre» l’agriculture.

    La pire chose qui puisse arriver aux survivalistes, c’est un scénario mitoyen entre la diminution graduelle du pétrole (avec le temps de passer à une économie plus austère, fondée sur les énergies renouvelables) et la fin de la civilisation. Parce que pour cette dernière, ils sont prêts : ils ont une ou deux années de réserves alimentaires dans leur grenier, les outils pour pratiquer l’agriculture de subsistance et des armes pour se défendre. Ils comptent sur une famine qui décimerait la moitié de la population en un an ou deux et ramènerait le niveau de population à ce que l’agriculture locale, sans engrais, peut supporter. À ce moment ils seraient prêts à enseigner la permaculture aux survivants. Le pire scénario, c’est une crise assez brusque pour briser l’ordre social, mais assez douce pour permettre à des pillards de s’organiser à la façon des «seigneurs de guerre» de la corne de l’Afrique.

  7. karmai

    Merci pour ce commentaire Martin et le petit mot d’encouragement.

    Je partage qu’une faible partie de ton pessimisme. Le scénario de l’Olduvaï a de nombreux partisans, mais il est pour moi un scénario trop manichéen et un peu trop simplifié. Je m’explique pour ne pas m’attirer les foudres des survivalistes.

    La fin du pétrole aura des conséquences importantes, ça c’est une certitude, mais je ne crois pas que notre survie alimentaire soit en jeu en tant qu’habitant ultra-privilégié du Nord (Ce que je sais sur moi et ce que je suppose sur toi car tu as accès à Internet). Il faut bien comprendre que notre société détourne aujourd’hui une masse importante de richesses et de capitaux vers des activités annexes non directement productives en terme alimentaire (Parasitaires pour certaines). Je ne veux pas me lancer ici dans une grande diatribe sur certains secteurs d’activités. En cas de manque, toute cette richesse pourrait être détournée vers l’agriculture, qui aujourd’hui représente un secteur, certes stratégique, mais infime des économies du Nord .

    De plus, il faut voir tout le capital humain et matériel que le pétrole nous a apporté en terme d’éducation, de locaux, de savoir-vivre, d’infrastructures de communication, de connaissances techniques, etc. Tout ceci nous sera d’une grande aide et fait que nous ne pouvons pas comparer demain avec hier.

    De plus, il faut bien voir qu’aujourd’hui on fait bien plus que nourrir avec l’agriculture. Je n’ai pas le temps de faire une compilation des chiffres ici, mais pense au nombre d’hectare de terres fertiles déléguées au cacao, au café, au caoutchouc, au palmiers à huile, aux drogues, au coton, aux pâturages, et qui pourraient être mis en culture vivrières. Ce sont des types de conversion qui sont tout à fait possible, et que les prix du marché peut même réaliser en partie.

    La question n’est donc pas comment ne pas mourir de faim lors de la raréfaction du pétrole, mais comment faire pour que les mentalités du nord habituées à un mode de vie ne préfère pas utiliser les pays du Sud comme fusible pour garder leur voiture, leur tablettes de chocolat et des nouvelles fringues chaque année pour être à la mode. Le risque Olduvaï et la catastrophe sont déjà enclenchés depuis bien longtemps, c’est une rumeur longue et muette, des 800 millions de personnes qui n’ont pas de quoi vivre dignement sur Terre aujourd’hui. Ne t’inquiètes donc pas, personne n’est mort de faim sur une montagne de foie gras. Par contre, le soja du brésil qui a nourri l’Oie est souvent responsable de la misère à l’autre bout du monde.

    Pour moi l’objectif n’est pas de se préparer au pire, mais de savoir comment faire changer le mode de vie de mes riches concitoyens pour qu’ils ne soient pas tentés de faire mourir les pauvres afin de conserver leur privilège. C’est à ce titre, en tant qu’agronome, que j’essaye d’explorer la permaculture et l’agriculture naturelle et que je suis un ardent défenseur de la décroissance, qui sont pour moi seul à même, dans mon domaine de compétence, de pouvoir élaborer un système soutenable pour la planète entière, de la France au Québec, en passant par le Brésil et le Burundi.

    Quoi que tu en penses (et je suis curieux de savoir), je te remercie pour ce commentaire, qui , comme les précédents, rendent honneur à ce blog en l’enrichissant.

  8. Martin

    Je viens d’écouter Éric Laurent sur cette même page. Incroyable: alors que la plupart des auteurs qui écrivent sur le déclin du pétrole (peak oil) envisagent un déclin graduel sur 30 à 100 ans, avant d’arriver (par la force des choses) à une société «post-pétrole», Éric Laurent parle d’un horizon sur la prochaine décennie, et encore! Cela veut dire des prédictions que l’on pourra vérifier d’ici 5 ans : risqué! La plupart des auteurs s’entendent aussi pour évaluer à une trentaine d’années la période nécessaire de transition aux énergies renouvelables, (construction de parcs éoliens, solaires et centrales nucléaires) qui équivaudra alors à peine à 30% de l’énergie actuellement consommée annuellement. Et Laurent de dire qu’on en a que pour 10 ans à peine… Moi qui me pensait pessimiste…

    Je crois que tu as raison de dire qu’il est théoriquement possible de se convertir à un mode de vie qui répondrait à nos besoins essentiels (et sauver tout le monde sans exploiter les plus faibles). Il me tarde cependant de voir des initiatives sortir des groupuscules écolos et se voir reconnaître officiellement par des gouvernements, fussent-ils municipaux. Ici dans l’ouest, à Vancouver, des comités de citoyens ont pondu un plan de conversion de l’urbanisme pour favoriser l’autonomie énergétique et alimentaire. On voit la même chose en Angleterre. Typiquement anglo-saxon; nos cultures latines sont plus enclines à l’individualisme. Au Québec, on a vu le tout premier pas cette semaine, dans l’annonce d’un appui à la recherche sur les véhicules électriques. Mais c’est plus pour répondre aux coûts de l’essence (maintien de notre style de vie) que pour se convertir à un monde post-pétrole. Dans ma ville, la dernière ferme urbaine a cessé ses activités l’an dernier, et les champs seront transformés en quartiers résidentiels. J’ai bien peur qu’on va regretter amèrement ces champs dans une dizaine d’années.

    Je me demande si je saurais intéresser un groupe déjà existant (groupe écolo, voire les franc-maçons) à intervenir dans l’urbanisme de ma ville de façon à développer une expertise de transition, si réellement on envisage une crise majeure dans 10 ans. J’avoue sans gène qu’il s’agit de sauver ma peau, en me mettant dans une situation d’influence et au coeur des initiatives de transition, plutôt que de les subir passivement ou à contre-coeur comme mes concitoyens moins informés. S’il y a une crise, la meilleure position pour quelqu’un sans argent ni possessions c’est d’être au sein de la cellule de gestion de crise!

    Si par contre la crise est dans 20 ans, ou s’il n’y a pas de crise du tout, j’ai tout intérêt à me concentrer plutôt sur la poursuite de ma carrière afin d’accumuler un minimum de sécurité financière. En effet, à tout le moins, on s’attend à une récession mondiale et à la disparition des bienfaits de l’état-providence. Seuls les propriétaires seront alors en position de tirer leur épingle du jeu. Comme je ne suis pas propriétaire et ne crois pas pouvoir le devenir, je n’ai que ces deux options afin d’éviter d’être du nombre des miséreux engendrés par les bouleversements à venir (je pense à la Grande Dépression des années 1930).

    Quant au monde non-industrialisé, il est en meilleure position pour se convertir au post-pétrole que nous, ultra-privilégiés du Nord. Une dépression mondiale pourrait les aider à se débarasser du poids de leurs dettes (en déstabilisant la valeur des devises). Leur défi sera de nationaliser les terres, revenir à l’agriculture de subsistance (vs biodiesel) et contrôler la croissance de la population. Ils ont maintenant leurs propres experts, ce qui n’était pas le cas il y a dix ans, et la capacité de s’approprier les technologies dont ils ont besoin.

  9. karmai

    L’idée de commencer une expertise sur la transition des villes au monde de l’après pétrole me plait beaucoup. C’est une voie qui me plait, ce ne sera fondamentalement pas perdu de réfléchir à une ville plus autonome énergétiquement et moins consommatrice.

    Je me toujours demandé pourquoi on plantais dans les villes des arbres qui ne donnait pas de fruits…

  10. Il y a longtemps, j’habitais à Chambéry. Un ami à moi, horticulteur, travaillait alors pour la municipalité. Il avait proposé de planter des arbres fruitiers le long des avenues. Réponse : ça créerait des bagarres, ou bien les fruits saliraient le trottoir en tombant, le rendrait glissant en pourrissant… Bref, que des soucis. Parfois, je pense plutôt que la plupart des gens sont devenus des sortes d’assistés (je n’y échappe pas), incapables de gérer quelque chose d’aussi simple que la récolte d’une rangée d’arbres fruitiers. D’autre fois, je me dis qu’en fait tout le monde s’en fout, que c’est tellement plus simple d’acheter ses fruits – tant que c’est encore possible !
    Mais je sais aussi qu’à Evora, petite ville du sud du Portugal, des orangers (variétés commestibles et non décoratives) sont plantées le long des rues, et à chaque maison ou immeuble revient la récolte d’un ou plusieurs arbres. Comme quoi…

    • Flore

      En Hongrie aussi, dans les petites villes, (mais on peut voir ça également dans les grandes, j’en ai vu à Budapest), les rues sont bordées d’arbres fruitiers (cerisiers, pruniers…). Ca ne « salit » pas, car les bords des rues ne sont pas macadamés mais couverts d’herbe. Les habitants entretiennent ce qui est devant leur maison.

  11. Flore

    Encore une remarque. Certaines rues en France sont plantées d’arbres producteurs de fruits : les noisetiers de Bysance produisent des noisettes tout à fait bonnes à manger, mais peu de personnes le savent.

  12. Pingback: Le talentueux Mr Roddier : le catastrophisme éclairé | Jardinons la planète

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s