Travailler moins pour vivre mieux (3)

Pierre Desproges – Théatre Grévin 1986

L’humilité dans le comportement revendicatif des pauvres a probablement empêché d’exiger ce que tout le monde aspire confusément, être riche comme Crésus! Or, par une curiosité syndicale inexplicable, ce type d’objectif n’est jamais exprimé clairement. Derrière ce rêve d’opulence se cache une réalité plus simple, faire comme les riches, ne pas travailler. Voilà un vrai objectif social, cohérent et constructif, fédérateur et enthousiasmant. Seulement pour cela, il faut que notre droit à vivre dans la dignité ne soit pas directement lié à l’obtention d’un revenu. Décroissance et revenu universel en seront les deux mamelles nourricières. Ceux qui rêvent encore de liberté feraient bien de lire cet article jusqu’au bout.

L’argent c’est du temps

Il est tout à fait étrange que l’on dise « le temps c’est de l’argent » au lieu de l’inverse. Quand j’examine avec attention ma propre vie, je me rend compte que ce qui a le plus de valeur c’est le temps, d’autant plus que l’argent, pour en faire quelque chose demande du temps. Il etait temps de s’en rendre compte.

Avez-vous le temps? – Héléna Nahmias pour l’emission Là-bas si j’y suis (extraits)

La voiture , le symbole de liberté de notre civilisation thermo-industrielle est à l’image de notre société qui n’arrive plus à transformer des gains de productivité en bien-être. Sachant qu’un animal à quatre roues coute 5000 euros par an, pour un maître moyen, se séparer de ce gentil compagnon lui permettrait de ne pas travailler pendant trois mois entier! Pour les petits patapons qui me répondrait que tout de même une voiture ca va quand meme beaucoup plus vite, je les renvoie aux calculs d’Ivan Illich dans les années 70 montrant qu’en ville une voiture ne se déplace pas plus vite qu’un vélo!

L’an 01 – Repenser notre rapport aux choses

Pour ceux qui ne sont pas pauvres (société de frustration), la société de surconsommation permet de sauver une quantité de temps incroyable. Pour cela, pas de tête à couper, mais simplement changer la sienne de l’intérieur. Chaque moindre consommation est du temps de travail libéré. Posez vous dès lors cette simple question avant un achat : Est-ce que j’en ai vraiment besoin, est-ce que je ne préférerais pas moins travailler à la place?

L’effet Rebond et petits patapons

L’effet rebond est la menace de l’apprenti décroissant. Tapie sournoisement derrière chaque faux-besoins évité, l’économie monétaire ouvre des perspectives d’achats nouvelles. Si moins faire cracher le portefeuille n’est qu’un moyen d’accéder à une autre consommation, cela ne résout absolument pas le problème. Par exemple, rendre les voitures moins polluantes ne change rien à l’affaire de la déstabilisation climatique puisqu’il y a toujours plus de voitures! Donc, pour tous les petits patapons qui voudrait moins travailler, il faut s’assurer qu’une moindre consommation soit changé en temps libéré et non transformé dans un autre désir d’achat à satisfaire. Pas facile toutefois, donc prudence! Pour les chanceux qui peuvent se le permettre, une réduction progressive du temps de travail est l’idéal.

Du temps pour quoi faire?

Une légende urbaine facile à lancer: les gagnants du Loto ne sont pas plus heureux qu’avant. Comme le disait Oscar Wilde « il y a deux drames dans la vie, celui de ne pas obtenir ce que l’on désire et celui de l’obtenir ». Etre délivré de la contrainte du travail ne résout pas le problème du sens que l’on donne à ce temps disponible. Il y a donc un réapprentissage à faire pour nous investir de nouveau les sphères non marchandes qui sont, bizarrement, celle qui nous rendent le plus souvent heureux, l’engagement dans la vie locale, la famille, la politique au sens noble du terme, les arts, le jardinage, les sports…Je suis sur que vous avez des tonnes d’idées sur ce que vous pourriez faire de votre temps libre.

Travail ou crève salaud de pauvre!

« Les gens sont ainsi fait qu’ils préfèrent être pauvres plutôt que mourir faute d’être riche ». Ils deviennent ainsi des boulets pour la société. Sans travail, ces parasites ponctionnent aux mamelles des honnêtes travailleurs le précieux suc vital, rendant ainsi possible leur inactivité crasse. Bien heureusement, les gens se réveillent et n’acceptent plus cette situation et radient les gens des listes des bénéficiaires de ce gaspillage éhonté.

Toutefois, ces derniers temps, j’ose considérer cette drôlerie que de belles âmes philosophiques (donc non productives mais je leur pardonne) ont rêvées dans leurs divagations stériles d’intellectuels oisifs : la dignité. Figurés vous que ces olibrius ont imaginé une sorte de droit a l’existence qui regroupe un socle large de services que la société devrait offrir a chaque individu du simple fait d’être un homo sapiens sapiens. Quelque chose serait dû à l’être humain du seul fait qu’il est humain selon Paul Ricoeur…ne pas être considéré comme une sangsue inutile et improductive pourrait-il en faire parti?

Soyez réalistes, exigez l’impossible

Pour que les chômeurs existent enfin, car en fin de compte ils ne peuvent pas inventer du travail, et pour que les boulots de merde soient enfin payé à la hauteur de leur pénibilité, il faut donc que chacun reçoive un revenu permettant l’existence sociale dans la dignité que l’on travaille ou que l’on ne travaille pas. Rien à inventer, car l’allocation universelle a déjà été très bien théorisé et est tout à fait applicable. Dans la vidéo suivant, Loïc Wacquant comment elle est la solution à un marché du travail qui n’est plus (encore moins) au service des travailleurs.

Loïc Wacquant – Travail, précarité et allocation universelle

Cette déconnection du travail et du revenu permet de dissocier les différentes formes de travail. Hannah Arendt, dans son livre Condition de l’homme moderne, nous montre les différentes formes d’activités qui se confondent parfois dans le travail. Il faut en effet dissocier le travail qui assure notre survie biologique, l’oeuvre qui est la création d’éléments non naturels qui dépassent la condition individuelle et enfin l’action qui met en relation les hommes, sans l’intermédiaire des objets ni de la matière.

Pour parler plus clairement, ce revenu assurerait ce que le travail devrait nous fournir à chacun, laissant la place à l’œuvre et l’action. Cela aurait comme conséquence par exemple, qu’un chômeur serait tout à fait actif car il aurait sa condition de survie assurée et se consacrerait à d’autres activités de vie.

Une société de décroissance, qu’elle soit provoquée par le déclin du pétrole ou décidée collectivement afin de s’orienter vers un mode de vie soutenable pour la planète, ne vise pas d’autres choses que de substituer du temps de travail contre du temps d’action, peu gourmand en consommation matériel et donc peu consommateur de ressources. S’occuper de ses enfants plutôt que d’acheter des DVDs, s’occuper de ses voisin plutôt que d’aller passer des vacances au Maroc, s’occuper de la vie de son quartier plutôt que de faire du lèche-vitrine. D’une catastrophe énergétique annoncée, nous pourrions en faire un outil pour créer du lien social et de la construction d’une société plus juste, plus heureuse et conviviale.

Et les Jardins dans tout ca?

La question est légitime pour les acharnés qui seraient arrivés au bout de ces trois articles. J’ai essayé de montrer que le progrès de l’humanité doit passer par un changement de représentation mental sur le travail. Le travail doit devenir quelque chose à minimiser jusqu’à l’essentiel. Bien sur, le grand nombre de demandeurs d’emploi et notre absence d’allocation universelle, nous empêche de viser un tel but car il serait cruel de promouvoir moins de travail et donc plus de gens au chômage lorsque l’on connait la détresse sociale qui en découle.

Il existe à ce titre, une façon de faire de l’agriculture qui prend en compte ce type nouveau de considération. La méthode de Masanobu Fukuoka, que j’ai déjà présentée, en est un bon exemple. La nature dispose d’un mouvement puissant et de cycles qui lui sont propres. L’agriculture occidentale fait largement l’impasse sur une telle approche de l’environnement et de cette incompréhension, en récolte péniblement les fruits . En guerre contre la nature qu’il doit dominer et rationaliser, l’agriculteur et la société occidentale dépensent une énergie folle à lutter contre des cycles presque immuables ou à remplacer des services rendus gratuitement par la nature. C’est ainsi que l’on pulvérise des pesticides en grande quantité sur des cultures mono-spécifiques (ie une seule espèce) qui sont donc très exposées aux risques sanitaires, ou encore que l’on préfère asperger des fertilisants là où avant, la formation de l’humus rendait le mêmes service. Une approche minimisant l’apport énergétique, qu’il soit en travail ou en énergie fossile, est l’avenir d’une société de l’après-pétrole ou de décroissance. Par conséquent, l’agriculture doit suivre le même chemin, et accepter les inclinaisons de la nature comme une limite et une force puissante à accompagner comme un allié libérateur de l’homme.

3 Commentaires

Classé dans Economie, Philosophie

3 réponses à “Travailler moins pour vivre mieux (3)

  1. sianaoua

    Cher Karmaï,

    Je dirai même que renforcer les liens sociaux sert à construire un modèle social et politique de décroissance mais également que cela le rend vivable. Tout le monde n’est pas prêt à se retrouver avec des immensité de temps libre ! Et cela ne pourra être soutenable que si les liens sociaux sont renforcés, d’autres activités valorisées au même titre qu’un travail. Dans la société nord américaine, le travail est d’une manière générale une raison d’exister. Même les temps libres riment avec effort, activités et consommation (jogging, shopping …). Après des années de formatage dans une société où tout est chronométré et dois passer sous les fourches caudines de l’utilité, difficile de savoir apprécier de ne rien faire ou de ne rien produire.
    Ainsi, la retraite est vue comme effrayante, surtout si temps libre rime avec solitude.

    A propos d’harmoniser les productions avec la rythmes de la nature, le compost est un bon exemple. Le plan symbolique est fort aussi : faire face à ce qui nous attend tous : la décomposition. Rien ne se créer, tout se transforme. Huber Reeves disait : nous sommes des poussières d’étoiles.

    Sinon, les ocas, ollucos et maìs amarillo y maìs negro se portent bien dans les collines auvergnates. Tu pourras en avoir dès que tu t’installeras.

  2. doudin

    un métier d’avenir :
    directeur d’usines à déconditionnement

  3. José

    Tu bosses toute ta vie pour payer ta pierre tombale (Trust, Antisocial)

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