L’arbre qui cache la foret

Cachez cette civilisation que je ne saurais voir

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El castillo dans l’ancienne citée Maya de Chichen Itza  – Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc – 1863

La civilisation nait de la mort de la foret. Seul son abattage sans autre forme de procès permet la naissance d’un espace que l’on peut cultiver, dans les deux sens du terme: faire croitre des cultures et fleurir les arts. Nous naissons de la sève répandue et des cathédrales d’aubier et d’écorce brulées et pillées. Nous nous nourrissons de ses cadavres et étendons nos potentialités de destructions en modelant des outils de sa carcasse dépecée. La foret est notre mère, une reine que nous avons déchue de sa parure, mise à nue et soumis à un esclavage sans merci. De son sang elle doit irriguer sans relâche quelques uns de ses fils que nous avons détourner de son influence et éduqués à notre profit.

Mais la résistance est farouche. La foret semble lancer sans faiblir toutes ses forces pour reconquérir les espaces réclamés à la nature, comme autant de villes assiégées, et que les petits hommes tentent avec arrogance de réclamer à l’univers comme les siens. Tout ceci, comme pour arracher un morceau de destinée, et croquer un peu de sens dans cet océan vert où les prétentions des petits hommes sont si souvent englouties et rappelées au néant. Indifférente, patiente, constante et troublement sauvage, qu’elle soit jungle, savane ou foret, elle semble sûre de sa victoire, se glissant dans les espaces laissées par inattention à sa portée. Laissez lui quelques millénaires, une seconde à ses yeux, et elle rendra illisible le nom de nos grands conquérants, qui peuvent encore aujourd’hui prétendre à l’illusion de l’éternité de papier et de roche.

Acharnés, dans les zoos pour végétaux où nous nous plaisons à contempler notre conquête éphémère sur les être chlorophylliens, nous tatouons le nom de nos fragiles amours sur la peau lignifiés de nos prisonniers. Depuis des siècles, des sacrifiés sur l’autel de la civilisation, nous tannons leur peau de cellulose pour y écrire les grands actes de ceux d’entre nous qui se sont distingués, ou pour tenter de coucher sur le papier ce que nous faisons sur cette Terre. Des veines arrachées à certaines plantes, nous tissons des imitations de fourrures. Nous en parons nos soldats qui peuvent combattre dans les frimas du front du Nord et repousser jusqu’aux confins du monde les prétentions de la barbarie d’épines et de crocs.

Reniant sa mère, l’homme se croit orphelin d’un père des étoiles dont il implore le retour dans des temples bigarrés et qu’il invoque sans cesse dans des cérémonies délirantes. Des chants, des danses et des auto-mutilations, les petits hommes sont prêt à toutes les extrémités pour qu’il revienne et nous love dans ses bras pour nous murmurer dans l’oreille ce que nous désirons ardemment, l’assurance que nous ne partageons pas la même destinée que cette masse informe qui grouille sans but sur la petite bille bleue qu’on appelle la Terre.

Indépassables mythologies?

Nous vivons dans la mythologie d’un monde où nous serions l’aboutissement de plus de trois milliards d’années d’évolution. Dès lors, rois et reines de toute vie et de toute chose, notre destinée est de dominer les terres, les mers, le ciel, l’espace, notre système solaire, notre galaxie, l’univers.

secret-de-l-espadon-page-1Il est certain que ce moment diffus, commencé il y a 8000 ans dans la Mésopotamie, où nous avons petit à petit aménagé le monde selon notre volonté fut une étape décisive. Mais nous gardons dans notre mémoire, ces millions d’années où nous vivions dans la nature et non contre la nature. Les mythes fondateurs font toujours référence à un état primitif dont nous nous extirpons. Chez nous, le mythe du Jardin d’Eden est le plus fondamental. Il est clair que nous avons été chassé de cette foret initiale car nous avons voulu avoir plus.  La pomme est alors le symbole de notre connaissance et du fruit dès lors instrumentalisable à notre avantage, désormais insatisfait de ce que la nature nous procurait auparavant.

chasser-du-jardin-dedenL’Homme chassé du Jardin d’Eden

L’étroite voie de passage

Le jardin d’Eden, comme l’anthropocentrisme, sont des mythes. Le déclin du premier marque le règne du second. De mon exploration sur ces pages, il est deux choses certaines. Il est possible de créer le paradis sur terre. La deuxième est que l’accomplissement de l’Empire de l’homme omnipotent nous mène à l’autodestruction, il nous ait arrivé de ne pas en être très loin.

Toutefois, recréer ce paradis sur terre, ne peut se faire que dans la voie des anarcho-primitivistes. Elle est malheureusement de nos jours une voie impossible à court terme, sous peine d’une véritable hécatombe. Il faut donc entre aujourd’hui et cet état final désirable d’un retour à une vie simple et agréable, commencer à progressivement se diriger vers cette étape. La décroissance, ou la simplicité volontaire est bien sur une étape vers l’essentiel particulièrement en terme matériel. En terme d’agriculture, qui disparaitra à terme, il faut donc nous rapprocher de cet état où la nature, avec un minimum d’action de notre part nous fournis ce dont nous avons besoin.  Les pratiques de l’agroforesterie de type foret jardinée, que l’on rencontre en Indonésie, mais aussi en Europe et ailleurs en donne de très beau exemples. En voici quelques uns, croisés sur mon chemin.

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Premières année d’un jardin forestier sur la côte péruvienne  – Oasis de Chira – Pois d’Angole (Cajanus Cajan), Achote (Bixa orellana), Cocotiers, Bananiers, Cotonniers, et Maïs violet

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Foret jardinée en Côte d’Ivoire – Bananiers, Taros, Anacardiers et Ignames

Les prochains articles s’attacheront à expliquer dans le détail toute la portée agro-philosophique de telles pratiques. Ceci avec itinéraires tecniques agronomiques et concepts philosophiques. Avant de retourner à la nature, retournons à la foret. Il faut cultiver notre jardin.

2 Commentaires

Classé dans Agriculture, Philosophie

2 réponses à “L’arbre qui cache la foret

  1. Pézeril

    il est possible de cultiver 14 étages de végétations en zone tropicale et 7 en zone tempérée…un lieux de Permaculture « terminé » dans l’hémisphère tempéré prend minimum 3 générations de travailleurs humains pour être atteint d’apres Bill Mollison (créateur du mot Permaculture).
    Difficile d’imaginer ce que représente une tel forêt par chez nous,car nous n’avons plus d’exemple de forêt primaire digne de se nom.
    j’ai vus dans un géo quelques ares de forêt primaire conservé par des scientifique dans la forêt de fontainebleau,ces images resterons gravés dans ma mémoire tellement le choque fut grand…imaginez,sous une riche et haute canopée d’immenses troncs pourrissant sur lesquels pousse des mosaîques de champignons géant multicolores,des plaques de mousse de 1 mètre d’épaisseur,des crevettes dans mes flaques d’eau sur les rochers d’immenses fougères poussant dans l’ombre…rien n’est plus riche et stable que l’aboutissement de l’expression de la vie sur le long terme.
    Si l’humain pouvait élever sa conscience vers le bon sens de l’éthique,nous pourrions mettre en place des initiatives agricoles allant dans le sens de la vie…non plus de la dégradation mais de l’aggradation,des énergie implosive et non explosives,etc…tant de solutions existes et pourtant sont occultés pour maintenir un monde d’abondance du court terme basé sur un rapport de force envers les hommes,bêtes,et végétaux.
    Notre réveil est proche grâce à cette crise qui s’en vient,trop de gens agissent sans prendre conscience de leurs actes,les institutions les forment pour conditionner leurs modes de vies.
    Nous vivons en ce moment une periode clef de notre histoire collective sur cette planète.
    Puissions nous triompher de la tiédeur,des influences de HAARP,de l’abrutissement du train train individuelle pour remplir sa petite gamèle individuelle.
    vus notre prolificité et notre impacte,il va de sois qu’une conscience plus élevés nous unissent,car nous avons les même besoins,et notre planète à ses limites si nous n’allons pas dans « son » sens.

    et en plus de nos erreurs orchestrées à nos dépends,par une minorité,des changement magnétiques liés à notre système solaire bi-polaire créerons de nombreuses catastrophes.

  2. Pingback: Pâques à trac | Jardinons la planète

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