Méditations planétaires

Le drame de notre époque, c’est que collectivement nous ne nous rendrons pas compte assez tôt de ce qu’il aurait fallu pour vivre correctement sur cette planète. L’horizon indépassable d’une humanité qui aurait appris le savoir-vivre, serait que la grande majorité des humains s’estiment comme des terriens avant toute autre appartenance. On a mondialisé qu’à moitié.

Royal Treats – Chris Woods – 1994

Quelque part on devrait aspirer à devenir apatride, et se sentir responsable de la planète entière. Apres la nationalisation au XVIII, la planétarisation au XXI? Mais soyons réalistes, seule une minorité d’être humains se pensent ainsi, et parmi ces derniers on ne trouve pas que des utopistes, il y a aussi les bienheureux opportunistes d’un capitalisme sans frontière. J’aimerais tellement que cette lutte soit déjà avancé, mais on en est qu’aux prémisses.

Qu’est ce qui fait naitre l’appartenance? Comment devient-on Breton? Français? Et pourquoi ne pourrions nous pas devenir Terrien? Il faut j’imagine une langue commune, une culture commune et un désir de se reconnaitre les uns les autres comme tel. La seule culture un peu commune que nous avons mondialement est celle de l’intérêt et ce monde capitaliste qui s’étend partout. Anglais, Télé et Dollar. Franchement, si ça doit être ça la devise d’une prise de conscience de l’existence du monde… Il va falloir être patient.

De toutes part, la bêtise ne nous aide pas. A commencer d’abord par les mythes que nous nous sommes donnés dans le monde judéo-chrétien. Avec le mythe de Babel, on s’est tiré une balle dans le pied. Partager dans le monde une seule langue, ce serait s’élever vers Dieu, horrible prétention punie d’une colère divine dont on se souvient encore et qui nous empeche inconsciemment de le désirer collectivement.

Maman, j’ai peur dans le noir…

Je crois que le problème est plus profond. Il me semble que même si l’humanité devenait terrienne, elle en serait encore plus angoissée et perturbée, pour la simple raison qu’au delà de notre planète, une fois unifiée, il y aurait cet univers presque infini, si vaste, si noir, si froid, et si peu intéressé de nos petites affaires insignifiantes. Au moins la nation voisine s’intéresse, discute diplomatie, met des troupes aux frontières et des barrières douanières. Mais l’univers? Que va-t-il nous renvoyer si ce n’est la vanité de nos existences et l’insondable néant qui entoure nos agitations? On se prêtera à rêver d’une autre Amérique, pas au delà de l’atlantique cette fois, mais au delà de notre système solaire. Mais il est peu probable que l’on ait une deuxième fois la chance de pouvoir massacrer des indiens. Même pas de Na’vis à trucider comme dans nos rêves les plus fous. Oh oui, on trouva bien quelques bactéries ici ou là, pas de quoi fouetter un chat, juste une blessure d’égo supplémentaire pour tout ceux qui croyaient encore au sublime de l’unicité de notre création divine. Les bactéries: le sperme divin qui colonise de planète en planète, comme le lichen s’installe sur d’arides rochers?

Dessin personnel

« L’enfer c’est les autres », mais il ne faut pas oublier que cet enfer c’est surtout celui d’être enfermé avec ces autres. On a l’illusion qu’en discriminant ces autres, le bonheur est donc peut-être au bout. Génocider des juifs ou des tutsis, expulser des sans-papiers, ou enfermer des démocrates Chinois proviennent à ce titre d’une même intention. Ces activités maintiennent l’espoir d’un entre soi salvateur, illusoire puisque menant finalement à un individualisme radical. La planétarisation, ce serait la prise de conscience que l’on est enfermé sur cette planète. Notre stratosphère? Les barreaux d’une prison que peu arrivent à quitter.

Finalement le plus pathétique dans cette affaire est que nous avons tellement saccager notre planète qu’il ne restera surement même pas assez de ressources pour qu’une évasion réussie puisse être organisée. D’ici 50 ans, on aura consommé la plupart des ressources clefs pour réaliser matériellement notre vie ailleurs. Que pense le taulard qui sait qu’il ne pourra plus jamais s’échapper? A quoi on pensait avec une peine de prison à perpétuité à Alcatraz?

J’ai vomi dans mes cornflakes

Il faudrait enrichir l’humanisme plutôt que l’uranium…

Station 11: Jesus is nailed to the cross – Chris woods – 1994

Il y a de celà quelques temps déjà, nous avons troqué la guerre de tous contre tous, notamment au nom de la religion, contre la guerre contre la Nature. La soumettre, en devenir « maître et possesseur »; moins de meurtre, plus de business! Mais en faisant cela, nous nous condamnons à accepter que l’humanité ne peut que passer d’une guerre à une autre, et que toute paix semble impossible. D’autant plus qu’être en guerre contre la Nature est pour l’animal que nous sommes une déclaration de guerre contre nous-même. Nous regardons effarés nos caractéristiques animales comme des maladies graves qu’il faudrait éradiquer. Vivement l’homme modifié, hors de ses viles  limites biologiques. La chair devient le lieu honteux et évident de ce mensonge que l’on se fait collectivement. Malgré toute sa beauté historique, être humaniste est une posture réactionnaire qui, par son manque d’ouverture à l’environnement et sa domination des autres formes de vies, isole l’homme de sa planète. Malheureusement, une idéologie arrogante très en vogue et toujours en progression…Ne parlons même pas des abysses de conneries des bigots qui pensent encore que l’homme est à l’image de Dieu…

Fait à l’image de Dieu – Watterson

Ainsi soit-il, puisqu’il faut toujours prendre les choses telles qu’elles sont, et non pas telles qu’on voudrait qu’elle soit. L’Homme est un animal belliqueux. Mais pourquoi ne pas troquer notre guerre contre la Nature et la guerre contre nous même par d’autres guerres. Contre les chapeaux trop pointus? Contre les boutons de manchettes? Un truc inoffensif quoi! Ou mieux encore, contre la télévision poubelle? Contre les murs? Contre la connerie? Une guerre utile!

Quoi qu’il en soit, plus que jamais je souhaiterais des Etats-unis de la Terre, sans aucune frontières pour les hommes et les biens, finalement l’approfondissement d’un libéralisme véritable comme l’avaient pensé certains de ses fondateurs (et pas l’imbécile néo-libéralisme pourtant si en vogue de nos jours).

3 Commentaires

Classé dans Philosophie, Politique

3 réponses à “Méditations planétaires

  1. La guerre qui pourrait nous aider c’est celle contre les lignes droites et les carrés 🙂

    Sinon je pense que pour devenir terrien, il ne faut pas regarder la Terre mais regarder la terre. Vivre de la nature pas très loin de nous, ça veut dire se battre pour la défendre. Les peuples primitifs avaient cette conscience d’unité avec la nature, alors qu’ils étaient très localisés géographiquement. Si le poisson de la rivière d’à côté est vital pour toi, alors tu te battras pour que cette rivière ne soit pas polluée ou asséchée.
    Derrick Jensen le dit mieux que moi 🙂

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