La solution à tous nos problèmes, enfin!

Cet article propose une solution originale et inattendue à tous les problèmes majeurs de notre époque. Comme toute idée révolutionnaire elle est évidente et ne demande que fort peu d’explications tant elle s’impose naturellement. C’est un véritable renouveau à la fois intérieur pour chaque individu mais aussi le renforcement d’un collectif apaisé de ses tensions. Jamais l’horizon pour l’humanité n’a pris un chemin présentant autant d’espoir.

Le retour de la confiance

Autant crever votre légitime espoir tout de suite. Cette solution n’existe pas, tout aussi désirable soit-elle. « Pourquoi m’avoir fait miroiter une telle sortie du tunnel? » me demandez vous peut être remplis d’un peu de ressentiment. C’est parce que, aussi paradoxal et incompréhensible que cela puisse paraitre, le fait que vous soyez en train de lire cette ligne montre que si je pensais ne pas avoir de solution il y a de cela quelques mots, vous venez de me démontrer qu’il en existe effectivement une, et elle est en effet d’une simplicité enfantine. Je vous explique.
Tout commence avec la lecture du rapport de Tim Jackson « La prospérité sans croissance ». Ce rapport, complet et reconnu suffisamment non utopiste pour être lisible par un assez grand nombre d’économistes, présente un constat précis et des solutions suffisamment intéressantes pour permettre sérieusement un avenir très radieux à l’humanité. Seulement voilà, alors que je réfléchissais à écrire un article pour synthétiser les 250 pages de cette proposition, j’ai réalisé que cela avait été fait avec pas mal de réussite sur le net, mais que finalement ça n’avait pas changé grand chose. Le dit ouvrage est à peu près resté confidentiel. Quel intérêt d’écrire un article redondant sur quelque chose dont à peu près tout le monde se fout?
La vraie question est en fait celle-ci: Comment en est on arrivé à ce que l’être humain se désintéresse à peu près complétement de ce qui pourrait lui apporter des lendemains bien meilleurs? La réponse se trouve surement dans un travail fort original et complexe de l’économiste Frederic Lordon sur la notion de « valeur ». Chiant!!!!!!! me direz-vous….certes, c’est pour ça que je vous le simplifie. Ce que dit ce bon Frederic est en substance ceci: le monde économique dans lequel nous vivons ne se base pas sur une maitrise scientifique du réel comme il le prétend mais est presque entièrement bâti sur des croyances, qui ne sont pas éloignées d’une simple croyance religieuse. Encore plus, la capacité de réussite d’une société ne se définit pas par sa capacité à régler les leviers d’une machine économique globalisée pour maximiser la création de richesses, mais bien plus par sa capacité à convaincre les individus, à leur donner confiance dans un système, et ceci indépendamment de sa capacité réelle à satisfaire les individus qu’il contient. Ainsi, la croyance que le modèle actuel est le moins pire de tous est très fortement ancrée et détourne les utopies cachées en chacun de nous vers une indifférence résignée.
Par exemple, ce n’est pas que l’Europe actuelle soit ignorante, pauvre en ressources, avare de savoir-faire, asséchée en idées qui fait qu’elle est « en crise », mais bien parce que les marchés financiers qui détiennent la dette des États européens doutent de la capacité de ceux-ci à rembourser. En d’autre mots, ils ne croient pas en l’avenir positif de l’Europe. Et ceci, justifie une prophétie auto-réalisatrice: parce qu’ils n’y croient pas, ils augmentent les intérêts, augmentant le degré de difficulté à l’emprunt, plombant ainsi l’avenir des Etats concernés, etc. La croyance est donc bien au coeur des événements de notre époque. Le plus terrifiant est que cette dérive ne provoque pas de remise en cause car, même comme cela, la situation est jugée, tous comptes faits, un moindre mal.
On pourrait me dire que la dette est quelque chose d’objectif, de l’argent obtenu et apparemment mal dépensé. Le peu de foi des marchés dans l’avenir européen se légitimerait par cette donnée chiffrée qui ne peut être débattue. Au delà du fait qu’une part significative de la dette peut être jugée odieuse ou illégitime par l’un ou pas l’autre, il ne faudrait surtout pas oublier par exemple la situation du Japon. Ce pays est endetté à des niveaux bien supérieurs à la France par exemple, pourtant elle n’est pas la cible des marchés financiers. Pourquoi? Parce que la dette est tenue par les Japonnais eux-mêmes et non par des institutions privées étrangères, et les citoyens du pays du soleil levant ont confiance dans leur nation. Ils n’ont peut-être pas confiance dans l’avenir immédiat, mais ils ne croiront jamais à la faillite totale de leur pays, cela les préserve de pas mal de doutes.
Je me prend à penser qu’il se passerait exactement la même chose en France. Si je détenais une partie de la dette française, est-ce que je réclamerais des comptes à l’Etat, quitte à le mettre en panique, en faillite? Non, ma communauté de longue date affilié à un Etat, avec ses défauts et ses qualités, ne peut disparaitre, c’est ma croyance. Ma famille, parmi de nombreuses autres, l’ont construite, mise en valeur, s’est parfois battue et est morte pour elle. Mon attachement à cette terre qui m’a donné naissance, est bien sur incompréhensible pour un capital sans attaches et sans frontières. Standards and Poors n’a pas à croire en la France, son déclin permettrait au contraire à de nombreux de ses salariés de s’offrir leurs vacances dans l’hexagone à moindre cout. Mais soyons sérieux, cette considération n’entre pas en ligne de compte, c’est une opportunité collatérale. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la mesure objective de la dette qui importe, mais la confiance de ceux qui la détienne envers leur débiteur.
Donc, tout est une question de croyance et en ce qui nous concerne croyance en l’avenir. De mon point de vue rien de plus cohérent. Depuis que je suis jeune, on me rabâche la précarité de ma vie future, de ma sexualité soumise au risque du Sida, de mes études difficiles, d’un marché de l’emploi morose et d’une entreprise exigeante et infidèle. Fin des idéologies oblige, les raisons de vivre sont laissées à chacun sans qu’on ait sérieusement donné à chaque individu les moyens de rechercher sereinement ce sens. Il reste le vide pour ceux qui n’ont pas les moyens d’exercer leur liberté sur cet épineux défi.
Ainsi pour moi la question est celle-ci. Comment faire renaitre dans une société la croyance qu’un monde meilleur est possible? Je n’ai pas la réponse, mais je sais que c’est la bonne question. Les poches d’espoirs sont faibles, limitées en de marginaux utopistes plein de rêves et d’imagination, ou dans la révolte des quelques indignés. Comment éviter que la relance de la quête d’espoir ne se retrouve dans les impasses des religions, des grandes idéologies aux applications nauséabondes ou d’autres, si souvent en vogue pour les fainéants de la pensée?
Révoltez-vous et rêvez un monde meilleur…il en restera toujours quelque chose. La capacité à croire, à espérer, c’est l’énergie qui vous a motivé à lire ce texte, c’est l’énergie qu’il faut faire fleurir en soi, sans attendre que quelqu’un ne l’instrumentalise. Faute de réveiller massivement cette croyance, les sociétés sans rêves me semblent condamnées à tout accepter sans pouvoir proposer aux « inévitables » politiques d’austérités de tous poils, un imaginaire alternatif qui fonctionne. Il n’est pas inutile en guise de conclusion de proposer cet incontournable court entretien avec Castoriadis qui donne le nom à ce blog.
 C’est une phrase que vous ne devriez pas lire en fait.
L’imagination ou la barbarie.

6 Commentaires

Classé dans Economie, Philosophie

6 réponses à “La solution à tous nos problèmes, enfin!

  1. A propos de Tim Jackson, comme trop souvent, et peut-être que c’est une fatalité incontournable, la description des problèmes est très précise, mais les solutions au problème sont vagues et faibles, imprécises, pour ne pas dire simplistes, voire utopistes (mais c’est un grand mot).
    En ce qui me concerne, mes modestes recherches amatrices en anthropologie économique m’ont amené à cette conclusion : ce n’est pas en prédisant un orage de grêle et en prédisant ce que serait un monde sans orage qu’on évitera l’orage ; la solution du problème, c’est de laisser passer l’orage et de se préparer tant à l’orage lui-même qu’à l’après. Mais l’orage est inévitable, et toute tentative de le repousser ne fera que le renforcer pour une date ultérieure ; l’humanité obéit à des lois physiques et mécaniques, notamment la loi des rendements décroissants, et le développement ou le déclin des sociétés humaines ne dépend que d’un rapport de coût/efficacité énergétique.

    • karmai

      Selon moi, l’orage est contingent, pas les règles d’échanges que se donnent les êtres humains entre eux. Face à quoi l’on ne peut rien, il est évident qu’il ne sert à rien de s’agiter. Je pourrais bien hurler de rage contre l’orage qui obscurcit l’horizon, ça ne l’empêchera pas de tomber.

      L’humanité obéit en effet à des lois mécaniques et physiques. Le corollaire de cela est qu’elle est aussi façonnée par son univers psychologique. Le fond de cet article, c’est que c’est dans ce dernier univers que se joue la véritable alternative. Réduire l’économie à un rapport cout/efficacité NRJik c’est réduire finalement tout système à une sorte de machine. Je ne peux souscrire complétement à une vision si réductrice.

      • Il est évident que je suis d’accord avec le fond de ton article, sur le changement psychologique nécessaire, et qu’il n’y a pas de solution prête à l’emploi, mais que c’est le moment d’en inventer. Ce que je voulais dire, c’est que de toutes façons, tant qu’il y aura de l’nrj à consommer, elle sera consommée d’une manière ou d’une autre, et que tenter d’imposer des règles d’échange plutôt que d’autres nécessitera forcément une dépense NRJik au moins équivalente à celle du système que l’on souhaite limiter. D’ailleurs, c’est déjà pour cela que ce système actuel consomme « trop », c’est parce qu’il s’évertue sans cesse à imposer des contraintes et des règles pour éviter d’incontournables inconvénients.
        Pour ce qui est du changement, psychologique ou réel, il est en cours, car il est inhérent à la crise du système dominant, la crise le rend nécessaire et rentable. Les précurseurs en ont chié, et les retardataires en pâtiront.
        Les individus sont libres et auto-déterminés, ils évoluent, mais dans un système global qui tend toujours vers l’équilibre car il est soumis aux lois de l’entropie.
        Une dernière réaction, à propos de Casto : une auto-limitation, comme il le propose, c’est exactement ce qu’ont toujours tenté de mettre en place les différentes religions. Nous faut-il réellement une religion de la décroissance ? La liberté ne suffit-elle donc pas ?

  2. Val

    Attachant Castoriadis… Tu vois que porter un regard sur « les merveilles » qui nous entourent n’est pas une « activité » simpliste… même à travers l’objectif d’un « Tartuffe » qui transmet ces photographies à travers un écran populaire.
    Bel article en tout cas pour cette nouvelle année.
    Besos

    • karmai

      J’aimerais bien entendre la position de YAB sur la dette…
      Sinon Casto est toujours mon préféré et cet interview toujours aussi inspirante.
      Besos à toi aussi.

  3. deere

    On dirait bien que le monde repose sur un ensemble de croyances.
    La toute première croyance largement partagée est l’illusion de croire qu’un futur quel qu’il soit puisse nous rendre pleinement satisfait.
    A force de voir des problèmes extérieurs, on en oublie le fait que le seul problème, c’est nous. Le monde est à notre image. Si on trouve la société inégalitaire et injuste (ce qu’elle est), on peut toujours changer les règles du jeu, mais fondamentalement on gardera les mêmes bases : Si je suis compétitif, j’imaginerai un système qu’il le sera et les inégalités seront légion. Le problème c’est toujours nous.
    Les utopies ne fonctionnent pas. Pour autant, il ne faut pas oublier que nous en vivons une. L’idéologie d’une croissance dispensatrice de bien-être est simplement une croyance. Le changement psychologique commence par le fait de ne plus y croire. Ça ne coûte rien, ça soulage même. Et nous sommes très nombreux à ne plus y croire.
    La désillusion est salvatrice, il ne faut pas avoir peur du large mouvement de déconstruction qu’elle peut entraîner et le poursuivre le plus loin possible ; jusqu’au vide qui nous angoisse tellement justement.

    « L’humanité obéit en effet à des lois mécaniques et physiques. Le corollaire de cela est qu’elle est aussi façonnée par son univers psychologique. Le fond de cet article, c’est que c’est dans ce dernier univers que se joue la véritable alternative. »

    Le monde est simplement une projection de nos croyances, de nos attentes et opinions vers l’extérieur. On pourrait commencer par se poser la question de l’utilité de ce phénomène.

    Merci pour les articles toujours intéressants.

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