De la baguette en béton au pain urbain

Pour Carolyn Steel, la nourriture a toujours façonné les villes. L’approvisionnement en céréales, en pain, en viandes, en fruits et légumes a légitimé la précipitation de milliers d’actions humaines pour structurer les marchés, les routes, les ports, etc. Fascinante conférence que celle proposée ci-dessous et à voir avant de poursuivre la réflexion dans cet article.

Carloyn Steel – hungry City

Si la nourriture a façonné et façonne la ville et la vie de manière générale (dis moi ce que tu manges je te dirais qui tu es?), on peut légitimement considérer qu’il faut penser la place de la nourriture différemment si l’on veut façonner une ville autrement. De fait, un mouvement de fond est en place. Guerilla potagère, libération des herbes folles, engouement pour les jardins familiaux, AMAP, Slow Food, etc. Beaucoup d’individus veulent du vert, respirer, bien manger et s’en donnent les moyens. Petit à petit, cela modifie l’espace. De plus en plus d’agriculteurs se tournent vers les circuits courts et la vente directe, essayent de plus en plus de variétés de céréales, de légumes ou de fruits moins conventionnelles.

Bien sur la lutte est âpre, car tous ne partagent pas ce point de vue. Architecte d’État en tête, pour quelques mètres carrés aménagés de manière un tant soit peu écologique, ce sont des hectares qui sont bétonnés et où ne subsistent que quelques arbres esseulés, encastrés dans une bien triste chape de béton.

Il convient donc de démontrer que l’on peut penser la ville différemment, et surtout de démontrer que cela peut être agréable et bon. Dans les années 70 déjà, les situationnistes, avant-gardistes radicaux, proposaient la vision d’une ville collage comme un réseau encerclant des ilots ruraux. A l’observer on dirait presque un photo prise au microscope d’un tissu animal. Ce schéma ressemble également fortement à la proposition de Sitopia de Carolyn steel montrée en fin de conférence.

New Babyone – Constant – 1968

C’est l’opposition ville/campagne qu’il faut bouleverser, oser penser l’impensable. C’est ce qu’avait proposé l’artiste Agnes Denes en 1982 en semant deux acres de blé en plein Manhattan. Confrontation sublime de l’organique avec le minéral, de l’horizontal contre le vertical, de l’anarchie contre la phallocratie, du bureaucrate contre l’agriculteur. Probablement une des premières articultrices du XX siècle.

Agnes Denes – 1982 – Confrontation

L’idée ici n’est pas d’intervenir dans l’urbanisme, raser des parties de villes pour y installer des exploitations agricoles, mais de décloisonner les imaginaires qui ont tant de mal à laisser la place à la nature dans le berceau des civilisations: les villes. L’idée aussi est celle de reconnecter l’art de consommer avec celui de produire. Nous, les urbains, nous ne savons pas comment et d’où vient notre pain quotidien. Il faut que la ville laisse une place permanente et quotidienne à cette donnée de base. Il faut cultiver dans la ville. Pas de manière artificielle comme le projet « Nature Capitale » qui installe hors sol un grand happening, végétal sur béton, où les plantes sont exposées quelques jours comme dans une foire aux étrangetés pour être ensuite jetées aux quatre vents, ayant accompli leur éphémère destin spectaculaire. Celui-ci, le spectacle, ne doit pas être exceptionnel, il doit être banal, quotidien, et traverser les saisons et les années. Il faudrait pouvoir patiemment voir les épis lever et monter en graine. On devrait retrouver une vision festive des moissons au cœur des villes, faire la fête pour quelque chose qui compte, en lien avec l’immuable rythme des saisons. Il faut expérimenter les anciennes et les nouvelles couleurs des moissons.

Champ de Blé et Corbeaux – Van Gogh – Juillet 1890

L’objectif est donné, le résultat promet d’être beau si il est porté jusqu’au bout. Je tente actuellement de porter une telle idée sur Rennes. Si vous voulez être de l’aventure, n’hésitez pas à m’écrire: jardinonslaplanete@gmail.com

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Classé dans Alimentation, Urbanisme

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