Urbaniser Rennes en hauteur pour économiser la nature?

La doxa urbanistique voudrait que construire des tours permet de densifier les villes et de préserver des espaces naturels qui auraient été bétonnés sinon. A Rennes, comme dans beaucoup de villes, on urbanise dans ce sens, et c’est une grossière erreur.

Au lycée chateaubriand de Rennes, lorsque j’avalais au tuyau et à l’entonnoir du savoir scientifique, je m’étais fait la réflexion que le mode de croissance d’une ville ressemblait à s’y méprendre, vue de haut, à celui de la croissance d’une colonie de bactéries dans une boîte de pétri. A la même époque, j’entendais parler de la critique de la croissance, il ne m’en fallu pas plus pour me dire que si les bactéries croissaient jusqu’à leur auto-destruction il pouvait tout à fait nous arriver la même chose. J’ai toujours eu une très haute estime dans les capacités humaines. Quoi qu’il en soit, on voit aujourd’hui que cette question un peu naïve n’était pas dénuée de tout fondement car la croissance urbaine interroge la durabilité de nos modes de vies. A Rennes, une relativement petite ville, la question n’en est pas moins pertinente. Il faut dire que la métropole a décidé de former une ville archipel. En gros, des îlots densément urbanisés interconnectés entourés d’un océan de campagne. Plus d’intensification, c’est plus d’habitants au mètre carré et en théorie des espaces ruraux qui n’ont pas besoin d’être cédé au béton. Mais comment densifier? Un consensus semble émerger, il faut construire de plus en plus haut. Pour Frédéric Bourcier, adjoint au maire de Rennes en charge de l’urbanisme et de l’aménagement, l’horizon est clair: « Si on veut de la nature, il faut des tours« , ah oui?

Manhattan et Central Park – New-York

Dans l’excellent numéro 17 de Mai-Juin de Place Publique il est réalisé tout un dossier sur l’épineuse question de savoir si il faut continuer à construire des tours à Rennes. La question passe par deux idées largement répandues :

1- Plus l’immeuble est haut plus la densité urbaine est élevée.

2- La population est largement opposée à l’installation de tours.

Ainsi, pour tout bon adjoint au maire en charge de l’urbanisme et de l’aménagement d’une ville, l’objectif est d’installer des tours en force avec un maximum de vaseline puisque par définition, dans ce système de pensé, les tours sont inéluctables et que les gens sont apparemment un peu limités pour le comprendre puisqu’ils résistent. Un excellent article de Serge Salat et de Caroline Nowacki, publié dans la revue mentionnée plus haut, vient contredire avec brio cette vision un peu étroite de la problématique:

« Ne confondons pas hauteur et densité. En effet, plus on construit haut, plus il faut prévoir de l’espace aux alentours. (…) Non seulement l’urbanisme de grande hauteur n’est pas une bonne voie pour la densification aujourd’hui considérée comme nécessaire. Mais les tours ont pour inconvénients de détruire la rue et sa sociabilité et de « distendre la maille urbaine » en plus d’être un gros consommateur d’énergie. »

Ils comparent à titre d’exemple la source d’inspiration architecturale moderne,à savoir une tour à la Le Corbusier, avec la ville traditionnelle de Turin. La comparaison est relativement visuelle et explicite.

Comparaison « Le Corbusier »- Centre ville de Turin – source CSTB

Le même type de comparaison est tout aussi illustrant pour la ville de Rennes. Ceux qui connaissent cette ville apprécieront les deux lieux considérés, semblables dans l’esprit à la comparaison précédente. On voit nettement qu’une tour est peut-être plus dense au niveau du bâtiment, mais que tout autour elle mobilise un espace très grand réservé aux routes et aux parkings. Ainsi, un centre urbain européen traditionnel est en fait plus dense.

Comparaison sur Rennes sur  un carré 200*200 mètres – Source : Google maps

C’est aux deux auteurs de l’article de bien résumer la situation par ce brillant constat:

« La typologie [traditionelle] est une forme sociable. La rue est alors un lieu intense d’échange, de commerce et d’activité humaine. Le lien social recherché pour une qualité de vie meilleure se crée ainsi naturellement, contrairement aux formes modernistes qui ont déshumanisé la rue en réalisant des villes adaptées seulement à l’automobile. Les cours traditionnelles sont des mondes intérieurs à taille humaine, semi-privés, qui rassurent et permettent des interactions entre les habitants, contrairement aux espaces vides au sol, démesurés et inquiétants, de Le Corbusier »

Nous avions déjà vu dans un article précédent que l’urbanisme moderne, dont les lettres de noblesses ont été écrites par Le Corbusier, avait raté le coche du social au sens large. Le Corbusier disait « C’est l’architecte qui a tord et la vie qui a raison« . Les comparaisons précédentes le confirment. Bien plus organiques, les formes traditionnelles d’urbanisme qu’on retrouve dans les centres des grandes villes européennes se révèlent des sources d’inspiration de premier ordre pour les défis qui nous attendent en terme de densité urbaine et d’écologie.

Ainsi nous pouvons résoudre le problème de Mr Bourcier. Au lieu de supposer que les gens s’opposent sans raison aux juste développement urbain qui passe par la construction de tours, il ferait mieux de laisser une place dans son esprit au sens commun général, qui ici, lui aurait indiqué une méfiance envers ces tours, méfiance tout à fait légitime à la lumière d’une analyse scientifique rigoureuse. Encore plus, écouter la peuple, n’est-il pas une donnée importante de toute organisation démocratique? La mairie de Rennes n’en est pas à son premier coup de force en terme de développement urbain. Nous avons déjà fait état sur ce blog des manœuvres peu ragoutantes pour expulser des jardiniers et des habitants en vue d’opérations immobilières. « Si on veut de la nature, il faut des tours ». Voilà une affirmation finalement erronée.

Toutefois, on pourrait noter sur la comparaison Rennaise une présence un peu plus importante du végétal dans le cas d’une tour. Ne serait-ce pas un argument en faveur de celles-ci? Là encore, il faut bien comprendre que ces « espaces verts » n’ont rien d’espace libéré mais bien plus d’espace à peu près morts, si on ne comptait pas l’herbe qui y pousse dans l’indifférence quasi générale. A nos deux brillants analystes d’enfoncer le clou:

« Les espaces verts illimités et uniformes autour des tours du modernisme, sans complexité ni géométrie, manquent cruellement de l’architecture du jardin clos qui créait autrefois et jusque dans les square infiniment variés de l’haussmannisme parisien des lieux et des cheminements, appropriables par les enfants et leurs parents, un monde familier, proche et intime »

A ce titre, la municipalité de Rennes cherche à améliorer le quartier du Blosne, le plus grand ensemble de tours au sud de ville. La population est de moins en moins nombreuse et l’attrait n’est pas particulièrement au rendez-vous. Il faut dire qu’on y retrouve beaucoup des défauts des espaces décris ci-dessus. Le projet de la ville a été présenté par Antoine Grumbach.

(source)

Ici, la proposition tourne au pathétique. A partir de la situation actuelle (photo du bas) où l’on retrouve « Les espaces verts illimités et uniformes autour des tours du modernisme, sans complexité ni géométrie » précédemment décris, on observe une courageuse proposition d’amélioration. On appréciera le travail qui consiste à ne changer à peu près rien sinon rajouter ici ou là quelques plantes et arbres bien inutiles à redonner un sens à cet espace, ses tours et ses parkings qu’on cherche surtout à cacher derrière des faux-arbres numériques… Cette tendance des architectes et des paysagistes à recouvrir de vert la vacuité de leurs idées et la pauvreté des propositions est souvent bien malheureuse pour ceux qui vivent ensuite ces espaces.

De toute cette exploration, j’implore les élus de la ville de Rennes, dans le cas improbable où ils passeraient sur ce blog, de lire l’article de Salat et de Nowacki, de se balader avec attention dans le vieux Rennes ou autour du lac des Longs Champs pour comprendre à quoi peut ressembler un espace dense et agréable à vivre.  Je les implore aussi de visiter Beauregard, de se rendre compte de la pustule immonde infligée à cette ville en suivant les sirènes trompeuses de la modernité. J’aime ma ville, je la voudrais vivable et écologique, faites-y attention s’il vous plait, ne cédez plus à ces sirènes.

20 Commentaires

Classé dans Bretagne, Démographie, Politique, Urbanisme

20 réponses à “Urbaniser Rennes en hauteur pour économiser la nature?

  1. rahane

    la problématique de la densification non pas urbaine mais humaine dans les villes pose le même problème que la crise dans son ensemble : revoir les modèles en les soumettant non pas au diktat d’une pseudo modernité décidé par la consommation mais par la révision des besoins humains réels.
    la dynamique des tours est une réponse par l’empilement à une demande fantasmée d’appartement établis sur le modèle du une chambre par personne un grand salon une cuisine une sdb un wc éventuellement une terresse balcon etc
    tout ça dans la vvision du chacun chez soi individualiste qui condamne avec le temps de vieilles personnes à vivre seule dnas un appartement 4 cmbres une fois les enfants partis et l’autre dans le couple décédé.
    pourquoi avoir un salon où finalement peu de la famille passe de temps puisque chacun regarde son programme tv dans sa propre chambre ou s’occupe sur son ordi perso. pourquoi investir dans un sofa le canapé 3 places ,dans une famille de 4?
    et si on révisait les codes de l’architecture d’un appartement type pour reconquérir un espace urbain par le réaménagement interne de l’appartement type?
    la coloc qhez nous n’est pas encore la mode ni chez les jeunes ni chez les vieux comme c’est le cas à berlin ou dans les pays nordistes, mais cela suppose d’autres types dappartements où les couloirs élargis deviennent des lieux de convivialité
    des cuisines géantes et des petits coin tv rabougris à la dimension d’un bureau ou d’un boudoir pour se parler en vis à vis

    plutot que de penser l’urbanisme par la juxtaposition d’éléments dont on ne cherche que la focntionnalité externe et si on commençait à l’envers
    pour recréer des cours intérieures des jardins d’intérieurs propices à l’amélioration de la prise de repas collectifs d’une forme d’intimité partagée autour d’une nature intégrée à l’intérieur meme de l’habitat dans une association anture lumière et espace commun
    peut-être alors la simple redistribution de la focntionnalité de l’espace fondée sur d’autres besoins émergents changeraient du tout au tout la fameuse densité urbaine sans qu’il soit besoin de conquérir des espaces sur le vivant puisque logiquement la population ne s’accroit pas dans cnotre pays sur les bases de l’accroissement urbain dans les pays tiersmondistes par le bsoin réel rél de loger les effets de la natalité galopante conjugué à l’exode rural en cours.
    dans l’avenir au centre des vivlles il devrait y avoir de moins en moins de voiture puisque le cout de ce type de déplacement en ville ne fera que croitre et devenir immanquablement incohérent avec le fait de poséder une voiture en propre quand on sera un urbain.
    sans doute devra ton reconfigurer certains parking.
    et si on prenait vraiment le problème à l’envers
    plutot que d’imposer des tours imposer des arbres? des carrés de verdure des bancs publics des rosiers des haies des animaux?
    à grenoble un quartier de Meylan est conçu comme une promenade associaant des habitats agglomérés dans des formes diverses et des zones piétonnes des routes d’accès véhicule de multiples recoins de verdures etc pesonne ne souhaite en déménager et il n’y a d’appartement à vendre qu’en cas de décès deu dernier survivant. un lieu d’une grande densité dont pas un habitant ne souhaite partir.

  2. Alex

    Merci pour cet article. cela me soulage de voir que je ne suis pas seul à me morfondre de la destruction de Rennes par la mairie actuelle.

    Le pire étant les travaux absolument inutile et aveugle pour justifier sans des impots parmis les plus élévés de France

    Dernier exemple en date : la plaine de Baud : tout se passait très bien, circulait bien.. la mairie à couper TOUS les arbres, rebitumer quasi à l’existant, ajouter un pont à 100m du pont existant… pots de vins ?

    • Floch

      Je ne veux pas m’énerver après avoir lu ces bétises mais je pense que les élus rennais savent ce qu’ils font (même si parfois ils peuvent faire de la m…). Ces travaux sont pour l’axe de bus est-ouest. Les arbres sont depuis replantés, l’axe est moderne et plus avenant (avant cette route n’était pas digne d’être l’axe principal entre Rennes et Cesson). Le pont servira aux 5 000 nouveaux habitants (l’équivalent de la ville de VEZIN) de Baud-Chardonnet sinon, il y aurait eu des bouchons sur le boulevard Villebois-Mareuil (vous auriez surement été le premier à critiquer ces bouchons d’ailleurs..). On peut être contre, mais réfléchissez un peu c’est pénible ces critiques permanentes et gratuites. Allez dans des villes mortes (petite comme Alençon ou grande comme Limoges), vous serez pas embêtés par les investissements publics…

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  5. Simon

    Je ne suis pas rennais et je ne connais donc pas le projet de la mairie mais cela m’étonnerai qu’ils veuillent remplacer le centre ville historique actuel par des tours. Il me semble par contre que la tour (ou plus simplement le bâtiment de 5 à 6 étages) est une alternative tout a fait salutaire à l’extension sans limite des banlieues pavillonnaires sans charme, qui, en plus d’être vraiment peu dense et pas terrible d’un point de vue énergétique, est désastreux en terme de transport : condamne toute la population à l’utilisation permanente de la voiture. De plus pour avoir vécu en pavillon et en immeuble parisien je suis convaincu que la sociabilité de la rue est beaucoup plus développé dans les quartiers plus denses.

    • karmai

      TU m’auras surement mal lu, il n’est en effet jamais question de remplacer un centre historique par des tours! Le débat ici est de savoir sur quel modèle s’appuyer pour créer de nouveaux espaces urbains le plus dense possible. Et en cela, nous tombons d’accord que les quartiers denses à 5, 6 étages sont largement préférables. Il est juste étonnant qu’ils soient si peu fait dans les faits.

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  9. Floch

    Je viens de tomber sur cet article super intéressant…3 ans après sa publication (le web ne meurt jamais) ! Je suis d’accord pour la création de petits collectifs R+5 R+6 qui sont plus denses que la plupart des tours (exemple raté du Blosne moins dense que le centre-ville). Mais il faut avouer que parfois, les tours sont nécessaires pour garder un espace de respiration (parc, square très présents au Blosne mais rien dans un centre ultra bétonné : souvent reproché à Rennes ) surtout dans une ville très dense comme Rennes qui compte 4 000 hab/km² mais 8 000 sur ses espaces résidentiels (si on enlève parcs, campagne, bureaux, voies ferrées, etc.) !!!. Exemple : sur 1 000 m² (chiffre au hasard) mieux vaut une tour de 100 mètres de haut sur 500m² et un parc de 500m² que dix R+5 sur 1 000m² sans le moindre grand parc remplacé par de la pseudo verdure et ou on à l’impression d’étouffer. Le centre-ville rennais est déjà réputé pour être minéral et étouffant avec son granit et ses petites ruelles, pas besoin de faire pareil partout. Au passage, je serais curieux de savoir le nombre d’habitants sur ta parcelle 200×200 du centre, pas sur qu’il soit le carré le plus peuplé des deux car les horizons comptent 1 000 habitants et il y a même un petit espace vert en haut à droite du carré).

    Je veut prendre l’exemple concret de Baud-Chardonnet qui va sortir de terre. On aurait pu faire que des R+5 sur tout l’espace disponible (20 hectares je crois) et ne pas faire le parc prévu en face l’avenue François chateau, ne pas faire de promenade le long des berges et ne pas faire une halle sur une place publique. Mais au final les tours de 50 mètres (il y en aura 3, 4) vont permettre d’économiser l’espace pour faire un beau parc à proximité, chose que l’on ne voit pas ailleurs le long de la Vilaine avec tous ces R+5. Il faut faire pareil à Eurorennes pour créer pourquoi pas un square ? Après attention, pas question de faire des tours partout ! Un signal ou deux de 100 mètres à EuroRennes suffit, plus 2 ou 3 autres tours de 50 à 80 mètres dans d’autres coins de la ville (Gayeulles, Fréville, Landry).

    Oui Rennes a une ceinture verte, mais ne surtout pas se dire que c’est suffisants. Il faudra encore de nouveaux parcs à Rennes, notamment vers le centre, pour respirer, même s’il ne font que 1 hectares (ex : les jolis squares inconnues de Villeneuve, Jean Guy ou de la Touche).

    Et ne surtout pas hésiter à aller au delà de la rocade pour découvrir la campagne rennaise, ça change des Thabor et autre Oberthur. Vive Rennes !

    • karmai

      Bonjour, merci pour ton commentaire. Le web ne meurt jamais, mais il y a tout de même la sédimentation naturelle des blogs et du flux permanent d’information qui enterre profondément certaines informations🙂

      Entre les deux carrés, je pense qu’il est raisonnable de postuler qu’on dispose de la même densité de population. J’ai tenté de trouver des données détaillées de la densité de population Rennaise mais je ne les ai pas trouvées. Si tu les as ou si tu les trouves je suis très preneur!

      En partant de l’hypothèse que la densité de population par unité de surface est la même entre les horizons et le centre, je tiens à réaffirmer le fond de l’article qui est que le centre ancien c’est la densité de population comme une tour, mais aussi commerces, lieux culturels, lieu de fête et de rencontres, etc. Je suis Rennais de naissance et je ne vais jamais aux horizons par plaisir. Le centre commercial adjacent est glauque à souhait, les trottoirs absolument anonymes et froids alors qu’il suffit de traverser le canal pour avoir la petite place du bas de la place des lices avec une terrasse sous des arbres où on trouve souvent des gens à jouer aux palets ou aux boules, faire la fête, etc. Mon objectif est une ville vivante et je suis bien obligé de constater que le quartier des horizons n’arrive pas à le faire et ce n’est pas une question d’emplacement car le site des horizons est idéalement situé!

      Nous verrons pour Baud-Chardonnet, mais je pense qu’on va vers le même problème. Je passe souvent par la partie Ouest de la zone le long du boulevard Villebois-Mareuil dont les logements ont déjà été construit et, franchement, ce n’est pas ce lieu qui va générer de la ville vivante. Je dois dire même que lorsque je rentre à pied tard le soir par ce boulevard je préfère changer de trottoir et je vois aussi des gens faire de même pour éviter de me croiser (et crois moi je n’ai pas l’air d’une menace avec mes 60 kg tout mouillé). Je suis de l’avis que ces zones au final n’arrivent qu’à être résidentielles et c’est bien pour ça que les zones commerciales et de loisirs croissent aussi fortement en périphérie, elles sont le pendant de l’échec à superposer les fonctions urbaines. Pour y avoir habité un temps, je ne peux que constater à contrario que le centre ancien de rennes superpose les résidences, les bureaux, les activités commerciales et de loisirs.

      Pour s’inspirer de l’ancien, il faut redécouvrir la croissance organique de la ville. Il est extrêmement dommage que nous ayons raté le coche. C’est trop tard car les dernier sites d’urbanisation seront dédiés à la forme moderne d’urbanisme. Il est d’ailleurs tout à fait comique de voir que les créations réussies récentes sont toutes des propositions qui sont faites par la contrainte de l’ancien! Je pense notamment à l’ancienne caserne MacMahon, au couvent des Clarisses, on pourrait mentionner le beau travail qui sera réalise place saint-Michel également.

      Il faut toutefois savoir être raisonnable et cette tendance urbanistique (selon moi assez désastreuse à long terme) n’est pas propre à Rennes et on retrouve les mêmes erreurs un peu partout. Je suis plus en colère sur Rennes parce que c’est ma ville natale.

      • flyingdust

        Pourquoi ne pas concevoir que les effets provoqués par ces constructions standardisés, à savoir individualisation, perte du lien social, acroissement des besoins compensatoires de consommation, sont des effets plus ou moins recherchés par la grande bourgeoisie, ultra minoritaire mais redoutablement organisée? Le culte de l’individu seul qui triomphe du groupe, la déliquescence du lien familial, provoquée entre autre par le système des pensions (provoquant comme effet ultra pervers la dispariton du lien d’interdépendance intergénérationnel (les jeunes ménages continuent d’avoir besoin de leurs parents, mais la dépendance n’est pus réciproque), socle de toute relation solide, et entretenant les pensionnés dans l’illusion qu’ils ont le droit de se laisser aller à la tentation, consommer, penser égo, puisqu’ils ont travaillé si dur pour mériter ça.

        Il me semble donc clair qu’il y a une volonté globale, parfaitement logique, d’une certaine élite bourgeoise, de diviser pour mieux régner, et que les moyens pour y parvenir sont comme mentionnés dans l’article, la création de lieux pensés pour justement produire le minimum de regroupement, d’organisation, d’entraide, d’autosuffisance communautaire.
        Ajouté à ça la déliquessence du lien familial que j’ai mentionné par des leviers, dont certains que j’ai mentionné, qui semblent à première vue tout à fait anodins, mêmes bienveillants, mais aussi un outil médiatique redondant, ultra efficace, instillant notamment la haine des religions, outil pourtant parmis les plus efficace pour souder une communauté autours de valeurs, et garante du socle familiale.

        La démocratie, telle qu’elle est pratiquée partout dans le monde, est une dictature de la séduction, plus douce dans les méthodes pour parvenir à ses fins (empêcher les populations de créer leur moyens de productions et de se souder entre elles, par la propagande médiatique, les constructions inadaptées, la répression financière,…) qu’une dictature tyrannique, mais bien plus violente et efficace dans tous les effets obtenus que cette dernière (destruction écologique, accroissement des inégalités,…).
        Et un avantage qu’a la plupart du temps la dictature tyrannique est celle d’un idéal pour sa nation, ce que la dictature de la séduction n’a absolument pas, étant au service entier du capital, des banques, des finances, parfaitement cosmopolites et dénuées de valeurs.

      • karmai

        Pourquoi pas en effet, mais encore faut-il être capable de le démontrer. Ton raisonnement sent le bon complotisme Soralien mais ça ne le disqualifie pas pour autant. Je suis très intéressé si tu peux m’envoyer des documents ou des preuves qui montreraient que nos élites ont sciemment validées un certain nombre de productions urbaines pour favoriser l’individualisme contre les solidarités.

        Je pense au contraire que l’urbanisation s’est faite avec les meilleurs intentions. Il suffit pour s’en rendre compte de regarder les projets du Corbusier et de ses cités radieuses par exemple, où l’objectif était justement de favoriser les solidarités, le vivre ensemble, le lien social. Le problème est que cette intention fut un échec parce que personne n’a envie de vivre en autonomie sociale dans un immeuble.

      • Floch

        Tu as raison pour le bas des horizons, Villebois Mareuil et je rajouterai même la courrouze qui est un exemple, avec ces cubes de béton sans rien au rez de chaussé, de lieu de « non rencontre ». Mais doit-on laisser tomber pour autant parce que certains architectes ont des mauvais goûts ? Non. Et j’ai l’espoir qu’un jour la rue de Brest sera retraitée, tout comme le parvis des horizons avec pourquoi pas des commerces au pied de la tour ? La coupure entre Horizons et Lices est en effet assez saisissante et selon moi, les aménagements voiture/béton du canal n’aident pas non plus. Une vraie tristesse. On est loin des bords de l’Erdre à Nantes ou des canaux de Paris…

        Pour Baud, j’ai espoir, au moins pour la partie nord (bord de fleuve et rdc des tours) car il y a une volonté de créer de la vie (commerces, services, loisirs, balade, péniches, guinguette, voir cette vidéo : https://vimeo.com/141637672). Plus que l’architecture, c’est la vie qui doit être transposée dans ces nouveaux quartiers. A Nantes (île de Nantes), il y a cette architecture moderne avec des réussites architecturales mais c’est aussi parfois moche ou en travaux. L’essentiel, c’est de créer des pôles de vie ou de tourisme (hangar à bananes, quartier sterolux/machine) + des écoles, des restaurants, des entreprises, etc. où ça bouge jour et nuit Tout sectoriser comme l’a fait Rennes jusqu’en 2015, c’est une erreur (ex : Rennes Atalante Longchamps ou Champeaux zones mortes le soir après 19h). Il faut une ville réseau pour stimuler les rencontres.

        En résumé, oui aux tours si :
        -il y a de la vie dedans (rdc, sommet) et autour (commerces, loisirs, cultures)
        -elles sont esthétiquement belles (cladding, légères, colorées)

        En gros, pas faire du blosne ou du bourg-lévêque même si perso, j’adore la hauteur et l’architecture des horizons..

      • karmai

        Le problème des horizons c’est qu’il y a déjà des commerces à proximité :-s puisqu’il y a la « sublime » dalle de Bourg l’évêque qui est un endroit ou j’ai juste envie de partir le plus rapidement possible.

        J’espère que pour Baud ce sera différent même si c’est très mal parti (premières construction le long de Villebois-Mareuil). Quand je regarde la vidéo de propagande de la mairie à propose de Baud Chardonnet , je vois un projet pensé par le haut (on voit d’ailleurs les gars mettre des commerces et des maisons comme je joue à SimCity hum, hum…).

        La chance de Rennes, c’est de pouvoir pondre des projets pas vraiment beaux ni ambitieux mais de ne pas avoir de réelles difficultés sociales comparées à d’autres villes de France qui pourraient détériorer rapidement ces quartiers. Résultat, il y a un bénéfice concret à cette politique de bétonage sans trop d’âme esthétique et urbaine, c’est que la ville croit, que les logements se remplissent, que les Rennais font des investissements dans le logement car ils savent qu’ils seront remplis.

        Sur ce plan, à peu près tout est joué pour l’urbanisme de notre époque quand Via Silva sera finalisé, il faudra faire au mieux avec tout ça et ce sera parfois malgré l’urbanisme que les habitants tisseront des liens dans ces lieux qui ne s’y prêtent pas forcément. On peut le souhaiter et j’espère être contredit d’ici quelques décennies.

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  11. flyingdust

    Je ne crois pas que tout rentre forcément dans cette case du diviser pour mieux régner, de la part des élites dominantes, il y a aussi cette nécessité de maximisation des profits qui va quasi exclusivement de pair avec la production à vue courte, obsolète, qui permet à une élite plus parasitaire que soucieuse du bien commun de maintenir ses privilèges, en prenant des avoir aux passages. Le phénomène de centralisation des productions est également lié à la ponction de cette caste, nécessaire à l’accroissement de son pouvoir.

    Mais pour moi il ne fait aucun doute que quand des journaux tels libé, le nouvel obs, qui sont en déficit depuis des années, sont rachetés par de gros industriels pour continuer à les faire tourner, ce n’est pas par philantropisme, mais bien pour véhiculer une idéologie précise, dont j’ai identifié deux messages principaux, récurents: le culte de l’individualisme et l’attaque de tout ce qui fortifie une communauté: religion, en tête de liste.
    Le culte de la démocratie comme modèle supérieur à tous les autres dans le monde.
    Il me paraît clair que l’appareil médiatique est en grande partie dirigée par cette volonté du diviser pour mieux régner.
    Plus difficile à dire avec certitude et à argumenter pour d’autres domaines, comme l’architecture effectivement.

  12. Thierry Discepolo

    J’aurais aimé avoir les références (les sources) du dessin par Le Corbusier du plan de Turin que vous reproduisez. Merci

    • karmai

      L’illustration provient de l’article qui est cité en gras un peu plus haut. Faites moi signe si ça ne suffit pas je remetterai à jour le lien vers l’article.

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