Manger bio est-il meilleur pour la santé?

Une des raisons majeures d’achat de produits biologiques est l’idée que ces produits sont meilleurs pour la santé. Il n’est à ce titre pas étonnant que ceux-ci jouxtent dans les supermarchés des aliments à haute valeur nutritionnelle. Beaucoup de parents sont amenés à se tourner vers le bio tant l’idée de potentiellement contaminer leur descendance prend alors une tournure presque criminelle. Cette idée est à l’état actuel de nos connaissances un mythe pur et simple mais en dit long sur les représentations erronées véhiculées par les agences de communication et la difficulté pour un consommateur de s’y retrouver.

Qu’est-ce que le bio?

Tout d’abord, il faut bien comprendre ce qu’est un produit « bio ». C’est un produit qui s’engage à produire sans produits chimiques de synthèse. La distinction est importante car on entend souvent que les produits bio seraient sans pesticides, c’est totalement inexact. Le cahier des charges bio n’interdit pas l’utilisation de purins par exemple pour lutter contre les insectes et utilisent de fait un agent chimique, mais sécrété par une plante. Une pollution par l’utilisation d’un agent chimique en agriculture biologique est donc tout à fait envisageable, comme cela est parfois le cas avec l’utilisation de cuivre dans la viticulture (L’union européenne risque de ne pas ré-homologuer en 2014 les seuils d’utilisation de ce fongicide)

Les études scientifiques en mal de démonstration

A ce jour, aucune étude scientifique n’a réussi à démontrer que consommer des aliments biologiques serait significativement meilleur pour la santé ou provoquerait moins de cancer. Ainsi des documentaires comme Nos enfants nous accuseront, pourtant un succès de salle, joue de manière un peu malhonnête sur l’idée que les pesticides dans les aliments conventionnels puis mangés dans les cantines scolaires provoqueraient des cancers chez les enfants. Toucher aux enfants! On peut être sur de provoquer mécaniquement une indignation à moindre frais. Ainsi, si vous mangez bio uniquement pour votre santé personnelle vous pouvez dès aujourd’hui retourner dans votre supermarché traditionnel et faire de substantielles économies en mangeant des fruits et des légumes conventionnels. En effet, des risques sanitaires existent en bio et en conventionnel. Il n’y a pas si longtemps, des graines germées bio provoquaient trente morts en Allemagne. Par ailleurs, des teneurs plus élevées de mycotoxines sont retrouvées dans certaines céréales (difficiles à éliminer sans fongicides de synthèses), preuve que sur ce terrain il n’y pas le bien d’un coté et le mal de l’autre.

Tout de même ce sont des poisons?

C’est vrai que certains produits chimiques de synthèses sont létaux pour ce qu’ils visent! On ne fait pas mourir un insecte, une plante, un champignon, une bactérie ou un mammifère en distribuant des bisous. Le problème du danger sanitaire de ces produits de synthèse ne se situent pas au niveaux du consommateur, mais au niveau de la production. Toute la difficulté du bio, c’est de faire payer plus cher à un consommateur des bénéfices qui ne lui reviennent que très indirectement sous forme d’agriculteurs qui meurent moins de cancer (avérés ceux-là). Il est probable que l’altruisme et le porte-feuille de certains ne passent pas ce cap là.

Le consommateur structurellement en mal de repère?

Ce que cette conclusion vient mettre en relief, c’est le maelström d’informations qui se jette sur le consommateur. Largement soumis à des publicités qui cherchent à manipuler désirs, émotions et représentations, le chemin du consommateur jusqu’à la vérité scientifique et l’authenticité est difficile voir impossible. Le problème c’est que même la consommation qui se drape de bonnes intentions brouille les pistes.

Autre exemple, des chercheurs américains ont écrit une étude pour montrer qu’il ne servait absolument à rien de boire un litre et demi d’eau pour sa santé (tiens? le même volume qu’une bouteille…) mais l’idée reste tenace et arrange bien les publicitaires.

Le consommateur est-il voué à se faire manipuler? La question se pose réellement et l’espoir de la « consom’action », qui supposerait que l’acte d’achat motivé peut être un levier efficace de changements sociétaux semble voler en éclats. Plus encore, que penser d’un acte de consommation qui pour de mauvaises raisons va tout de même réaliser un bénéfice malgré lui? Faut-il le révéler au grand public quitte à mettre en péril l’intention première en détruisant ce qui faisait la motivation des individus à consommer tel ou tel produit?

D’autres articles autour de l’alimentation:

https://jardinons.wordpress.com/2008/04/19/guerilla-potagere/

https://jardinons.wordpress.com/2008/04/12/la-gastrosophie/

14 Commentaires

Classé dans Agriculture, Alimentation, Santé

14 réponses à “Manger bio est-il meilleur pour la santé?

  1. Je comprends ta démarche, mais à un certain point, je préfère me fier à un certain bon sens que de me fier à l’existence ou non d’une étude scientifique (dont je n’ai pas connaissance à cause d’un manque d’intérêt des scientifiques, de financement, de pressions, d’une mauvaise visibilité, de la difficulté à prouver la chose, etc)

  2. Le bio a, me semble-t-il, bien d’autres aspects positifs, dont le premier est de moins polluer, de peu (ou nettement moins) nuire à la faune et à la flore sauvages, de ne pas détruire et ni éroder les sols, supports indispensables des cultures à venir. L’agriculture bio (surtout à petite échelle, ou bien sur parcelles avec haies) est également incomparablement plus pérenne que l’agriculture conventionnelle, entièrement dépendante du pétrole, qui manquera prochainement. Les consommateurs tirent largement profit de ces aspects positifs, et je m’étonne de ne point les retrouver dans cet article.
    Quant aux concombres, c’est étonnant que ce soit inscrit comme une affirmation, alors que cette info a été totalement démentie. De toutes façons, bio ou non, quand les aliments sont contaminés par du caca ou des eaux usées, ils deviennent dangereux.
    Il ne faudrait quand même pas oublier que l’agriculture bio a été mise en place non pas pour la santé humaine, mais pour celle de l’environnement!

    • karmai

      Bien sur qu’il y a d’autres aspects aux produits biologiques. Je m’interroge ici à la motivation santé individuelle et sur le fait que ces produits n’auraient probablement pas le succès qu’ils ont si les gens ne pensaient pas souvent à leur propre santé en les achetant. En dehors de ça, je suis moi-même consommateur de produits bio et suis très convaincu des effets bénéfiques au niveau agricole.

  3. Pingback: surlebio | Pearltrees

  4. Bien évidemment que les produits bios sont meilleurs pour la santé ! Les produits phytos utilisés en conventionnel tuent les champignons, les plantes, les insectes, les faunes aquatiques, donnent le cancer aux paysans qui les répandent, mais ils ne seraient pas nocifs pour ceux qui les consomment ? Excuse-moi, mais c’est ridicule.
    Ce qui fait le poison, ça serait la dose ? Dans ce cas, le round-up devrait être bon à faible dose, avoir un bon goût, ou bien pouvoir servir de médicament. Un très bon insecticide bio est le piment, qui à faible dose est un régal, plein de vitamines et d’anti-oxydants, excellent pour la santé.
    Et puis il y a autre chose, c’est la prévention plutôt que la guérison, ce à quoi tente constamment de remédier l’agriculture bio, et jamais l’agriculture conventionnelle. L’agriculture bio a pour but ultime de ne plus avoir à « soigner » ses bêtes ou ses cultures, alors que l’agriculture conventionnelle est une perpétuelle gestion de la maladie, une perpétuelle répression de la maladie ou des invasions. Lorsqu’on consomme des produits conventionnels, on bouffe des êtres malades, et des tonnes de médicaments qui ont servi pour leurs soins. Les quantités faramineuses d’antibiotiques que l’on retrouve dans la viande en sont un très bon exemple. Et je ne parle même pas des hormones de croissance, qui ont fait avancer l’âge de la puberté de nos enfants de plusieurs années, en 20ans, ou autres conneries de ce genre. Aujourd’hui nos filles ont des seins dès le CM1, alors qu’il y a 20ans ce n’était pas avant la 5°. Etc., etc..

    • karmai

      « Ce qui fait le poison, ça serait la dose ? Dans ce cas, le round-up devrait être bon à faible dose, avoir un bon goût, ou bien pouvoir servir de médicament »
      Si la dose fait effectivement le poison, la faible dose ne fait pas le médicament, ni ne développe de saveurs.
      On peut également travailler avec la prévention sans faire du bio, ça n’a pas de rapport direct. Les bios aussi ont des maladies sur leurs bêtes. Ce qui est responsable de santé précaires chez les animaux est surtout lié aux cadences élevés du productivisme.
      En ce qui concerne les pubertés précoce, les pesticides ont surement un effet mais je n’ai pas trouvé de sources pour savoir si c’était dans l’alimentation que se trouvait la source?

  5. Morgane

    ça manque de références tout ça mon bon Nicolas, dans un sens comme dans l’autre, ça mériterait un développement, il en faut plus pour convaincre. Et effectivement il ne s’agit pas de concombres mais de graines germées bio (mais ça change rien au propos)

    • karmai

      C’est justement l’inexistence d’études scientifiques prouvant que manger bio serait meilleur pour la santé qui m’empêche de sourcer plus que je ne le fais. Si c’était aussi évident que ça que le bio est bon pour la santé on aurait pu évaluer l’impact (comme on évalue sans problème l’impact négatif des excès de pesticides sur l’environnement).
      Merci pour les graines germées, je n’étais pas à la page, je change ça tout de suite.

  6. Ma grand-mère est morte récemment à l’âge de 97 ans. Elle s’est toujours bien alimentée et même si elle ne mangeait pas spécialement bio (tout de même beaucoup de légumes du jardin), je pense qu’elle a consommé son premier produit non bio à l’âge de 50 ans.
    Il y a 10-15 ans une étude (du WWF?) avait été menée sur 3 générations de femmes d’une même famille pour analyser la quantité de produits chimiques dans leurs tissus. Le résultat était édifiant : peu chez la grand-mère, beaucoup chez la petite fille.
    Alors il n’y a peut-être pas d’étude prouvant que le bio est bon pour la santé mais d’une part tous les « vieux » d’aujourd’hui ont mangé du bio durant leur enfance et c’est à l’industrie alimentaire de prouver que le non bio est inoffensif, pas le contraire.
    Sur cette base, je préfère que mes enfants soient nourris avec du bio et du non transformé, c’est un pari peu coûteux sur le long terme.

    • karmai

      L’étude en question est la suivante: http://www.panda.org/downloads/toxics/generationsx.pdf
      Le résultat est qu’on trouve plus de résidus de pesticides chez les grands-mères que les mères et les filles en fait.
      Au delà du fait que ce travail n’est absolument pas statistiquement fondé (ce que WWF admet dès l’introduction) on pourrait aussi conclure que les anciennes générations ont été beaucoup plus exposées, et exposées à des pesticides plus dangereux par manque de connaissance et de contrôle. De même, on pourrait conclure qu’alors qu’il semble qu’un très grand nombre de grands-mères vivent avec un grand nombre de résidus dans leur sang, on ne trouve pas de corrélation de cela avec une recrudescence de maladies qui pourrait leur être affilié. (ce qu’on identifie inévitablement avec les années en général, comme avec les PCB par exemple). Enfin, cette étude ne fait que constater la présence, mais ne tente à aucun moment d’en comparer la concentration par rapport à un seuil de nocivité.
      Je pense que si c’est sur cette base que tu consommes bio c’est un peu faible mais j’imagine qu’il y a d’autres motivations également. De mon côté j’achète bio également mais ce n’est pas ma santé qui en est le moteur. Sinon, le « cout » de la précaution et de la protection, indépendamment des faibles preuves de nocivité, est effectivement assez peu élevé et se tient tout à fait je trouve.

      • Merci, je pense que c’est bien de cette étude qu’il s’agissait mais j’en ai tiré des conclusions fausses (basée sur des résumés de l’époque car c’est la première fois que je vois l’étude). A noter toutefois qu’il s’agit de produits accumulables par l’organisme et que certains produits comme les retardeurs de flamme sont trouvés en plus grande quantité chez les enfants.
        On ne pourra certainement jamais le prouver, mais j’imagine mal que la présence permanente de pesticides, même dégradables, dans le corps d’individus en formation puisse être parfaitement inoffensive.
        Je relativise toutefois car notre exposition aux produits toxiques se fait également par l’air qu’on respire. les habits qu’on porte, etc., c’est tout notre environnement qui est toxique, pas seulement notre nourriture.
        Et surtout, consommer bio c’est surtout encourager une forme d’agriculture moins dommageable pour l’environnement…

  7. rahane

    « depuis que la Tv est arrivée dans les foyers et que l’image a remplacé le mot
    dans la vie quotidienne des gens, la recherche du sens est remplacée
    par des réactions de mimétisme.
    ce sont maintenant le paraitre, les rapports de force et de séduction
    qui priment sur la recherche du sens. Pour en donner une explication rapide:
    lorsque nous avons devant nous l’image d’une main nous comprenons immédiatement
    ce que cela veut dire, tandis que le mot « main » à l’écoute ou la lecture
    induit une activité différente de l’esprit où nous devons chercher le sens
    dans notre vocabulaire pour pouvoir comprendre.
    Il ren résulte une transformation du psychisme: la part du psychisme réglée
    par les images et produisant le mimétisme est renforcée et prédomine.
    cela conduit à des comportements particuliers.
    Par exemple on va dépenser pour acheter une Xième paire de chaussures
    s’additionnant aux autres dans le placard plutot que d’investir
    dans une nourriture de qualité dans le but de privilégier sa santé.
    rester en bonne santé passe après être à la dernière mode.
    La caricature de ce modèle de comportement social est donnée par la présence
    de 4X4 sur les parkings de supermarchés à bas prix. »
    le fait de faire quelquechose pour sa santé passe en moyenne au 5 ème rang des préoccupations en terme de consommation, c’est dire que le bio est un concept loin de faire un tabac…
    les gens mangent en focntion de leur porte monnaie , des habitudes de plaisir qu’on leur a inculquées très jeune dès le biberon à la vanilline de synthèse et des gouts hollywoodiens des bonbons et des trucs en boites calculés pile poil pour tromper et esclavagiser le cerveau, et ensuite de manière conceptuelle et en dernier ressort en terme de consom-acteur…
    de leur propre existence.
    il est vrai que sous l’étiquette bio on attrape le client pour lui faire payer plus cher ( mais c’est aussi le cas des produits light) plus que réellement pour promotionner le bio en lui-même. mais que voulez vous à force de rendre les gens cons ça devient dur de les manoeuvrer.
    s’il n’est pas prouvé que le bio est meilleur pour la santé c’est peut-être que le bio n’est pas assez riche pour se payer les études qu’il faut et avoir le droit de Une, ou que ceux qui font des études pour prouver que de bouffer du pesticide à gogo ça peut le faire, c’estpas grave du tout, tiennent fermement les canaux de diffusion des médias
    puisque tout est question de prix il suffit de payer pour être entendu.
    peut-être serait-il judicieux plutot que de promotionner le bio pour un réel changement de planète de valoriser les attraits du tout pesticides , alzheimer en tête de liste avant qu’ils n’oublient.

  8. Nous cherchons toujours des raisons à nos actes (manger bio ou non?) et des preuves scientifiques pour le faire (où sont les études?, demandez-vous).
    J’ incite chacun à faire en son âme et conscience ce qu’il juge bon. Quant à moi je pratique ou alors essaie de pratiquer l’agriculture naturelle, je mets l’agriculture bio et conventionnelles sur le même plan (pas de jugement de ma part ici, juste une tentative de classement) et l’agriculture naturelle sur un autre plan.
    Venez me voir au fukuokafrance.wordpress.com et je vous promets que je ne suis pas un expert.

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