De l’experience de George Van Dyne et des quelques leçons qu’on peut en tirer

196346Une des hypothèses majeures au sein de l’écologie est qu’il existe dans la Nature un état d’équilibre. C’est ainsi qu’un enjeu de premier ordre de la permaculture et de l’agro-écologie est de s’inspirer des écosystèmes naturels pour construire les agro-écosystèmes qui combleraient nos besoins en accord avec cet équilibre naturel.

Dans la seconde moitié du XX siècle, un écologiste nommé George Van Dyne, eu l’occasion de pouvoir tester à grande échelle l’hypothèse de la stabilité des écosystèmes. En utilisant les outils de la science des systèmes, il a tenté de modéliser dans son entièreté l’équilibre d’une prairie du middle west américain.

(des sous-titres français sont disponibles dans la vidéo)

Comme on peut le voir dans cette vidéo qui synthétise les travaux de Van Dyne, la nature ne semble pas être optimisée par les siècles de sélection naturelle, mais bien plutôt être en perpétuelle évolution pour s’adapter aux modifications sans fin des contraintes de sélection (le climat, les prédateurs, les aléas, etc). La question que nous devons nous poser pour tous les écologistes, n’est pas alors de savoir si la nature est stable, mais de quelle façon nous pouvons stimuler la force d’adaptation contenue dans l’évolution du vivant. Le réchauffement climatique, la raréfaction de certaines ressources clefs et autres ne sont donc pas des injonctions à retrouver un équilibre qui n’a jamais existé mais bien plutôt une invitation à inventer et à évoluer vers des formes d’organisations plus adaptées à un environnement constamment dynamique.

Cet équilibre fantasmé dans la pensée écologiste rend beaucoup d’acteurs de ce mouvement profondément réactionnaires. On a vu par exemple comment sur cette base d’un constat « évident » d’un déséquilibre écologique, d’une crise qui nécessiteraient tous les rétablissements urgents à la normale, l’écologie politique aujourd’hui fonctionne par la peur, seul moyen rapide et radical permettant pour eux d’arrêter la dégradation du présent qui mène à la catastrophe de demain par un retour à une valeur d’équilibre précédente (la nature non modifiée, moins transformée, etc).

Ainsi, si les écosystèmes ne sont pas en équilibre, postuler que mimer une fonction éco-systémique est fondamentalement plus efficace est une grave erreur. La nature n’optimise pas car, déjà, elle ne fait rien consciemment. La nature n’est que le résultat de ce qui a survécu, de ce qui s’est trouvé adapté au fil du temps. A ce titre il ne peut exister de « design » d’agro-écosystèmes qui soient basés sur des règles universelles d’organisations des écosystèmes naturels. Ecologiquement parlant, il ne peut donc exister qu’une infinité de variations de design agro-écosystémiques dont seuls les plus adaptés survivront.

En conséquence, la mise en place d’agro-écosystème est aujourd’hui fondamentalement dans l’incapacité de montrer son efficacité tant que l’environnement économique sera biaisé vis à vis d’un certain type de systèmes dits « conventionnels ». Comment même survivre lorsque l’on vit dans un environnement où d’autres exploitations reçoivent des subventions agricoles par exemple? J’ai déjà parlé ici il y a quelques temps de l’exemple des élevages en Normandie basés sur l’herbe, plus adaptés mais mis en minorité par un système déréglé qui promeut artificiellement une nutrition basée sur le soja importé du brésil et le maïs. Ce dernier système en effet, favorise plus largement les intérêts des multinationales oligopolistiques semencières comme Syngenta ou Monsanto, soutenues par des Etats qui y trouvent des sources internationales de devises par le truchement de subventions, association d’une terrible actualité mais inefficace et anti-libérale.

Une des conditions majeures de la mise en place de design agro-écosystémiques innovants est alors soumise aux contraintes politiques d’un territoire. On voit d’ailleurs clairement ce cas sur la Ferme du Petit Colibri de Richard Wallner, un des pionniers de la Permaculture en France, que c’est l’environnement politique (un élu armé de la législation) qui rend très difficile la simple mise en place d’une tentative! Dans cet exemple, on ne peut même pas savoir si son hypothèse d’organisation agro-écosystémique (son design) fonctionne car le Maire ne lui en a même pas laissé l’opportunité! D’un autre côté, les initiatives qui « marchent », comme la ferme experimentale agro-écologique de Pierre Rabhi, ne semblent fonctionner que par une situation artificielle où la survie économique tient plus par l’afflux de bénévoles et de visiteurs sous le charme de l’utopie que par ses résultats concrets (lien).

 Rabhi

Pierre Rabhi et ses « incroyables » comestibles

J’ai toujours noté avec étonnement le manque d’analyse politique dans le champs de l’agro-écologie, et c’est un peu en quoi l’expérience de Richard Wallner parait avoir échoué alors qu’à l’opposé Pierre Rabhi est devenu en France le pape de l’agro-écologie alternative. Peut-être que l’idée de l’équilibre de la Nature leur induit une confiance dans l’avenir dans le sens un peu paradoxal où ils croient que celle-ci leur donnera de toute façon raison le jour où, comme beaucoup le pensent, la civilisation s’effondrera ou sera forcée de changer par la force des choses suite à la crise écologique. Si tel est le cas, l’expérience de Van Dyne est de première importance car elle nous rappelle que la nature étant en perpétuelle évolution et modification, il n’y aura jamais de retour à l’équilibre, et cette attente salvatrice est donc vaine. C’est un peu bien sur dans cet état d’esprit qu’en 2009 j’écrivais mon faible intérêt vis à vis de la mitigation d’un inéluctable réchauffement climatique par rapport à l’élaboration d’une pensée de l’adaptation à ses éventuelles conséquences. Ainsi, et cela me semble évident en l’écrivant, il me parait donc important de rappeler qu’un design agricole ne peut pas être réussi sans la prise en compte des dimensions économiques et politiques qui l’enserrent et ne peut pas se réduire à une bonne compréhension des écosystèmes comme c’est encore trop souvent le cas. Les design sont en effet encore malheureusement trop représentés sous forme de plan aérien où le jeu consiste à disposer dans l’espace des plantes et des éléments les uns avec les autres. Les design existants en permaculture font donc encore massivement l’impasse sur la complexité du monde et se retrouvent alors prisonniers de logiques qu’ils n’ont pas vu venir. A ce titre on n’oubliera pas le travail sociologique du couple Hervieu sur les tentatives de « retour à la nature » où ils concluaient qu’ « au fond de la fôret…l’Etat« . Ce n’est pas sans rappeler que les écosystèmes en France (cultivés ou non) sont massivement quadrillés et administrés, et que même une espèce aussi emblématique du monde sauvage comme le loup est désormais pupille de la Nation

Quoi qu’il en soit, les ouvrages de Permaculture sont à peu près muets sur les contraintes économiques et politiques, et c’est très dommageable. Au final, ce manque semble condamner à moyen terme les rares initiatives à dépendre de stages et de formations comme la ferme de Pierre Rabhi, la ferme du Bec Hellouin et autres. Le blog de kristen se fait l’écho de ce manque puisqu’alors qu’il se demandait « si on pouvait vivre de la permaculture« , il était dans l’impossibilité d’y répondre par l’affirmative, et cela ne m’étonne pas tellement étant donné ce que je viens de dire. C’est un cercle assez vicieux car les initiatives vivant surtout du transfert d’information (stage, livre, etc) elles en délaissent l’efficacité qu’elles sont à peu près incapables de démontrer. Dès lors, il y a un écart assez souvent choquant entre les discours enseignés, les prétentions affichées (d’autonomie, d’autosuffisance, d’efficacité, etc) et les réalisations concrètes. Comme disait Nietzsche, il n’y a pas pire que de mal défendre une bonne idée.

21 Commentaires

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21 réponses à “De l’experience de George Van Dyne et des quelques leçons qu’on peut en tirer

  1. Revenir à un état d’équilibre hypothétique, un « paradis perdu » est peine perdue puisque sous nos latitudes, l’optimum d’évolution reste… la forêt. Bien peu intéressante pour l’homme, voire sous d’autres aspects pour la Nature en général. En multipliant les biotopes, augmentant la biodiversité, aggradant le sol, ralentissant le cycle de l’eau, le design en permaculture permet de rendre un système complexe, riche et résilient (capacité à encaisser chocs et modifications), et c’est bien le moins qu’on puisse faire : la biodiversité s’effondre et les écosystèmes sont très dégradés, ce qui grève leur capacité à s’adapter à des bouleversements qui semblent inévitables. Je mets l’Humain dedans. Voilà pour l’apport écologique, le plus important pour moi (je ne mets pas l’Humain dedans).
    Concernant l’apport économique, je suis totalement d’accord qu’on ne peux mettre sur un même niveau des agro-écosystèmes respectueux, locaux et vivriers avec la machine à gaz agro-politico-libérale. Comment vouloir vendre ses produits dans le même système qui fixe les prix des matières premières agricoles à la bourse de Chicago?
    On ne travaille pas dans la même cour, ni dans le même paradigme. Je n’ai pas la réponse, mais je pense que tant que le marché agro-alimentaire est ce qu’il est, il ne sert à rien de vouloir faire de la permaculture pour vivre de ses produits. Néanmoins, ce système ne durera pas des années, fort de ses faiblesses et peut-être à ce moment-là, il sera temps de prouver au monde qu’on peut vivre et produire en permaculture.
    D’accord aussi avec le fait que les exemples d’autonomie et de productivité sont rares… Je pense que l’adage de David Holmgren résume très bien le dilemme : « Utiliser des solutions à de petites échelles et avec patience ». Avoir une production commence par soi-même, on peut se permettre après de vendre ses surplus…

    • karmai

      Je me suis sans doute mal exprimé dans cet article. Ma conclusion n’était pas de dire qu’il était impossible d’évaluer un projet en permaculture car le cadre d’analyse actuel serait trop distordu pour pouvoir l’évaluer. Au contraire, comme le montre les liens sur l’évaluation de la ferme de Pierre Rabhi, ou encore l’étude proposée en Normandie sur des systèmes d’élevage basés sur les prairies, il est possible d’évaluer aujourd’hui des systèmes innovants et voir si oui ou non ils accomplissent leurs promesses. Force est de constater que peu d’études existent même, ce qui me laisse croire que peu de projets et de design en permaculture représentent une alternative viable. Cette absence de l’évaluation économique me semble être une lacune majeure dans l’approche du design agro-écologique qui participe au faible développement de cette approche de part le monde.

    • flyingdust

      Tu fait un travail d’une richesse incroyable avec ce blog! Je te lis avec un véritable délice!

      • karmai

        Merci, ces encouragements me font très plaisir. J’en ai besoin pour continuer🙂

      • flyingdust

        Et pourtant j’en lis des trucs! Je te trouve complet dans ton approche et varié dans tes sources d’intérêts. Ca te donne une vision globale qui tient la route, je trouve. Tu as déjà pensé à démarcher un éditeur pour éditer ton blog, t’aurais tes chances parce que ton écriture est précise, claire et que tes réflexions valent la peine (je dis ça parce que l’ordi me fait vite mal aux yeux et que pour lire je préfère franchement le support papier)🙂

      • karmai

        Je vais rougir. Je suis aussi un grand lecteur sur papier, mais mon blog a trop de sons et de vidéos pour y être couché. En plus je ne pense pas que ça intéresse réellement un éditeur, j’ai trop peu de lecteurs pour ça.

      • flyingdust

        Par rapport à l’article j’aime cette idée de chaos naturel, cette évolution ou changement permanent. Ca tient la route. N’est il pas objectivement accepté qu’un sol de forêt s’agrade ? Il n’est donc pas stable puisqu’au fur et à mesure des années les couches humifères pleines de cadavres microbiens et de tortillons de vers de terre se superposent. Lorsque je regarde nos variétés de légumes actuelles, je constate que la majorité ne viennent pas de mon pays, pourtant cette richesse d’espèces et variétale est un véritable progrès qui a poussé loin les famines et les effets des aléas climatiques sur les productions culturales. Il est utile dans une société telle que la notre qui brise constamment ces propres codes et coutumes, croyances et cultures pour expérimenter autre chose, essayer encore et encore, expérimenter des voies stériles jusqu’au boutisme, de reconnaître les effets vertueux du progrès tout en en mesurant aussi les effets pervers ( cf boris cyrulnik ) pour ne pas tomber dedans. Ex: Internet.

      • karmai

        Ce n’est même pas une question d’aimer selon moi. La nature EST chaotique, ce qui fait qu’on ne la maîtrise jamais. Donc d’accord à 100%. A ce titre, d’ailleurs, l’agriculture humaine a été une action constante de simplification pour limiter le chaos (il suffit de regarder une prairie spontanée pour voir le chaos de la nature) afin de pouvoir prédire. Cultiver dans le sens de la nature, c’est accepter de perdre contrôle, ce qui est extrêmement complexe! Il n’est pas sur qu’on y arrive un jour. A ce titre, la Permaculture a des prétentions mais est encore bien modeste par rapport à la tâche à accomplir. Le fait que ça s’appelle PERMAculture me laisse dubitatif d’ailleurs en terme de compréhension. Rien de permanent dans la nature…

  2. Je te trouve rude avec Richard Wallner. Qui aurait pu prévoir une rivalité et une vengeance mesquine au possible d’un représentant de l’état local ? Peut être qu’il a mal géré ses rapports avec le maire, je n’en sais rien, mais qu’aurait-il pu prévoir à l’avance dans son design ?

    Pour l’économie et les juridictions dans les livres de permaculture, je ne sais pas ce qu’il pourrait y avoir, c’est tellement local (de l’ordre du quartier des fois). Par contre Mollison excelle aussi dans l’intégration de ces domaines (http://www.southampton.ac.uk/~doctom/teaching/permaculture/PDC/15-millionaires.html). Une petite liste des points juridiques à voir lors de la phase d’analyse est traduite ici : http://www.permaculture.eu.org/blog/2012/05/points-danalyse-et-devaluation-du-lieu/ . Pour mon cas, l’aspect juridique compte encore peu. Mais pour une ferme ça peut compter plus, et encore ça dépend du domaine (genre pour les arbres fourragers ça ne doit pas avoir d’impacts).

    Pour tester des systèmes agro-écologiques, comment peut on faire ? C’est tellement compliqué, et les solutions permaculturelles sont souvent si profondes que les résultats sont difficiles à chiffrer ou à attribuer à une action quelconque. Surtout que beaucoup de processus ne sont pas (encore?) industrialisable. Par exemple si un agricultueur veut planter des caragana pour nourrir ses poules, il devra surement faire germer les graines lui même. Ca ne rentre pas trop dans le schema agricole actuel, ou il faudrait limite qu’il existe un accessoire de tracteur pour planter les caraganas comme des poireaux. (remarque c’est peut être adaptable).

    Même pour ceux qui auraient l’idée saugrenue d’élever des animaux en plei air, et pire de les nourrir avec des fruits, il faut encore que soient faites des bonnes sélections fruitières (de muriers ou plaqueminiers par ex) pour étaler la production, qu’elles soient disponibles, et si possibles en plants déjà prêts, et si possible par chers ce qui veut dire une grosse production donc une grosse demande, etc, etc, etc … On en est encore au stade des pionniers je crois

    • karmai

      Bien sur que ce n’est pas la faute de Richard. Je ne dis pas qu’il pouvait tout prévoir, et je suis le premier à m’indigner sur sa situation injuste. Mais les blocages politiques et économiques, ça existe, et répondent à des logiques aussi. Elles sont parfois locales bien sures, mais je pense qu’on peut tout de même utiliser un certain nombre de règles et formuler un certain nombre de déductions pour éviter des problèmes.

      Par exemple, un design en permaculture ne recommande à peu près jamais une consultation d’acteurs environnants pour connaitre leur points de vue sur l’élaboration d’un tel projet. Les « y’a qu’à faut que » sont toujours facile à dire donc je ne blâme pas du tout Richard, mais ça aurait peut-être pu lui permetttre d’identfier ce verrou grâce au discours des gens, voir même du maire lui-même qui sait. De même sur le champs économique, Richard n’a pas de visibilité sur ses éventuels couts de production, ce qui est un peu dommage quand on cherche à vivre d’une activité. Ce n’est pas de la faute de Richard mais celle de la Permaculture, qui sous-estime ces paramètres qui se révèlent pourtant de la première importance. Ton lien sur les points d’analyse et d’évaluation d’un lieu me semble typique. L’essentiel des points concerne ce qui peut être aménagé et n’aborde pas le champs de l’économie et de la politique.

      • Hum, je vois ton point de vue.

        Pour moi il y a une confusion souvent faite sur la permaculture, par des gens qui disent que la permaculture s’applique à tout, que ça peut te servir à mettre ton caleçon, aménager ta cuisine, réévaluer les relations avec les autres, etc, etc.

        Il y a bien une « philsophie » permaculture, une façon de penser, une boite à outil … qui peuvent servir un peu ailleurs, mais il y a des outils/démarches plus performants que la permaculture dans pas mal de domaine. La permaculture offre de vagues lignes pour les relations humaines (coopération, aikido vs karaté), mais si je veux améliorer mes relations, je vais me tourner plutôt vers la communication non violente ou d’autres choses que vers la permaculture. Pareil si je fais ma maison, la perma va m’aider dans son rapport au paysage, mais je vais plutôt me touner vers le bioclimatisme, l’architecture, etc pour le gros du projet. Pour booster la créativité d’une boite, j’appelle un spécialiste du lateral thinking plutot qu’un permaculteur.

        Là où la permaculture excelle pour moi, son domaine d’application, c’est l’écologie appliquée à une démarche d’auto-satisfaction des besoins d’un groupe de personnes. Il faut bien sûr intégrer la juridiction et l’économie (ceux qui sont passés en force avec des yourtes sont là pour nous le rappeler), mais ces domaines sont marginaux dans ce contexte là (d’ou la relative pauvreté que tu soulignes dans ‘ma’ liste, qui est centrée sur les personne installant une foret comestible dans leur jardin).

        Pour monter une ferme, la permaculture peut grandement aider à améliorer l’efficacité énergétique, la balance écologique, etc, mais ne peut prétendre être le seul outil pour mener la ferme à la réussite. Certains autres cadres semblent plus pertinents, comme l’Holistic Management par exemple.

  3. Tlaloc

    « Comme on peut le voir dans cette vidéo qui synthétise les travaux de Van Dyne, la nature ne semble pas être optimisée par les siècles de sélection naturelle, mais bien plutôt être en perpétuelle évolution […] »
    Je ne m’avancerais pas à tirer des conclusions générales aussi rapidement suite aux résultats donnés par un modèle, celui de Van Dyne. On peut toujours récolter un nombre incroyable de données pour bien paramétrer un modèle, rien ne dit que l’on a choisit la bonne structure pour décrire la réalité écologique (concrètement, les bonnes équations) ni même qu’elle peut « bien » être décrite mathématiquement (cf les débats sur la modélisation en économie, par ex). Un modèle, surtout en écologie, est toujours imparfait. Je serais notamment curieux de savoir comment le compartiment sol à été modélisé, sachant qu’on est encore très loin aujourd’hui d’en avoir décrit la plupart de ses espèces ou d’avoir identifié la majorité des mécanismes à l’œuvre, donc je n’imagine pas à l’époque (sans parler des capacités de calcul des machines d’il y a 20 ans). Impossible d’être d’exhaustif, donc.
    Pour moi, cette question de la stabilité/instabilité des écosystèmes est loin d’être tranchée. Si on veut y répondre en toute généralité par une approche théorique (type modélisation), il faudrait faire appel à des matheux ou à des physiciens et chercher des théorème puissants qui permettraient de conclure en fonction de propriétés globales des réseaux d’interactions. Mais le domaine d’étude des systèmes complexes est à naissant et, comme son nom l’indique, s’attaque à des problèmes complexes.
    Pour certains écosystèmes « simples », on a au contraire justement la preuve que la présence de végétation peut, via des boucles de rétroactions, réellement les stabiliser et faire émerger des structure auto-organisées. Un exemple remarquable est celui de la fameuse « brousse tigrée » (http://goo.gl/maps/X7ybG), où la présence de végétation à un endroit favorise l’infiltration de l’eau en cas de pluie, ce qui à son tour favorise l’implantation de la végétation localement… mais la défavorise à plus longue distance et fait donc émerger des structures spatiales caractéristiques, stables dans le temps si le terrain est plat.
    De toute façon, les écologues parlent aujourd’hui plutôt d’« équilibres dynamiques » pour décrire la persistance de certains systèmes naturels, bien conscients que les choses sont rarement figées. De plus, la notion de stabilité ne doit qu’être évoquée relativement à certaines échelles spatiale et temporelle : une forêt apparait stable à l’échelle du territoire, mais localement tout arbre de la canopée meurt un jour, laissant les jeunes pousses se battre pour la recolonisation de la trouée…
    Bref, il est certain qu’il ne faut pas idéaliser la stabilité des écosystèmes naturels (contrairement à ce que font beaucoup de permaculteurs en énonçant des grands principes universels), mais il ne faut pas non plus nier que ceux-ci possèdent une certaine capacité à s’auto-organiser, s’auto-réguler et à persister dans le temps (au moins de manière dynamique), comme en témoignent le maintient et l’accumulation jusqu’à nos jours d’une incroyable diversité du vivant.

    • karmai

      A ce que j’en ai vu (c’est à dire pas grand chose), le sol est modélisé par un compartiment « litter » qui n’est donc qu’un sous-système puits pour la matière organique et les minéraux. Il ne semble pas avoir modéliser l’écosystème du sol. Toutefois, je ne crois pas que cela remette en cause l’impasse de l’hypothèse de Van Dyne.

      Je suis entièrement d’accord avec ton commentaire. Comme en physique, je pense que pour les écosystèmes il existe des équilibres stables et des équilibres instables. Encore plus, dans le temps, certains équilibres stables peuvent devenir instables. La notion d’échelle, que tu rappelles, a elle aussi toute sa pertinence pour modérer une vision trop simpliste des éco-systèmes.

      Ce qu’il y a de difficile dans la complexité du vivant, c’est sa longévité malgré une nature finalement fondamentalement chaotique (peu d’espèces par exemple ont des millions d’années d’existence et la diversité qui nait semble infinie). C’est de cette instabilité là dont je parle, et il me semble à ce titre assez illusoire de s’inquiéter de la modification des caractéristiques de Gaïa (réchauffement climatique, disparition d’espèces) étant donné sa vaste capacité passée à s’adapter aux aléas. L’impossibilité à l’exhaustivité dans le projet de comprendre la nature rend complexe l’idée de pouvoir instrumentaliser la force des éco-systèmes à notre profit.

      Histoire à suivre… Pour voir les détails de Van Dyne, il y a ce livre : http://books.google.fr/books/about/Grasslands_Systems_Analysis_and_Man.html?id=Suw8AAAAIAAJ&redir_esc=y

  4. rahane

    c’est un gag? cette modélisation par G van dyne?
    comment un individu peut -il penser pouvoir modéliser une prairie?
    aurions nous en tant qu’humanité atteint le point d’omniscience susceptible de modéliser un truc aussi complexe dont ça se trouve nous ignorons quasi tout, notre degré de connaissance de la chose ne s’évaluant que par rapport à notre niveau d’ignorance précédent.
    quant à prouver quoi que ce soit à partir de là…
    revenons à nos délires/moutons
    évaluer la permaculture sur un plan économique
    bonne idée, mais selon quels critères économiques, ceux de l’économie actuelle? ils sont défaillants nous marchons sur l’eau.
    la seule certitude est que nous sommes au bout d’un modèle et faute de l’émergence d’un nouveau bien clairement énoncé nous persistons dans celui ci tenu artificiellement en survie.
    la permaculture doit -elle être jugée à l’aune d’une rentabilité économique?
    ou celle déjà bien plus évaluable du niveau de maintien d’accroissement ou de stabilité d’une certaine fertilité?
    ne mélangeons pas tout
    si cultiver se fait pour nourrir l’humanité sans jamais évaluer non pas la rentabilité en terme de quota de production et d’impact marchand mais la dégragation des sols, le réel bilan énergétique du recours aux machines et aux engrais de toute façon l’évaluation est faussée du départ
    et le simple constat du  » ça marche » ne préjuge en rien du comment de la durabilité du phénomène et de la possibilité de sa traduction en terme économique dans un système dont rien ne dit non plus qu’il soit concordant.
    nous sommes devant plusieurs murs au fond d’une pluri impasse
    impasse énergétique, impasse agronomique impasse démographique impasse économique
    vouloir faire concorder les impasses pour tourner encore en rond n’amènera nulle part de façon certaine.
    donc sortir des sentiers battus quitte à passer pour rebelle à l’ordre établi est la seule option sans garantie de résultat.
    on ne saura qu’après si c’était une bonne idée.
    la recherche d’un équilibre de la nature est une vue de l’esprit qui raisonne en élément fixes alors que tout est mouvant, l’équilibre de la nature est par essence instable ce qui ne signifie pas inexistant
    cf le taoisme( ça ne date pas d’hier…)
    les systèmes agronomiques des temps plus anciens concordaient plus ou moins avec des systèmes économiques et démographiques ayant chacun des verrous de régulations
    or nous sommes actuellement en dérégulation économique avant d’être en dérégulation écologique qui n’en est que la conséquence et encore selon un point de vue très anthropocentrique .
    point de vue qui n’envisage jamais sa propre destruction voulue ou induite comme résolution du problème si problème il y a bien.
    pour ce qui est des évaluations de différentes procédures il en existe:
    les belges ont par exemple soumis à étude l’utilisation du BRF pour jauger de sa rentabilité économique et des procédures pour l’utiliser à bon escient et se pose la question dans une formulation très lucide de trouver des solutions de rechange sous 10 ans à la fin annoncée du pétrole facile des importations de guano et la nécessité de maintien d’un niveau de rendement agronomique de cout raisonnable et de faisabilité.
    donc oui il y a des gens qui réfléchissent au sujet oui il font des évaluations intéressantes des nouveautés amenées dans le sillage de la permaculture. je retrouve les réf et les place ci dessous:
    Projet subventionné par
    le Ministère de la Région Wallonne Direction Générale de l’Agriculture Direction de l’Espace Rural
    Dossier n° 2768/1 datant de juin 2006 à propos de l’intégration du BRF dans l’agriculture wallonne
    donnant lieu au lancement de la filière jugée économiquement viable et intéressante et en pleine évolution
    en france s’il ya des études elles restent dans les couloirs de la science ou des connaisseurs alors que les belges rendent tous leurs travaux et mise en question publique
    donc si vous cherchez une évaluation économique des process de permaculture butte BRF utilisation des chaumes paillages etc allez donc voir chez nos amis belges , les études sont en cours .

  5. Damien

    Quand on lit le début de l’article on pourrait croire que la sixième extinction n’est pas en train d’avoir lieu et que les écologistes on tort de vouloir changer ça?????

    • karmai

      Qu’est-ce qui dans mon article vous fait croire ça?

      • Damien

        l' »équilibre fantasmé »

      • karmai

        L’idée qu’il n’y a pas d’équilibre stable dans la Nature ne me semble pas contredire quoi que ce soit sur le rythme d’extinction des espèces.

      • Damien

        Certe. Disons que l’espèce humaine accélère l’anthropie et que telle une colonie de souris tombant sur un silo à grain nous pululons à la différence que nous somme tombé sur le pétrole. Je trouve légitime de vouloir changer ça même si je suis persuadé que nous sommes incapable d’être collectivement raisonnable. Je trouve légitime de vouloir trouver un « équilibre stable » où la nature puisse continuer à trouver sont « non-équilibre » (puisque ce n’est effectivement pas un équilibre) et nous qui puissions être raisonnable et ne pas épuiser les ressources et la biodiversité de cette planète. Il y’a bien une sorte d’équilibre (mais ce n’est qu’un avis).

  6. FABRETTI gUY

    Guy
    bonjour à tous
    beau débat!
    l’approche scientifique est des plus complexes et la permaculture qui se veut l’approche d’un système complet, « holistique » ne sont pas incompatibles.
    Pour l’instant, le doute sur le résultat est permis: quoi de plus normal pour une approche systémique qui n’est pas encore cinquantenaire: la relativité au temps ( le temps humain encore plus) est fondamentale dans l’analyse des résultats.
    L’approche formative actuelle est fondée sur quelques principes et quelques expériences de certains devenus  » nos penseurs » mais elle est encore largement discutable et ne doit pas faire illusion sur la survie économique de quelques formateurs patentés, ou de lieux  » référence » en core loin du compte…et surfant sur une « inflammation’ du système de formation qui me parait peu crédible à terme. Certes on peut poursuivre cette sensibilisation pour une prise de conscience améliorée et étendue mais comme dit Steve, cela ne suffit pas.
    il me parait donc fondamental que la formation et le conseil s’appuie sur une démarche expérimentale et bien plus formalisée qu »elle ne l’est aujourd’hui et la création de stations expérimentales multiples et variées sera de nature à renforcer la crédibilité du système permaculturel actuel.

    Notre ministre de l’agriculture parie sur l’agro écologie; soit ! soyons en mesure de faire des propositions intelligentes et judicieuses pour faire évoluer un système que tout le monde condamne mais qui fait manger tout le monde!
    la nature fait preuve d’une résilience de tous les instants: on peut les caractériser par ce déséquilibre / équilibre permanent qui donne son caractère dynamique à l’évolution.
    About du rouleau,notre système actuel fera preuve de résilience ( pourquoi pas lui aussi?) et si nos propositions, nos actions et nos résultats globaux ne démontrent pas leur pertinence agroécologique, sociale et économique, la permaculture n’aura été qu’un épiphénomène . Pour cela, il est donc nécessaire de s’atteler à cette expérimentation, à ma mise en place d’indicateurs globaux et spécifiques, de procéder à des évaluations crédibles et indépendantes: bref construire une dynamique susceptible de prendre le relais d’une autre qui s’essouffle dans une rupture certes mais acceptable pour tous et faisant consensus.
    Cela passe donc inévitablement par une approche politique au sens noble du terme et c’est là que je voulais en venir.
    la permaculture est peut être une avancée dans le temps mais le temps de l’homme impose l’humilité, le doute comme l’enthousiasme et la passion de faire toujours mieux pour notre terre, pour les autres et pour soi-même pour conquérir et mériter le respect de la vie.

    .

    • karmai

      « l’approche scientifique est des plus complexes et la permaculture qui se veut l’approche d’un système complet, « holistique » ne sont pas incompatibles »

      Tout à fait. Il faut d’ailleurs souligner le travail du bec Hellouin avec des chercheurs de l’INRA afin d’évaluer leur système estampillé « permaculture » au niveau économique. Les travaux ont commencé récemment et permettront de jeter un premier regard rigoureux sur une initiative. Je me ferais l’écho de leurs conclusions le jour où elles seront disponibles au public.

      Affaire à suivre.

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