Théo Jansen ou l’art de jouer au Créateur

La nature comme modèle a le vent en poupe. L’idée de la mimer, que ce soit pour copier les écosystèmes où les fonctions optimisées dans la nature, porte une promesse énorme, celle de faire efficacement et durablement. Toutefois, Theo Jansen ne cherche pas à copier la nature, il veut donner la vie de manière indépendante. Théo est un Dieu bienveillant, qui veut rendre ses créatures autonomes. Sa démarche nous amène au sein d’un laboratoire étonnant, celui d’un apprenti au statut de créateur. Théo n’est pourtant pas éternel, car contrairement à ce que son prénom pourrait laisser croire, un jour il mourra. Il laissera peut-être derrière lui, si ses efforts sont couronnés de succès, quelques bêtes étranges et fantastiques qui marcheront apparemment sans but sur les plages de Hollande au gré des vents et des marées. Mais sans notre aide, le moindre élément aléatoire les condamnera à une mort certaine. Une patte brisée, un prédateur artistique, une tempête un peu vive en c’en sera fini de l’autonomie de ces créatures.

TheoJansen

Théo Jansen est une magnifique source de contemplation. Un peu arrogant au premier abord cette envie de se prendre pour Dieu l’ingénieur de la vie. Mais le personnage au contraire est des plus humble. Il joue. Si Dieu existe, seule la figure du joueur pourrait excuser les effroyables injustices de sa création. Théo Jansen lui aussi crée des animaux, mais il ne leur offre pas la justice ni la paix, ni le bonheur, même si au fond de lui il pourrait le leur souhaiter. Il prend plaisir à imaginer ses créations ne plus dépendre de lui, comme tout parent raisonnablement constitué. Theo pense qu’on peut être plus efficace que l’évolution grâce à un ordinateur. Ce que la nature met cent mille ans à sélectionner, son ordinateur et lui l’identifient en quelques mois. Jouer, c’est le plaisir d’explorer le champs infini des possibles dans un univers qui ne porte pas à conséquence. Le meilleur terrain de jeu? La plage bien sur, le lieu des jeux d’enfants au contact des éléments simples, l’eau, le sable, le soleil et le vent. Alors il imagine puis construit des animaux extraordinaires, et tente de leur donner la vie. La mobilité d’abord, une alimentation énergétique, un circuit d’information enfin. Avec l’énergie d’un seul homme, c’est un nouvel arbre évolutionniste qui se déploie au fur et à mesure de ses trouvailles.

AnimarisUmerus

Il n’y a pas de fin. L’évolution est permanente, la sélection laisse peu de place à ce qui ne fonctionne pas. Il faut écarter sans pitié ce qui doit rejoindre le monde des fossiles en tubes. Je l’imagine regarder ses premieres créations avec ce regard affectif mais un peu condescendant que l’on a pour ces espèces disparues qu’on ne regrette pas vraiment tant on se dit que c’est un miracle qu’elles aient déjà eu leur temps sur Terre. Nous aussi un jour nous serons une étape sur cette course en avant vers l’adaptation, mais ça, c’est une autre histoire.

TheoJansen2

Théo Jansen est à la vie 2.0 ce que Le Corbusier a été à l’architecture, l’inventeur d’un nouveau langage universel. Un élément de base: le tuyau électrique, produit industriel et bon marché, malléable à souhait. L’invention poétique des machines à vivre, les strandbeests de Jansen, est de celles qui marqueront cette quête de beaucoup d’hommes à devenir Dieu, faute d’un Dieu réellement existant. Même si de son vivant il n’atteindra peut-être pas son objectif, il aura créé dans ce champ une sorte d’alphabet universel de la mécanique de cette nouvelle forme de vie. Si Le Corbusier nous donne les clefs du Lego architectural, Jansen nous offre un aperçu du Meccano d’une vie façonnée par les humains. Un alphabet simple potentiellement appropriable par n’importe qui, pourquoi pas imprimable chez soi ou dans son Fab Lab local?

TheoAlphabet

De cette création pourrait naître une symbiose entre l’homme et cette nouvelle forme de vie. Symbiose, car celle-ci pourrait nous rendre des services, elle par contre, ne pourrait pas prospérer sans l’assistance des hommes, comme tous nos animaux domestiques. C’est cette promesse poétique qui est la plus importante, au delà de son réalisme ou non, celle de jouer avec les matériaux pour en explorer la diversité. Jouons tant qu’il en est encore temps, car demain, fini de jouer, la biochimie rattrape la physique.

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Classé dans Art, Eco-Hacking, Humour

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