Izaura contre la ville moche et morte

Izaura - Septembre 2013 - RennesUn peu partout dans Rennes, les rues se sont couvertes d’un nouveau journal, IZAURA, sous titré il se passe des choses bizarres à Rennes… Ce journal nous renseigne de faits qui seraient non relayés dans les médias traditionnels avec une agréable ironie et un anarchisme qui fleur bon dans cette ville endormie. Principale ligne éditoriale de ce journal: la politique d’urbanisme Rennaise et les actes de sabotages qui viendraient la remettre en question, notamment par la destruction d’engins de chantiers sur le site du symbolique immeuble de Jean Nouvel actuellement en construction. (cliquez sur l’image pour lire ce journal)

Je ne cacherais pas mon admiration devant cette publication qui me fait penser aux tracts de Nabe publiés dans les rues de Paris de 2006 à 2009. La rue a une place particulière en France et l’illégalité de cet affichage va souvent de paire avec une liberté de ton qui permet de dire tout haut ce que ceux qui nous informe tairont. Quand la société civile, cette contre-démocratie dont j’ai déjà parlé ailleurs, ne trouve pas de relais dans les médias de masse et que la libre expression artistique, humoristique et journalistique se doit de vivre à la marge, dans les recoins moches des murs grisâtre, dans l’exil d’un bus sur le périph’ ou placardé à la hussarde sur les murs comme au XIX siècle, c’est selon moi le symptôme d’une société qui bout de l’intérieur et qui menace d’imploser.

Ici, le second numéro de cet apériodique mural rennais ne cache pas son désarroi devant « le bétonnage programmé par Rennes Métropole ». Il se réjouit donc subtilement des sabotages qui auraient eu lieu sur le chantier du symbolique immeuble consacré Jean Nouvel (Amen) et note innocemment à quel point il est aisé pour tout un chacun de gêner l’avancement de travaux qui pourtant se drapent toujours de la plus haute respectabilité et du sceau de l’inéluctable utilité.

L’arbre, le maire et la médiathèque – Eric Rohmer

Je m’étais déjà fait l’écho de ce désarroi également. Que ce soit la disparition en force de jardins familiaux, l’éloge fumeux des tours ou encore la ville malade de flux et de modernité, ce ne sont pas les exemples qui manquent, à Rennes comme ailleurs. La réalité aujourd’hui est que le citoyen est dépossédé de sa ville, il est le spectateur d’espaces urbains qu’il traverse de manière plus ou moins hallucinée. La possibilité de se sentir co-contructeur et co-propriétaire de sa ville, ce que devrait créer toute République digne de ce nom, est impossible. Les collectivités territoriales n’incluent pas les citoyens qui, pourtant, sont ceux qui vont devoir subir les espaces urbains imaginés. Tout au mieux, pour que ça soit « respectueux », ils sont consultés sur le marginal pour ignorer leur point de vue sur l’essentiel, maigre consolation. Ces mêmes élus sont alors souvent les premiers à regretter le « repli sur soi » et promeuvent un « lien social » dont ils observent le déclin, sans comprendre que leurs politiques d’urbanisme en sont souvent les premiers sapeurs.

Le terme sabotage vient du XIX quand certains ouvriers mettaient des sabots dans les rouages d’une machine pour enrayer l’inéluctabilité d’une cadence de travail infernale. Y-a-t-il aujourd’hui une légitimité au sabotage parce qu’il enrayerait la logique de l’urbanisme actuel? Mon avis est que le problème est ailleurs. Il ne s’agit pas de légitimer, car les auteurs présumés de ces destructions savent eux-mêmes qu’il n’est pas question de faire de cette méthode une norme. Non, c’est le questionnement qu’implique le sabotage qui est légitime, et pas le sabotage lui-même, il est important de ne pas confondre. De cette question légitime émerge selon moi une conclusion fondamentale qui est celle de redonner le pouvoir aux citoyens, notamment par une démocratie locale plus directe. Les citoyens d’une ville devraient pouvoir avoir prise sur l’urbanisme des espaces au sein desquels ils sont amenés à vivre.

Je préfère conclure en image, preuve visuelle des dommages des politiques publiques, par deux séries photographiques. La première est issue d’un livre extrêmement intéressant sur La ville franchisée  de David Mangin et mis en photos ici par Thierry Ardouin qui montre cette banlieue moche fait de routes et de centres commerciaux. La seconde série est tirée de la revue de bonne tenue, Place publique, qui publie le photo reportage de Marc Loyon sur l’urbanisme Rennais et le quartier de La Courrouze actuellement en construction à Rennes.


Au delà de tout cela, Izaura vous invite à lui faire savoir toutes les histoires bizarres de dégradations et d’informations non relayées dont vous auriez eu vent à l’adresse suivante  : izaura@riseup.net

4 Commentaires

Classé dans Bretagne, Démocratie, Politique, Urbanisme

4 réponses à “Izaura contre la ville moche et morte

  1. Lyre

    j’aime pas trop le sabotage, c’est mon côté amour de l’ordre public tout ça mais enfin mon Dieu oui y en a marre des villes moches! Moi qui suis du Sud, c’est tellement triste de voir tous ces endroits magnifiques hideusement défigurés, pour moi la plaine du Var c’est l’exemple type, pire que le Mordor : des ZI, ZA et autres Z, des pizzerias, des villas moches, des barres hideuses, un crématorium et une route dangereuse parsemée de bouquets commémoratifs. En tout cas ça me fait penser à ça http://fr.ulule.com/petit-paris/ qui a l’air marrant.

    • karmai

      C’est comme je dis dans l’article, il ne s’agit pas de dire, le sabotage c’est bien, mais de montrer que l’idée du sabotage mais le doigt là où il y a à réfléchir. L’idéal serait que les gens se prennent en main sans le sabotage, mais cela se passe-t-il alors? Je n’ai pas la réponse.
      Quoi qu’il en soit, la question qui a servi à motiver le sabotage est légitime elle, et ton experience, comme la mienne, la confirme également.
      Sinon merci pour le lien sur le petit paris, j’aime beaucoup le ton et l’humour. Je vais surement aller financer ça de ce pas🙂
      Bises

  2. Oui, une publication éphémère mais réjouissante… On y croirait !

  3. Roger

    Marrant mais ca me fait pense au bouquin de Christophe Paviot, « la guerre civile est déclarée »…. les allumes feux surtout. Si on ajoute la cocotte minute pleine d »éxcréments » de ce matin près du local EDF, les sabotages sont en plein essor🙂

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