Les médias manipulent des OGMs

LesmédiassuivantlesfaucheursLes OGMs passionnent parce qu’ils cristallisent plusieurs problématiques clefs de notre époque. Pourtant, les dangers sur la santé, les écosystèmes et les sociétés qu’on leurs prête souvent ne sont pas avérés scientifiquement. Malgré cela, l’opinion publique reste plus que jamais opposée aux OGMs. Comment expliquer ce décalage majeur entre l’état de la connaissance scientifique et le discours médiatique anxiogène? Le cas des OGMs permet de visualiser les mécanismes fondamentaux qui diffusent une information non pas pour sa véracité mais pour son attrait spectaculaire. Il est alors salutaire pour notre système politique d’organiser un contre pouvoir pour limiter les abus des médias. Les formes à lui donner reste un débat majeur à conduire au XXI siècle.

La science et les OGMs

Je voulais dans un premier temps faire le point sur les OGMs. Assez rapidement, mes recherches m’ont tout de suite amené à noter que l’écrasante majorité des études scientifiques réalisées sur les OGMs concluent qu’il n’existe pas de risques majeurs pour la santé et l’environnement à leur utilisation. C’est, par exemple, le résultat de la compilation de plus de 1700 articles scientifiques regroupés en Septembre dernier par l’équipe d’Alessandro Nicolia. Dans un premier temps, je ne pouvais comprendre cet écart entre la somme du travail des scientifiques et la communication médiatique grand public faite au sujet des OGMs. Rien que l’année dernière, de grands médias français se faisaient l’écho de l’étude de Gilles-Eric Séralini sur les OGMs nous montrant des rats nourris aux OGMs avec des tumeurs comme des balles de ping pong, de quoi être impressionné. Cette étude venait se rajouter, par exemple, au travail journalistique de Marie-Monique Robin sur « Le monde selon Monsanto » qui dressait un horizon angoissant sur le développement des OGMs dans le monde. Je me suis donc penché sur l’étude de Séralini qui, tout de même, semblait avoir convaincu les médias qui avaient titrés assez clairement la conclusion que les OGMs étaient risqués pour la santé humaine.

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A la lecture de la publication de Séralini, on observe un certain nombre de difficultés expérimentales. Le Haut Conseil sur les Biotechnologies (HCB) souligne parfaitement les nombreuses lacunes dans son avis, dont notamment les erreurs importantes sur le traitement statistique des groupes de rats testés. Cela se rajoute à l’article de Declan Butler publié dans la revue Nature qui, lui aussi, renvoyait le chercheur Caennais à ses chères études. L’avis de la communauté scientifique fait consensus autour de la faiblesse du travail de ce chercheur. 

Pourquoi alors ce décalage entre l’insipide démentis et les tonitruantes alarmes angoissantes? A la lecture d’autres controverses entourant les OGMs, le même scénario se répète : Grand bruits sur le scandale, silence sur le démenti scientifique. En disant cela, je pense par exemple à cette étude sur les papillons monarques ou à l’affaire Pusztai sur la pomme de terre OGM. Il en va aussi, par exemple, de cette augmentation de suicides de producteurs indiens de coton OGM, relayés activement ici et là. Pourtant, cette angoissante information activement diffusée n’est pas confirmée. Encore plus, une étude réalisée en 2008 par Guillaime Gruère de l’IFPRI (Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires) démontre, statistiques à l’appui, que le développement des OGMs n’est pas corrélé avec le taux de suicide chez les paysans indiens.

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On voit en effet assez aisément sur ce graphe que le problème préexiste à l’apparition des OGMs en Inde et qu’en plus le nombre de suicides ne semble pas relié aux cultures OGMs. Ce types de conclusions provoque assez généralement une levée de boucliers importante contre celui qui les prononce qui se trouve alors mécaniquement être un vendu à Monsanto. Ici il ne sera pas question de cette multinationale en particulier car j’ai déjà traité ailleurs des dommages significatifs du capitalisme de connivence au sein duquel se trouve les grands oligopoles mondiaux, dont Monsanto n’est qu’un exemple parmi de nombreux autres. Au delà de cette remarque, et donc à moins de démontrer qu’il existe un complot mondial regroupant des milliers de scientifiques corrompus et pieds et mains liés aux intérêts de Monsanto et des autres multinationales, il est nécessaire de se poser la question du hiatus entre les résultats scientifiques et l’avis majoritaire de l’opinion public opposé aux OGMs.

Oui, les médias sont des poisons

Le véritable problème des OGMs ne semble pas se situer au niveau de la technique elle-même, plutôt couronnée de succès de part le monde du fait de l’augmentation des rendements et de la réduction d’utilisation de pesticides, mais bien dans le traitement médiatique qui est fait de cette technologie. De fait, le discours catastrophiste et technophobe est aujourd’hui sureprésenté dans les médias comparativement aux avis scientifiques. Seuls les chercheurs conscients des enjeux de la médiatisation arrivent à tirer leur épingle du jeu. C’est le cas d’un Gilles-Eric Seralini dont la dernière publication en 2012 s’est accompagnée d’un plan com’ hallucinant et inhabituel pour un résultat scientifique qui a consisté en la publication coordonnée de la une du nouvel observateur visible ci-dessus, de son livre « tous cobayes » et d’un documentaire éponyme. Tout cela, bien préparé à l’avance, avant même d’avoir passé l’étape de contre vérification par la communauté scientifique. Ce qui, on l’a vu, aurait été une bonne idée étant donné la faiblesse de son travail.

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Par Benjamin Boré

Comme la viabilité économique d’un média est conditionnée à la captation de l’attention du spectateur et finalement peu à la satisfaction et la qualité de l’information reçue par lui, il est clair que les messages anxiogènes et catastrophistes atteignent excellemment bien cet objectif de mobilisation des cerveaux disponibles. La peur, et un certain nombre d’autres sentiments pulsionnels, envahissent les écrans comme moyens de capter l’attention. Je me suis déjà fait l’écho sur ce blog de la compétence particulière des télécologistes pour tirer parti de cette peur pour capter un spectateur et/ou un électeur. Il n’est donc pas très étonnant que les discours anxiogènes soient préférés au niveau des médias et que les écologistes obscurantistes et leur discours angoissant y soient omniprésents. Cette distorsion de l’information qui privilégie le ragot et/ou le fait divers croustillant à la vérité, pose bien évidemment problème, et cela bien au delà de la polémique récurrente sur les OGMs. Les médias étant la principale source d’information dans nos démocraties modernes. La critique des médias et la création d’un contre pouvoir devrait être un enjeu majeur pour tout effort d’approfondissement démocratique.

L’autisme scientifique

Ce hiatus entre médias et scientifiques est alimenté par le fossé profond qui sépare la communauté des chercheurs et le grand public. Comme le rappel Bruno Latour, anthropologue des sciences, il y a tout d’abord l’idée que la recherche devrait être séparée de la société au nom du fait que la découverte de la vérité se doit d’être protégée des passions sociales, de la politique et des idéologies qui pourraient la corrompre. D’un autre côté, en conséquence d’un certain nombre de dommages graves imputés au développement de la techno-science (Bombe A, vache folle, etc), la société cherche à se protéger de la science. En résultat de quoi, il existe une défiance mutuelle entre les chercheurs et les citoyens. L’idée de progrès et la crédibilité de ceux qui l’alimentent semble s’éroder de jour en jour.

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 Oppenheimer – Philippe Haltman – 1958

Cette crise de confiance est aussi une chance car elle oblige les chercheurs à s’ouvrir au monde, en arrêtant de s’imaginer hors de lui et comme une élite d’Hommes, seuls à même de pouvoir sortir de la caverne platonicienne des fausses représentations pour contempler les idées pures des vérités universelles. Dans un monde atteint de désinformation et de maljournalisme il y a un besoin très fort de scientifiques en première ligne des télévisions et des radios afin de rétablir un débat public serein et sain sur les questions de la techno-science et du progrès. Le travail remarquable d’un Jean-Claude Ameisen doit à ce titre être noté. Ainsi, si les scientifiques ont, comme on l’a vu, une part de responsabilité dans cette propagande qui se diffuse, le problème principal reste fondamentalement le système des médias, intermédiaire incontournable entre les cortex des scientifiques et les amygdales des citoyens.

La critique des médias

Si le cas des OGMs sur le traitement de l’information n’est pas isolé, le problème des médias est angoissant. En effet, par soucis de captation de l’attention et de survie économique, ceux qui vivent des médias privilégient le spectaculaire sur la vérité.  En faisant ainsi, ils perpétuent des représentations mentales erronées et provoquent par là-même des évènements qui vont leur servir à capter l’attention de nouveau. Par exemple, les communications angoissantes sur les OGMs génèrent des peurs qui provoquent des évènements radicaux à médiatiser, légitimant ainsi la peur initiale.

On peut donc le voir ici, la critique des médias est un des enjeux majeurs du XXI siècle. Ils sont un pouvoir autonome qui n’est contrôlé par aucun autre. Comme la religion autrefois, les médias sont incontournables et ne s’auto-critiquent pas. Ils organisent également le spectacle de leur puissance, comme ces publics qu’on fait artificiellement rire ou applaudir à tout rompre pour un oui ou un non. Chaque journal est une paroisse et chaque bouquet satellite une cathédrale qui s’ignore.

Une critique en France prend sa source dans l’oeuvre du sociologue Pierre Bourdieu, qui a inspiré le combat d’un Serge Halimi ou d’un Pierre Carles. L’idée de ce sociologue est que les médias constituent un champ social particulier qui cherche à entretenir sa domination. Celle-ci s’obtiendrait notamment par une connivence de classe avec les puissances d’argent et politique. Dans cette analyse, les médias sont des faiseurs de roi car ils n’ont pas de contre pouvoir et peuvent ainsi choisir qui sera élu. Ce que tend à démontrer le documentaire Dsk, Hollande et les autres réalisé par les acolytes de Pierre Carles. Toutefois, cette analyse ne semble pas tenir avec les OGMs car ceux qui les défendent ont du pouvoir (la multinationale Monsanto par exemple) alors que les médias sont opposés aux OGMs.

Une vision plus ancienne du pouvoir permet peut-être d’y voir plus clair. Montesquieu dans De l’esprit des lois réfléchit à la séparation du pouvoir et écrit deux choses :

montesquieu“Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir”

“Si dans l’intérieur d’un État vous n’entendez le bruit d’aucun conflit, vous pouvez être sûr que la liberté n’y est pas”

On comprend donc aisément que les médias, en se faisant l’écho des conflits qui traversent la société sont un agent indispensable à la liberté des citoyens (« il est normal que les OGMs ne fassent pas l’unanimité et qu’ils puissent être mis en question »). Mais d’un autre côté, la tâche de se faire l’écho des choses et des évènements octroie un pouvoir sans limite sur les représentations des citoyens qui ne rencontre pas de contre pouvoir (« Les médias donne quasi systématiquement une représentation erronée des OGMs sans que cela ne rencontre la moindre opposition »). Ainsi, les rapports sociaux qui se nouent dans les institutions médiatiques sont ceux qui génèrent les représentations et on ne voit pas en quoi ceux-ci seraient particulièrement concernés par le soucis de vérité. En effet, la survie économique d’un média n’est pas conditionné à la qualité de son information mais à la captation de l’attention d’un spectateur.

Dès lors, si les médias jugent la qualité d’une information surtout pour son pouvoir spectaculaire sur l’auditeur, c’est un cirque médiatique et non de l’information qui est proposé aux citoyens. En conséquence de quoi, si l’on suit Montesquieu, la création d’un contre pouvoir aux médias est nécessaire à la bonne marche des médias. Mais alors, comment créer celui-ci sans toucher à la liberté de la presse? Et quelle forme peut-il prendre? Ce sont des questions fondamentales à résoudre. On ne sortira pas de l’obscurantisme et du catastrophisme sans y répondre.

Pour aller plus loin et finir, je peux vous conseiller le site d’Acrimed qui s’est spécialisé dans la critique de gauche des médias. Dans le même courant de pensé on trouve également le travail de Pierre Carles sur des documentaires (Pas vu pas pris, Enfin pris, etc). Dans un genre recherché et subtil on regardera avec grand plaisir le travail de Marcel Ophuls sur Veillées d’Armes sur l’information spectacle. Moins à conseiller de mon point de vue, mais existant aussi, la critique des médias faites par les nationalistes sur le site Polémia.

Vis à vis de la science, on ne citera jamais assez le travail exceptionnel de Jean-Claude Ameisen dans son émission Sur les épaules de Darwin. Le travail remarquable du blog Passeur de sciences est également tout à fait à souligner. En espérant que ces quelques pistes aident à construire le contre-pouvoir de demain.

24 Commentaires

Classé dans Agriculture, Alimentation, Démocratie, Politique, Santé

24 réponses à “Les médias manipulent des OGMs

  1. avitry

    Bonjour,
    Peut être accordez-vous trop de crédit aux revues scientifique. Les moyens et méthodes communément admises ont elles aussi de nombreuses limites.
    Le cadre scientifique a besoin d’évoluer, pour permettre un renouveau de l’objectivité, à la lumière de l’avancée des connaissances. Par exemple , comprendre la relation (purement hypothétique) entre une pratique agricole, la baisse de la teneur en sélénium et une déficience de la synthèse de la vitamine D chez l’homme est possible aujourd’hui, plus qu’il y a 20 ans.
    Ce genre de relations est toujours quasi impossible avec la façon dont nous appréhendons les données scientifiques. Regardez les données de composition alimentaire de l’afssa (anses). Comment peut ont sérieusement déclarer la composition d’un saumon en ayant examiné 3 échantillons potentiellement issus d’un même lot de poisson, à la même saison ? La démarche de quantification est peut être scientifique, mais sur un plan plus large, c’est absolument insensé: quel saumon, quel élevage, quelle période ? Comment justifier que les composés toxiques ne fassent pas partie des relevés ? Et c’est pourtant bien ces données qui déterminent aujourd’hui le menu à la cantine de mon enfant….
    Je me souviens lorsque je travaillais chez Motorola, nous avions une formation pour nous exposer la position de la compagnie sur les ondes électromagnétiques. D’un millier d’études revues selon les règles, un petit génie, PhD en poche en conservait 12 après avoir discrédité à peu près tout ce qui représentait une position contraire aux intérêts financiers de la compagnie. La science, comme les media a un manque certain d’humilité. De la à discréditer le travail de plusieurs centaines d’équipes veut soit dire que la plupart des chercheurs sont incompétents, soit que les journaux scientifiques ne valent plus grand choses, ou valent autant que le mauvais journalisme.
    Je me souviens aussi de travaux en phylogénétique ou j’ai participé et ou le choix de l’approche statistique utilisée (et validée par les pairs) permettait d’obtenir une conclusion ou son contraire.
    Il me semble aujourd’hui qu’une très grande humilité est nécessaire, et ça ce n’est pas le fort des médias.
    Etrangement j’ai plus confiance de qui va venir des data miners (à la Google) que des labos.
    Cela dit en ce qui concerne les OGM, je doute qu’aucune entreprise ne maîtrise les risques d’hybridation sauvage tel qu’il y en a déjà, et le nombre d’erreurs scientifiques ayant aboutis au bouleversement d’écosystèmes est trop longue pour être rapportée dans une réponse sur un blog…

    J’apprécie vos messages, et celui ci conforte cette intuition que seul l’incarnation d’une alternative sereine à ce qui est en place est un réel facteur de changement, et que le changement lui même, pour être non violent et durable ne peut être l’objet d’une démarche directe et volontaire.

    Merci,
    Alain

  2. krakoum

    ah bon?? Durant les premières années ogm, on a effectivement moins épandu de pesticides. Puis les herbes sont devenues résistantes – la nature réagit à cette aberration – et on assiste en toute logique à un bond énorme (24% selon l’étude du chercheur Benbrook) d’épandage d’herbicides exfoliants hypertoxiques pour pouvoir récolter sans ces satanées « mauvaises herbes ». Un GROS progrès scientifique, effectivement…

    • karmai

      L’étude Benbrook a ses défauts, notamment sur les projections d’utilisation de pesticides (http://weedcontrolfreaks.com/2012/10/do-genetically-engineered-crops-really-increase-herbicide-use/) et il ne parle pas de la moindre utilisation de pesticide par unité de production qui représente donc à ce niveau une amélioration (http://www.bigpictureagriculture.com/2012/10/an-evaluation-of-benbrooks-pesticide-use-study-super-weeds.html).
      Une fois ces remarques faites, je dois dire que la durabilité du système agricole actuel est bien évidemment à discuter et à dépasser, et mon blog se fait largement l’écho de cela. La résistance des herbes non désirées, plus liés à la monoculture qu’aux OGM per se, est un des éléments d’une faible durabilité du modèle agricole actuel, on est tout à fait d’accord.
      Le fil de mon article est de constater que les OGMs ne sont pas une panacée mais ils ne sont pas non plus une technique maléfique. Ce que je questionne surtout, c’est le fait que les médias relaient quasi systématiquement cette dernière vision, et cela en omettant la réalité des enjeux scientifiques, moins spectaculaires, autour des OGMs.

  3. jardinux

    J’ai généralement beaucoup de plaisir à lire vos articles, mais là…
    On ne doit pas avoir les même médias à notre disposition.
    Pour l’étude de Gilles-Eric Séralini, on en a effectivement pas mal entendu parlé, mais j’ai beaucoup plus entendu de choses essayant maladroitement de discréditer cette étude que le contraire.
    De plus je n’ai rarement entendu dans les médias parler des différents procès des faucheurs volontaires, ni des essais de l’inra pour faire des arbres OGM.

    Les médias racontent plus ce qui leur rapportera du pognon que la vérité, ça je suis tout à fait d’accord. Par contre les scientifiques qui font de la recherche pour la gloire et non pour l’industrie, je le suis beaucoup moins. Et s’ils font de la recherche pour l’industrie, je vois mal comment ils pourraient ensuite être objectivement critiques envers ladite industrie.
    La science doit être au service de l’homme et non l’inverse. Il faut écouter Jacques Testart à ce sujet.

    Les OGM permettent de mettre moins de pesticides dans les champs? Je ne comprend pas… Les OGM actuellement créé le sont soit pour être résistant aux dit pesticides, donc c’est bien pour pouvoir en épendre, soit pour en produire eux même, donc on ne les épend plus ça fait baisser les stats, mais le produit est quand même dans la nature…
    Et même en oubliant les pesticides qu’est ce que c’est que ces histoires de mettre un brevet sur du vivant? C’est la première fois en quelques millénaires qu’on ne peut plus prendre des graines et les semer d’année en année sans rendre des comptes, et de l’argent, à quelqu’un.

    On pourrait aussi parler de la recherche publique, l’inra, qui finance des recherches sur les OGM, ou sur tout autre variété non génétiquement modifié, pour ensuite donner ces variété à des entreprises privées afin qu’elles puissent les commercialiser.

    Enfin bref je ne vois pas trop comment défendre les OGM tel qu’ils sont utilisés actuellement par l’industrigie agro-alimentaire. Du coup, si effectivement les médias manipulent les OGM en ce sens (ce que je n’ai pas réellement constaté) et bien que je ne porte pas les médias dans mon coeur, je ne vais pas leur taper dessus pour ça, pour une fois qu’ils vont dans un sens acceptable.

    • karmai

      Le fait que vous ayez entendu dans les médias plus « de choses essayant maladroitement de discréditer cette étude que le contraire » confirme mon propos qui est que les médias sont très silencieux sur les démentis. Quand aux procès des faucheurs ils sont en général peu spectaculaires et intéressent beaucoup moins que des actions médiatiques comme des fauchages ou la sortie de prison de José Bové.

      Tous les scientifiques ne font pas de la recherche pour l’industrie! C’est une vision tout de même très particulière de la science que vous proposez. Dois-je conclure, et discréditer puisque c’est votre proposition, que Séralini travaille pour l’industrie sous prétexte que son étude à été financée par des supermarchés?

      L’intention de certains OGMs est en effet l’utilisation de moins de pesticides. C’est ce qui fait un des intérets économique de leur utilisation pour les agriculteurs. Soit en étant tolérant à un pesticide, et il y a alors moins besoin d’application pour éliminer les mauvaises herbes, soit en produisant un pesticide dans la plante (il n’y a alors plus besoin d’application). Pour le petit rappel qui a son importance, les OGMs « BT », qui produisent un pesticide donc, produisent une molécule « naturelle » qui est massivement utilisée dans les fermes biologiques depuis des décennies. Donc ce n’est pas non plus le pire pesticide de synthèse que la terre ait porté vous le reconnaitrez.

      Pour le brevetage du vivant, j’avoue ne pas comprendre la spécificité des OGMs sur cette question. Celui-ci existe bien avant les OGMs et n’est pas absolument pas spécifique à celui-ci. Les semenciers par exemple, produisent des variétés hybrides depuis des décennies et les agriculteurs payent des royalties pour pouvoir les utiliser et les réutiliser. De même pour les entreprises qui sélectionnent les meilleures semences animales. Si vous passez 10 ans de votre vie à sélectionner une variété particulière de plante, il me semble naturel que vous en soyez rémunéré, à moins que vous ne préfériez travailler gratuitement.

      Bref, l’idée ici n’est pas de défendre les OGMs (je ne suis moi même ni actionnaire de Monsanto, ni vendeur de semence, ni quoi que ce soit de relié aux OGMs) mais de prendre acte d’un décalage entre la société et les scientifiques par l’intermédiaire des médias et d’en chercher les conséquences. J’aurais très bien pu trouver que les OGMs sont bien plus nocifs que ce je ne pensais et j’en aurais alors tiré des conclusions différentes, mais en l’occurrence c’est l’inverse que j’ai découvert. A vous de me démontrer en quoi ce que je dis ici serait erroné, je suis preneur.

  4. Flyingdust

    Commençons par une question fondamentale: OGM désigne t’il ce qu’il est? CPB me semble mieux définir de quoi il s’agit exactement. Clone pesicide breveté. Clone car les graines vendues proviennent d’une même graine reproduite des centaines de millions de fois (ou bien je me trompe?). Ca c’est le plus inquiétant dans l’histoire. Que les pesticides qui produisent la plante soient bénins pour l’homme, ok. Les risques de mutations avec d’autres plantes, passons… Mais bafouer la règle la plus élémentaire qui à permit à n’importe quelle espèce vivante de s’adapter aux variations écosystémiques, à savoir la DIVERSITE (opposition totale au clonage), c’est aller droit dans le mur. L’europe résiste aux ogms parce que malgré tout elle doute de son modèle agricole et adopter les ogm, c’est l’assurance de continuer encore longtemps dans le même sens (monocultures intensives et dépendances aux intrants).
    Allez, tu peux me le dire, t’as reçu un cachet?🙂

    • karmai

      Je reprend ton terme CPB pour voir si tu as raison. Les OGMs sont des clones, c’est vrai, mais pas plus que les variétés hybrides utilisées de par le monde. L’utilisation de clones au niveau végétal ne date pas d’hier et a permis de grandes avancées d’un point de vue agronomique. Il a bien sur amené son lot de problèmes du fait de cette forme de standardisation. Je ne m’étend pas ici, je suis un partisan de la biodiversité et on tombe d’accord sans problème sur la résilience des systèmes complexes en opposition aux systèmes simplifiés. Tout ce que je voulais dire c’est que ce n’est pas spécifique aux OGMs.
      Tous les OGMs ne sont pas basés sur un principe autour d’un pesticide, même si c’est effectivement la majorité. En cela je trouve dommage que les seuls OGMs développés le soient car justement il manque d’alternative aux OGMs des grandes multinationales. J’ose affirmer qu’il est possible d’imaginer des OGMs écologiques. (là je vais prendre cher) Je l’affirme car pour moi la transgénèse n’est qu’une technique et comme toute technique elle est neutre et ses conséquences dépendent de qui l’utilise et dans quelle intention.
      Breveté, en effet, et où se situe le problème pour toi? Là encore, d’autres plantes non OGMs sont brevetés, je ne vois pas le problème spécifique aux OGMs.
      L’un dans l’autre, je pense que tu auras saisi que je ne partage pas trop ta définition des OGMs. La correction qui me semble adaptée par contre, c’est que je devrais parler de PGM (Plantes Génétiquement Modifiées) plutôt qu’OGMs qui est bien plus large, et dispose d’utilisation techniques qui ne font pas débat.
      Ce qui me touche aussi, c’est que mon article s’intéresse finalement plutôt aux médias qu’aux OGMs qui sont pour moi juste révélateur de leur toute puissance sur nos représentations. Le fait que je sois là à parler des OGMs plutôt que des médias me laisse songeur.

      • flyingdust

        « Le fait que je sois là à parler des OGMs plutôt que des médias me laisse songeur. » Dans ce type d’affaires, les médias sont les vecteurs de ce que veulent les gens, de ce qui fait de l’audimat ou vendre du torchon. Du bon gros sensationnel.La majorité des européens semblent contre les OGM, ce qui fera plus vendre sera donc des articles anti avec si possible images chocs.
        Maintenant je suis plutôt satisfait que les gens soient contre même si comme tu le dis c’est dommage de se priver ,par le jeu double de médias opportunistes et de lecteurs avides de sensationnel, d’un panel d’études couvrant tout le spectre (effets bénéfiques, négatifs) ogm.
        Les OGM sont obligatoires pour perdurer dans notre modèle agricole dominant. Ils sont tout à fait dispensable dans un modèle permaculturel remplis d’arbres, de faune, ou on réintègre la lignine au sol au lieu de la brûler,… De plus ces techniques continuent d’entretenir la dépendance de l’agriculteur à des intermédiaires qui continuerons à profiter d’eux (pourquoi changeraient t’ils?). Et l’homme est un loup pour l’homme, l’histoire le prouve à de TRES nombreuses reprises.
        Voilà pourquoi je me réjoui de cette diabolisation des ogm, ou les gens mettent un frein à des technologies qu’ils ne comprennent plus, qui les dépassent.

  5. Je m’excuse en passant, je n’avais pas lu ton article jusqu’au bout, du coup une partie de mon message fait un peu doublon🙂
    Si on est d’accord sur le terme clone alors on sera sans doute d’accord de dire que le terme est fallacieux. Et utiliser un terme fallacieux est à double tranchant: il peut berner les gens en beauté ou déclencher une solide levée de bouclier, ce qui semble ici être le cas.
    Un terme plus exact alors serait Clones Végétaux génétiquements modifiés (ce terme déjà plus précis ne mentionnent pas les croisements interspéciques et même inter-règnes, mais passons).
    Tu te remémores sans doute très bien de l’affaire Dolly et du lever de boucliers dans l’opinion populaire.
    Sans doute, dès lors pas question de mettre le mot clone, il faut trouver un terme moins inquiétant, qui renvoi davantage à un passé rassurant (puisque objectivement notre espèce y a survécu, au passé, puisque nous sommes là, au présent :-))
    Comment dès lors avoir un débat serein sur une technologie qui revêt un terme tronqué? Très difficile de comprendre une problématique établie sur des mots inexacts (la politique l’a compris depuis belle lurette).
    Et on peut remonter aux hybrides F1, en effet, qui sont aussi des clones non? Ce qui serait aussi une supercherie puisque le terme qui est essentiel, n’est pas mentionné dans l’intitulé.
    L’époque rejette le mot clone, il fait trop peur.
    A la science de faire preuve de psychologie pour comprendre l’origine de cette peur, et comment la dépasser si elle s’avère infondée.
    Utiliser des termes tronqués, racourcis, est la pire des méthodes pour contourner les peurs et n’inspire qu’une méfiance plus grande encore à tous ceux qui ont compris, ou entendu (nuance nuance…:-)) la supercherie.

    Ps: désolé de m’intéresser encore une fois davantage à la thématique ogm que celle des médias, c’est simplement que l’une m’intéresse beaucoup plus que l’autre.
    Moi je suis surpris que tu ne trouves pas cette omission volontaire d’un terme à caractère effrayant comme une manipulation mesquine et inacceptable.

    • karmai

      Etant donné que les clones végétaux existent depuis longtemps je ne vois pourquoi ce serait tronqué de ne pas le mentionner. Le bouturage par exemple, vieux comme le monde, se base sur le principe de faire émerger un clone de la plante parente. Comme beaucoup de botanistes, ce clonage végétal étant à peu près banal, je crois qu’il n’y a aucune mauvaise intention à ne pas le mentionner, c’est juste que c’est l’évidence pour conserver les caractéristiques d’une plante.
      Que le mot clone fasse peur, tu as tout à fait raison, et surement à juste titre car les dérives éthiques sur les êtres humains sont théoriquement importantes. Par exemple le film « The Island ». La réalité est bien en deçà en terme de risques bien heureusement.
      Pour conclure, on n’utilise pas le mot clone pour caractériser les OGMs non pas parce qu’il fait peur, mais parce qu’il serait inadapté de les appeler ainsi du fait de la banalité du clonage végétal. Sinon, on sera obligé d’appeler clones toutes les plantes vendues à Ikea…

      • flyingdust

        La graine est une des rares formes qui permet d’obtenir la plus grande diversité génétique entre les végétaux. Le bouturage me semble différent du clonage, simplement parce que chaque nouvelle bouture fait travailler ses épigènes (ma théorie) pour s’adapter aux variations de son environnement, le caractère génétique évolue donc malgré tout avec le temps (mais bien moins fort qu’avec la reproduction sexuée). En bouturage une partie meurt souvent d’ailleurs, les plus adaptées survivent. Il y a donc aussi sélection naturelle. Ce n’est évidemment pas la panacée, c’est pour ça qu’il est conseiller de ne pas utiliser que le bouturage comme voie de multiplication, au risque de créer un terreau favorables à des attaques cryptogamiques ou bactériologiques foudroyantes.
        Donc pour moi bouturer n’est pas cloner, et n’a jamais été utilisé comme unique méthode. Utiliser des graines clonées (et j’englobe les f1 dedans donc) représente un réel danger pour notre souveraineté alimentaire.
        Standardiser le vivant est une impasse.

      • karmai

        Je ne connais pas cette théorie de l’épigène, je suis curieux de l’entendre. Quoi qu’il en soit, un clone est tout à fait capable d’exprimer différemment son génome en fonction de l’environnement. Ca se voit assez facilement avec des jumeaux par exemple qui finissent par évoluer de manière assez différente avec des experiences différentes.
        Sinon, je signe et je confirme, le bouturage est du clonage pur et simple et le fait qu’une partie puisse mourir ne contredit en rien le fait que le morceau de bouture qui vit a le même génome que la plante parente dont il provient. Le clonage est présent naturellement dans la nature, même chez les animaux, par exemple chez les fourmis (http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/04/16/une-espece-de-fourmi-se-passe-des-males-pour-se-reproduire_1181775_3244.html).
        Le clonage n’est pas une impasse (la preuve on l’utilise depuis des millénaires) contrairement à ce que tu dis. Par contre, là où tu as raison, c’est que la reproduction asexuée ne favorise pas la diversité et la résilience des populations créées, par contre elles sont efficaces car elles ne mobilisent pas d’énergie pour la couteuse reproduction sexuée (tu sais les boîtes de nuit et les sites de rencontres ^^). Je crois que pour des plantes alimentaires qui sont vouées à être mangées de toute façon, le clonage a plutôt rendu des services. On voit bien toutefois le besoin de mettre de la diversité si le monde devient fortement instable. Pour l’instant ce n’est pas encore la catastrophe mais ça n’enlève rien à la validité de se préparer dans l’éventualité où.

  6. flyingdust

    L’épigénétique c’est une théorie disant que le le mode d’expression du génome va avoir un impact sur le caractère génétique de la génération suivante. En gros, tu boutures deux branches de groseillers chacune dans un microclimat différent, le génome va s’exprimer différement, comme tu dis. Ensuite quand chaque plante est devenu un beau gros groseiller de quatre cinq ans, tu reprends une branche de chaque et tu les reboutures: le caractère génétique aura évolué par l’expression diverse du génome, c’est l’épigénétique.
    C’est pour moi la très grande différence avec le clonage de graines.

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  8. sherpa

    Bonjour;

    Il me semble que vous minimisez le fait que la technique OGM est le stéréotype ultime de la standardisation du vivant. C’est également un problème majeur d’appropriation du vivant par quelques multinationales. Sans génie génétique, difficile de justifier les lois sur la brevetabilité des plantes. Bien évidement, les médias ont de gros défaut et ils ont besoins de sensationnel. Il apparaît donc bien plus difficile de les intéresser sur d’autres sujet.

    Concrètement, je vous rejoint sur la disproportion entre risque sanitaire réel et affiché dans les médias. Mais avec cette technique il y a d’autres risques.

    Concernant l’épigénétique, il a été prouvé que certains arbres très anciens n’avaient pas le même génome dans toutes les parties de leur houppier. Il n’y a donc pas simplement expression différente des gènes, mais aussi parfois modification du génome. Pour les plantes le génome n’est pas aussi stable que pour les animaux. Il me parait néanmoins peu réaliste de voir apparaître ce genre de mutations en quelques années. Il est donc probable qu’il y a une évolution des espèces même par reproduction asexué. Par contre la vitesse dévolution est probablement beaucoup plus longue que pour la reproduction sexué.

    • karmai

      En fait je ne minimise rien car la standardisation du vivant n’est pas mon problème ici. Je n’en parle pas parce que c’est hors sujet tout simplement.
      Comme je le dis également dans l’article, mon problème ici ne sont pas non plus les dérives des oligopoles mondiaux (ce qu’on appelle par facilité multinationale), qui sont certes un problème réel, mais que j’ai traité ailleurs (le problème est déjà suffisamment complexe pour ne pas tout mélanger).

      Désolé de vous dire ça comme ça, mais votre paragraphe sur l’épigénétique est très confus. La présence de génomes différents dans un même organisme est une banalité du vivant. De la même façon, l’évolution des espèces par reproduction asexuée est tout à fait triviale.En plus, je ne vois même pas ce que vous concluez de votre intervention sur l’épigénétique qui, rappelons-le, n’a rien à voir avec l’article que j’ai écris.

      En tout cas, je suis ravi de savoir que vous êtes d’accord avec l’écart entre risque réel des OGMs et communication médiatique à ce sujet. C’était le point principal de mon article.

      • sherpa

        Le fait de vouloir scinder un problème aussi complexe et globale c’est ce qui pour moi minimise le problème. Le problème commerciale et le problème technique sont interdépendants. En effet, contrairement aux autres techniques de sélections elle ne sont accessible qu’à des organisations très riches.

        Pour ce qui est de l’épigénétique, je ne réagissais pas à votre article, mais à des commentaires postés avant le mien. Vous avez écrit :
        « Sinon, je signe et je confirme, le bouturage est du clonage pur et simple et le fait qu’une partie puisse mourir ne contredit en rien le fait que le morceau de bouture qui vit a le même génome que la plante parente dont il provient.  »
        C’est vrai la plus part du temps. Mais probablement pas toujours, une bouture pourrait avoir un génome différent de la plante parente.

      • karmai

        Je ne « scinde » rien. Je dis simplement que je traite une facette du problème (mes articles sont déjà suffisamment long comme ça ^^), à savoir le lien entre OGM et médiatisation. Mon article n’interroge pas les OGMs par rapport à leur commercialisation où à des problèmes techniques. Les OGMs alimentent certainement des inégalités entre ceux qui peuvent se les payer et ceux qui ne le peuvent pas, mais là encore, ce n’est pas l’objet de l’article.

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  11. jpp

    bonjour,
    j ai lu attentivement vos article ce qui me dérange dans les OGM c’est leur utilité réel.En faite je m’interroge car c’est les gens ont peur des maladie vache folle , grippe aviaire ect. La nature trouve toujours un moyen de nous rappelez humblement que nous somme des simple homo sapiens.
    Pour les média enfaite la France l’Europe accuse u retard sur les ogm et l’agriculture est subventionner. Il y a des crises de surproduction, les ogm appauvris l’ agriculteur et met en danger l’autonomie alimentaire de la France. certes ce la a été dis plus haut mais la sciences au service de l homme pas le contraire

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