L’agriculture post-moderne

Sans titreUn article récent réalisé dans le cadre du projet Biobio s’est attaché à observer les différences de représentations de « la biodiversité » chez des agriculteurs européens (France, Italie et Hongrie), bio et conventionnel. Une des conclusions principales est que les représentations sociales et éthiques sont mentionnées par tous les agriculteurs. Ce premier point est déjà intéressant car on aurait pu supposer un rapport uniquement utilitaire des agriculteurs conventionnels. Toutefois, les représentations sociales et éthiques sur la biodiversité sont placés en priorité par les agriculteurs bio par rapport à leurs collègues conventionnels qui mettent d’abord en avant le rapport utilitaire.

Cela traduit je crois une différence très profonde entre ces deux mondes mentaux. Les auteurs relatent également que si les considérations culturelles et morales sont très souvent mentionnées, elles différent beaucoup en nature. Là où des agriculteurs conventionnels trouvent un terrain d’entente aisé par les logiques utilitaires et économiques, il serait bien plus compliqué de trouver un terrain d’entente commun à ceux qui mettent leurs valeurs en avant en premier. Je crois que ça participe d’une petite révolution mentale qui est en train de s’épanouir sous nos yeux. C’est le projet de la modernité né en France qui s’érode pour laisser place à la complexité.

En effet, on fait souvent naître, et moi le premier, la modernité avec Descartes et sa magnifique inspiration :

Frans_Hals_-_Portret_van_René_Descartes« Mais, sitôt que j’ai eu acquis quelques notions générales touchant la physique, et que, commençant à les éprouver en diverses difficultés particulières, j’ai remarqué jusques où elles peuvent conduire, et combien elles diffèrent des principes dont on s’est servi jusques à présent, j’ai cru que je ne pouvois les tenir cachées sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer autant qu’il est en nous le bien général de tous les hommes: car elles m’ont fait voir qu’il est possible de parvenir à des connoissances qui soient fort utiles à la vie; et qu’au lieu de cette philosophie spéculative qu’on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connoissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux, et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connoissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n’est pas seulement à désirer pour l’invention d’une infinité d’artifices, qui feroient qu’on jouiroit sans aucune peine des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s’y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie; car même l’esprit dépend si fort du tempérament et de la disposition des organes du corps, que, s’il est possibles de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu’ils n’ont été jusques ici, je crois que c’est dans la médecine qu’on doit le chercher. »

— René Descartes, Discours de la méthode, texte établi par Victor Cousin, Levrault, 1824, tome I, sixième partie.

La modernité se caractérise par cet utilitarisme humaniste. La méthode proposée par Descartes a bouleversé dans la continuité le rapport que les européens entretenaient avec la nature. Le Dieu judéo-chrétien ayant, sous une autre forme, mis à notre disposition cette nature :

imagesGenèse 1.28  Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.

Genèse 1.29  Et Dieu dit: Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et portant de la semence: ce sera votre nourriture.

Genèse 1.30  Et à tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui se meut sur la terre, ayant en soi un souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Et cela fut ainsi.

Genèse 1.31  Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour.

Ainsi la modernité réinterprète cette relation Homme-Nature pour la rendre compatible avec un processus technique et scientifique (l’artisanat comme référence d’une connaissance utile). Face à la forte aléatoirité d’une nature diablement complexe, les premières avancées techniques et scientifiques volent de succès en succès en couplant les invariants du monde (lois physiques) avec une simplification de la nature pour y appliquer ces connaissances. Au fil de la modernité, l’injonction à dominer (Dieu ordonne aux humains d’ordonner au monde) se fait de plus en plus forte, dans un effet d’entrainement certain. Le pouvoir politique, celui qui exerce le pouvoir sur les sujets, utilise son autorité pour simplifier le réel et ainsi mieux le soumettre à la technique et aux sciences. De cette simplification, il obtient plus de pouvoir, par sa capacité à nourrir les hommes, les vêtir, les soigner, etc. Un progrès indéniable pour l’être humain.

Vers la fin du XX siècle pourtant, cette hypothèse semble s’effriter. C’est le résultat conjugué de nombreux phénomènes qui vont de la fin de la domination occidentale à l’apparition de ratés majeurs dans la maîtrise de la nature anthropisée. La mondialisation vient mettre de nombreuses valeurs en contact les unes avec les autres, de plus en plus on condamne l’arrogance occidentale d’hier, jadis sûr de son savoir car sûr de sa puissance. La modernité a toujours fonctionné dans un rapport temporel progressiste. Demain sera mieux qu’hier, et c’est aujourd’hui que ça se passe. Mais petit à petit, la modernité n’a plus de futur. Dans ce nouveau contexte de modernité chancelante, il est impossible de regarder dans le passé au nom du progrès, mais l’avenir lui, reste fondamentalement bouché. Le progrès semble en panne. En fait, le progrès n’est pas en panne, c’est son moteur même qui n’existe plus. Les actions de contrôle autoritaire sur les éléments ne montrent plus leurs fruits. Accentuer la pression de domination sur les éléments accélèrent la dégradation de la situation.

Dans ce contexte naît un mouvement de critique de la modernité, sur ce constat d’une impasse philosophique assez fondamentale. Un renversement se met progressivement en place car il faut conserver l’utilitarisme en oubliant le contrôle. Mais la perte de contrôle est loin d’être évidente, parce que la gestion technique dispose désormais d’une tradition séculaire. Oublier le contrôle, c’est retourner au tout début de l’histoire, quand Dieu nous intime l’ordre de contrôler (excusez du peu). C’est pourquoi, aller au delà de la modernité consiste à regarder Dieu le père en face et lui dire qu’on désire faire autrement. Il y a divers moyens d’y arriver. Une manière de faire consiste par exemple à « déifier » une nature qui aurait sa raison propre , un principe supérieur de l’univers qui est capable d’ordonner le réel sans notre intervention. Cette hypothèse s’établit notamment avec l’essor de la cybernétique et que James Lovelock a magnifiquement illustré dans son livre Hypothèse Gaïa. Le feedback négatif n’étant jamais loin de la némésis grecque finalement.

Mais on voit bien toute la difficulté du moment. Remettre en cause la modernité, c’est regarder Dieu, c’est à dire interroger notre rapport individuel et parfois collectif avec le sens de l’existence. Dans cette catégorie métaphysique, il n’y a pas de vérité scientifique possible. Les valeurs éthiques des uns et des autres ne peuvent être mises en compétition pour en ressortir UNE vision triomphante. De même, pour beaucoup d’être humains, il n’existe même pas de dialogue possible avec le sens de l’existence puisque cette catégorie est déjà bien définie par le cadre d’une religion. Le moment post-moderne ne peut connaître que deux issues. Soit une réaction forte vers les valeurs culturelles et éthiques du passé, afin de restaurer un moment où la crise de la post-modernité n’existait pas, et c’est bien tout l’enjeu de la réaction actuelle que l’on voit fleurir un peu partout dans le monde occidental. Soit, admettre qu’il va falloir faire co-exister les valeurs des uns et des autres et qu’un nouveau continent de créativité y réside. Vaste dilemme dont les récents événements me laissent penser qu’ils pencheront malheureusement plus vers la première attitude…glups. Orientation compréhensible tant la co-existence des valeurs est également un puissant acide contre les identités qui se cherchent dans la complexité du monde.

Mais pour revenir à l’agriculture, on constate donc tout cela dans ce travail sur les représentations mentionné plus haut. Les agriculteurs qui mettent leur représentation du monde avant les impératifs de la modernité sont post-modernes. On voit très clairement cette attitude différente chez des groupes d’agriculteurs qui questionnent et inventent les processus. J’ai été cité quelque fois par exemple dans un forum sur les techniques culturales simplifiées et c’est très plaisant de voir tout ces agriculteurs explorer, chercher, expérimenter des solutions, échanger des avis et des tuyaux sur telle ou telle façon de faire. Pour travailler actuellement dans un centre de recherche, je dois dire que cette activité des agriculteurs, hors du contrôle des grandes institutions scientifiques me semble représenter ce que je pense être capable d’accomplir une agriculture post-moderne. C’est à dire, une réflexion continue, une expérimentation peu dogmatique et très horizontale, capable d’adaptation, privilégiant le réseau à la hiérarchie. C’était l’exemple de Marcin Jakubowsky et ses machines agricoles open source également, sur lequel j’ai déjà écris. Pour cela, il faut accepter l’incertitude et, corollaire de cela, embrasser le fait qu’on va se planter, qu’on va avancer par les erreurs.

Pour faire tout cela, il faut donc accepter de « perdre contrôle », ce qui veut dire concrètement que ceux qui ont le pouvoir le lâche. En philosophie politique et en pratique, il est assez clair que ceux qui détiennent le pouvoir ne l’abandonne pas volontairement. Une révolution ne fait que faire un transfert d’un groupe de pouvoir à un autre et ne semble pas modifier en profondeur le contrôle exercé. La construction de contre-pouvoir, si elle limite la concentration de trop de pouvoirs, ne limite pas non plus le pouvoir de contrôle exercé. Il ne serait pas impossible même que la révolution comme la multiplication des contre-pouvoirs accroît parfois le contrôle exercé sur la société. Comment dissoudre le pouvoir? Voilà une question d’un âge qui doit apprendre à perdre le contrôle sur l’univers. A méditer.

12 Commentaires

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12 réponses à “L’agriculture post-moderne

  1. flyingdust

    C’est un bon matériau de réflexion que tu donnes là. Le début, classique, le milieu excellent, la fin avec un goût de trop peu (en même temps le format veux ça, et c’est ça aussi qui ouvre la discussion)

    Petite crittique: ca manque d’arguments concernant la chute du progrès (peux être est t’il impossible d’en trouver de concis et particulièrement indiscutables, tant les preuves sont nombreuses mais disséminées et « fragilisées » par des contres exemples et exceptions, quand ce n’est par de la foi pure envers la religion progrès).
    Ca me parle totalement car tu prêche un convaincu avec moi, qu’en serait t’il d’un type qui y croit à fond, que davantage de progrès technologiques et ultraspécialisé va nous sortir de la mouise toujours plus glaiseuse dans laquelle nous a foutu ce même progrès?

    • karmai

      Si tu t’intéresses aux pistes de « perte de contrôle », je te conseille la lecture de « Out of control » de Kevin Kelly. Tout l’ouvrage est accessible en ligne à cette adresse : http://kk.org/outofcontrol/contents.php (en anglais uniquement par contre) et c’est une pure source d’inspiration. Mon type de livre clairement.

      En fait le progrès est beaucoup plus large que simplement la technologie. C’est comme je le rappel, l’idée que demain on vivra mieux qu’hier. On peut penser en effet que la science et la technique nous permettront de toujours mieux vivre demain. Que ceci soit vrai ou pas n’a aucune importance car c’est la croyance dans le progrès qui compte.

      Je ne suis pas d’avis que la modernité et son idéologie du progrès nous ait particulièrement foutu dans la merde. Je crois au contraire qu’elle nous a sorti du règne de la rareté et rien que pour ça, ça ne me semble pas à regretter. Par contre, il est évident qu’à l’heure de l’opulence matérielle et de la découverte d’un monde beaucoup plus complexe qu’on ne pensait, la modernité et le progrès ne semblent pas capable de répondre aux nouveaux enjeux. Pour moi l’exemple typique ce sont les OGMs. D’un point scientifique et technique, c’est un progrès clair et net, et c’est d’ailleurs au nom de cela qu’il est défendu par beaucoup à juste titre. Par contre, les OGMs transcendent très nettement la simple question techno-scientifique, car cet objet questionne notre rapport au monde, à la nature, à l’institution scientifique, aux structures économiques, à la capacité de nos dirigeants à nous protéger, etc. Tout un coup, ça devient une affaire complexe (complexe vient de « tissé »), intriquée, emmêlée, parce qu’on ne peut pas balayer ces doutes en le taxant de simple obscurantisme. Voilà pour un petit exemple de doute sur le progrès. Il y en a d’autres, j’aurais pu parler du mariage pour tous🙂

      • flyingdust

        Si, c’est le progrès qui nous fout dans la merde, et plus précisément notre adiction au progrès. Cette amélioration du confort ne se fait pas sans dégradations graves, parce que si les externalités étaient payées, l’industrie ne pourrait commercialiser ses produits à la masse (exemple le plus probant: l’industrie minière).
        L’industrie qui fait des investissements lourds, doit vendre beaucoup, donc susciter l’envie, l’addiction, la dépendance.
        Tout est lié comme tu dis, pas de progrès pour « tous »(entendre les pays industrialisés) sans exploitation d’une main d’oeuvre et/ou toxification d’un milieu (entendre que nous devenons incapable d’y survivre)
        Pas de progrès pour « tous » sans batir le culte de la consommation autours. Adapter le modèle de l’écovillage à toute l’europe ferait disparaitre l’accès à la majorité des outils modernes et tomber les industries (internet, téléphone, voitures,…)

        Les villes qui sont à la pointe de la modernité sont celles qui parviennent à intégrer les progrès d’aujourd’hui à ceux d’hier.
        Un pas en arrière pour deux en avant. On est beaucoup trop exclusif avec les nouveautés. Internet n’est pas mieux qu’un livre, il est complémentaire, la voiture n’est pas supérieure au vélo, elle est complémentaire. Amsterdam est une ville qui a bien intégré ça d’ailleurs (suite à l’embargo sur le pétrole que la hollande a traversé).
        N’empêche que ce n’est pas suffisant.
        Il s’agit actuellement d’utiliser des outils modernes pour faire « un grand pas en arrière », d’utiliser internet pour visionner, lire, acquérir des connaissances des quatre coins du monde, d’utiliser la mondialisation pour élargir son pannel de commestibles au maximum, de se réaproprier l’autonomie sous un maximum de formes.
        C’est un retour en arrière en avancant, c’est du moon walk, avec la conscience de l’impasse de l’industrialisation du vivant, que la seule vraie démocratie, c’est celle des petits hameaux, où chacun peut connaitre tout le monde, le système est ainsi fait qu’il n’est que très peu transformable. Il faut peser le pour et le contre, est on plus heureux dans un monde que nous rendons toxique et hostile à notre survie, ou avec un mode de vie sobre calqué, inspiré des peuples premiers? A propos des ogm http://www.journaldequebec.com/2014/03/31/un-tueur-dabeilles-croupit-dans-les-flaques#.Uz3ck9kHsgk.facebook C’est toujours la même logique d’industrialisation du vivant, de lourds investissements à rentabiliser, de surconcentration du pouvoir. Cette logique est faillible par essence.

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  4. rahane


    une réflexion sur le même sujet à partir d’une pensée ancestrale

    le sujet du comment sortir de la crise d’une modernité qui n’en est plus une m’est aussi venue à l’esprit.
    et le comment ? trouver un levier qui pourrait permettre un saut évolutif pour éviter la position « nez au mur du fond de l’impasse  » qui pourrait finir en lamentations perpétuelles, itérations qui tourneraient en boucles.
    m’est venu que ce qui est enseigné comme une révolution moderne au sens la science écartant les voiles de l’ignorance du fonctionnement du monde et l’expansion le développement industriel qui s’en suivit accompagné du développement démographique, tout cela donne l’impression d’une expansion au sens de l’expansion de l’univers
    notre vie grace à la modernité semble plus vaste ( en terme de possibilités rapidité puissance)
    et si tout cela n’était qu’une illusion?
    et si cette expansion soulignée par l’idée d’une course à la croissance pour sortir de l’impasse n’était qu’un effet d’optique inversée et qu’en fait nous soyons sur la pente( et non la montée vers) d’une concentration et donc d’un rétrécissement évolutif dont l’augmentation de densité( façon trou noir) soit la résultante que nous prendrions de façon nombriliste pour une expansion?

    en tombant un jour sur la bibliographie de Stévin Simon de Bruges
    d’un seul coup m’est apparu que ce type là durant sa vie qui fut assez longue pour l’époque devait disposer non seulement de l’intelligence mais aussi d’un outil pour réaliser l’ensemble de ses travaux
    ( un autre Léonard de Vinci de l’époque bien moins médiatisé que le peintre, sans doute un des effets de la culture de l’image avant l’heure)
    même niveau de réflexion appliqué à archimède et sans même tenir compte du génie d’un seul homme en observant le génie de certaines époques prises dans leur ensemble, notamment avant la modernité.
    la découverte de l’amérique et donc de l’orient( au sens la mise en boule de l’univers sur le mode d’une communication circulaire) à pu aussi ajouter au mythe de l’expansion coincidant avec la modernité
    mais à y regarder de plus près,s’ il s’agit des effets subséquents à une débauche de puissance( vapeur, chimie supplantant la mécanique, puis pétrole puis nucléaire puis génétique) si on ote la puissance le résultat par rapport aux moyens disponibles précédent semble assez minable, hors la jouissance autosatisfaite des destructions en résultant qui ne font pas réellement équilibre avec les constructions induites.
    de quel levier disposaient ces gens d’avant la modernité pour accomplir de telles oeuvres ? ( de l’esprit ou dans la matière)
    en cherchant bien il faut remonter à un héritage des babyloniens les débuts d’une réelle ascension de l’humain sur terre
    à babylone il y avait des écoles et qu »y enseignait t-on?
    on y apprenait à lire écrire compter certes….
    mais comment?
    on comptait en base 60
    on parlait en base 60 on pensait en base 60
    en gros là où nous utilisons un mode 10 qui aboutit à une vision métrique qui démultiplie l’infiniment petit ou grand le seul fait de le démultiplier sur le mode 10 est un rétrécissement qui gagne en vitesse mais pas en complexité ni en richesse.
    à noter que la chine antique aussi comptait et compte toujours ( et curieusement dans le registre agricole uniquement parce que pour le reste on s’est mis aussi au système métrique) en mode sexagésimal.
    et comment peut on penser en mode sexagésimal? c’est à dire que chaque unité entre 1 et 60 soit chargée d’un sens comme le sont les chiffres de la dizaine?
    parce que même si notre époque ne tient plus compte du pouvoir des symboles chaque chiffre est intégré au langage par les symboles qu’ils recouvrent
    et donc la pensée sur le mode sexagésimal était d’une couverture symbolique autrement plus vaste permettant l’élaboration d’idées complexes sans ordinateur.
    une autre vision du monde
    d’autres visions du monde
    le mode sexagésimal est celui qui permet le plus grand nombre d’association mathématiques complexes.
    et c’était le langage courant de ces époques.
    que nous avons réduit à 10 croyant toucher l’infini plus rapidement nous avons oublié tout ce qui était imaginable avec l’amplitude de la pensée sexagésimale.

    reliquat de cette culture encore utilisée de nos jours le calendrier agricole chinois
    et quand on parcours la chine rurale profonde on peut lire dans les paysages et les pratiques des millénaires d’ingiénosité et d’une productivité qu’on peut envisager si on efface un instant la dimension des tracteurs d’aujourd’hui comme un art en soi ( en sol, en rythme du vivant)

    nous croyons être moins barbares mais sans nous être rendus compte que nous le devenions.

    la proposition de recréer un économie circulaire se heurte au manque de maitrise de l’outil qui permettrait sa réelle mise en place et sa maturation dans les consciences pour être exprimée et donc transmissible et fournir un nouveau levier d’évolution.

    ci dessous un texte que j’ai diffusé ailleurs:

    « tout le monde sait que si l’économie s’écroule et que malgré le chaos qui en découlerait pour l’instant tout au moins( à moins de pousser le bouchon vraiment trop loin), le monde ne s’écroulerait pas, il serait le résultat d’un manque global de structure fiables et efficaces.

    En mathématique on dirait alors qu’il faut changer de repère pour recadrer les équations et résoudre le problème d’une autre façon

    Notre économie mondiale est dans une impasse ce qui n’empêche pas les mouvements de croissance ou décroissance ici ou là, les lois des marchés ne fonctionnent plus nulle part vraiment, en tout cas inscrites dans le cadre mondial,
    les ressources s’épuisent et c’est bien là le plus grave, et surtout par un gaspillage inconsidéré et la non recherche d’alternatives plus durable dans leur reconstitution de stock( et l’exigence de leur mise en place systématique)
    la seule chose qui puisse reconstituer les stocks est d’utiliser du vivant qui par essence est renouvelable, et non plus du fossile ( vu l’échelle de temps de reconstitution)

    nous devons réintégrer le végétal, et le bois, le recyclé, et le travail manuel humain en première place dans le catalogue des ressources primaires et comptabiliser la conversion pour la valoriser
    ce qui sous entend l’usage intensif de fractions pour permettre une évolution qui se passe dans un mouvement continu plutôt que d’utiliser le ressort des différentiels occasionnés par les situations de chaos.

    nous devons donc trouver une autre manière de compter pour que chacun et chaque chose puisse s’inscrire dans une logique nouvelle et renouvelable
    notre système décimal adopté de façon quasi universelle touche ses limites qui sont de ne pouvoir compter que le tangible en + ou en –
    il a rempli deux fonctions principales unification des unités de mesures et rapidité mais sa qualité qui est aussi son défaut est d’être trop étroit
    pour la rapidité, le système binaire l’a globalement supplanté et l’unification des mesures est agencé dans une pensée linaire qui ne permet pas de prendre en compte une logique autre que la ligne.
    il nous faut inaugurer une nouvelle manière de compter qui tienne compte de l’aspect cyclique des choses pour inclure le renouvellement le durable et réordonnancer le monde sur un mouvement nouveau et viable et surtout pacifique.

    alors?
    comment compter autrement?
    cela est-il possible?
    ben oui jusque là les systèmes anglais de pouces toises coudées et autres références partout dans le monde des lis aux cordelettes à nœuds des incas ont montré que cela était très possible.
    et par les temps anciens la performance des mathématiciens sans électronique peut laisser dubitatif sur leur niveau d’intelligence à contexte technologique et énergétique comparé. il y avait une raison au foisonnement de l’intelligence d’antan.

    le cyclique est circulaire issu de PI
    le matérialisme est carré fondé sur la croix et du système décimal
    chacun sait que le carré et le rond sont non compatibles
    et pourtant ils existent ensemble partout. LA QUADRATURE DU CERCLE a défaut d’être possible existe.

    existe til un système de comptage ayant réussi à rendre compatible deux systèmes qui ne le sont pas?
    oui
    il nous faut comprendre profondément comment compter 10 à la douzaine et l’inverse
    étudier le système sexagésimal chinois ou mésopotamien qui fonctionne sur ce mode
    et raisonner non pas en quantité mais en phases
    la technologie peut rendre ce type de calcul plus facile
    qui permet de matérialiser non pas le capital mais les phases évolutives des valeurs dans un ensemble en renouvellement permanent. et donc de comptabiliser le durable qui sans cela reste au niveau du concept inapplicable

    donc soumettre la question à des mathématiciens chevronnés en calculs de base pour nous pondre une autre manière de calculer la caisse vide pour qu’elle ne le reste pas
    ce dont je parle ici ressemble à ce qui est en train de se faire aux US mais le dépasse de très loin
    je ne parle pas d’un changement d’échelle mathématique du type réglage de la focale pour ajuster la profondeur du champ à la miniaturisation des problèmes (l’inflation comme remède) jouant sur des questions d’échelles,
    mais d’un changement de formule, du sens même du sens contenu dans les équations comptables
    l’intégration de ce qui ne l’avait pas été doit faire sens et pas seulement servir de diluant.
    un système sexagésimal permet de prendre en compte la nature durable d’un mouvement et d’entretenir une comptabilité du renouvellement permanent.
    alors que notre système comptable actuel se limite à des constats matériels même constatant l’immatériel
    il est statique et sème l’inertie sur laquelle il repose. Son équilibre repose sur le zéro au lieu de reposer sur le mouvement en lui même.
    conversion de l’équilibre statique en équilibre dynamique.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/S […] C3%A9simal
    http://www.math.ens.fr/culture […] esimal.htm
    http://baudolino.free.fr/Canard_chimede/base.html

    ce système de calcul permet d’intégrer le positionnement dans un transit
    d’utiliser le mouvement et non l’inertie comme essence de l’économie
    de calculer où l’on se situe sur un mouvement cyclique par rapport à plusieurs cycles de références

    et bien d’autres choses encore
    notamment la conversion entre le décimal et le duodécimal permettant d’inclure les phases de renouvellement/ destruction et de latence originelle comme des valeurs économiques positives au lieu de les noter en négatif

    sans compter que ce système ouvre d’autres champs de compréhension des phases
    et réintègre plus de sens que celui issu de la matérialité des choses
    et donne aussi la possibilité de réconcilier l’homme et la nature, et le rythme du vivant, parce qu’il s’en inspire et permet d’en compter donc nommer l’essence.
    les sciences cognitives récentes nous ont appris que la notion de chiffre et nombre existe dans la pensée avant l’apprentissage de la numérotation et du calcul chez l’enfant ( et les animaux)

    alors la question comptable est assez essentielle pour être posée comme un outil de développement et de sortie de crise en elle-même »

    • karmai

      Je ne suis pas sur de voir le lien entre la crise de la modernité et la base que l’on utilise pour compter. Les systèmes binaire, décimal et sexagésimal me semblent être tous les trois utilisés aujourd’hui (l’ordinateur, la physique, le temps) sans qu’on puisse particulièrement observer un effet particulier. Crois tu que nous avons une vision du temps plus riche parce qu’il est basé sur un système séxagésimal?

  5. rahane

    si on utilise aujourd’hui le système sexagésimal c’est dans une pure application mathématique
    la question que je soulève est de penser selon ce mode qui sort de la notion de vision du temps pour une pensée plus complexe enrichie d’une dimension symbolique aujourd’hui oubliée parce que remisée au rayon des croyances et autres fariboles d’avant l’ère des sciences, et donc dénaturée de sa charge de sens et de la puissance qu’elle ajoutait à la vision en terme de contenu.( voir d’énergie) qui ouvrait des champs bien plus vaste à l’intégration de multiples dimension du vivant.
    c’est une question profonde de symbiose entre la pensée la vision et le langage et le vivant parce que le système sexagésimal est celui qui permet l’utilisation d’un très grand nombre de fraction, permettant d’intégrer sans difficulté l’ordre du circulaire ou de la spirale et l’ordre de la ligne ou de la vision orthogonale cubiste et de conjuguer les deux.
    la pensée possible derrière le mode langage associé est celle de l’évidence d’un monde fractal donc une autre vision de la nature.
    le fait de nommer les choses crée une interférence entre la pensée et le réel
    la langue chinoise est encore conçue dans cette dimension qui fait qu’un mot recouvre une arborescence de sens
    bien que le chinois moderne calque de plus en plus par le simple fait d’intégrer nombre de mots étrangers à son lexique par un mixe de ressemblance phonétique et de réinterprétation qui tend à linéariser cette langue.

    je me suis intéressée sans comprendre tout à cette tradition toujours vivace de l’utilisation du calendrier agricole chinois
    un dossier à étudier de près pour trouver d’autres racine à une écologie repensée.

  6. flyingdust

    Pour bien comprendre quelque chose, un objet, un jouet le jeune enfant le casse, et tente ensuite de le reconstruire. C’est une très grande source d’apprentissage pour lui.
    La science c’est ça aussi, c’est à dire une discipline, qui justifie de casser le jouet monde pour vraiment comprendre comment il fonctionne et tenter de le reconstituer par la suite.
    Alors la question est: va t’on continuer à casser le jouet pour atteindre un point d’impossibilité de reconstruction? D’autres animaux pourront continuer à jouer avec les morceaux et les débris laissés mais plus nous.

    Ou décide t’on qu’il est temps de reconstruire? Et pour reconstruire, il faut réagencer les éléments cassés, au lieu d’en rajouter de nouveaux.
    La recherche ogm consiste à rajouter de nouveaux éléments toujours dans la même logique de concentration du pouvoir (certains jouent davantage avec le jouet), à continuer à avancer, or il est plus que temps de reculer, de ne plus se laisser bouffer par un progrès exclusif qui bouffe tous les précédents, et nous alliènent dans la dépendance.

  7. rahane

    Karmai demande un exemple
    comment faire entrer dans un cube un cercle qui le contient?
    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/oroc_0754-5010_1996_num_18_18_1014
    la pensée chinoise est encore très fortement fondée sur le couplage de symboles associés à l’usage d’une vison sexagésimale des représentations du monde.
    le mouvement est une base de définition en chinois
    rien n’est immobile dans la vision taoiste.

  8. rahane

    pour répondre à la question : crois tu que nous aurions une vision du temps plus riche parce qu’il serait basé sur le système sexagésimal?

    « d’où vient cette perception que les temps ont changés?
    ( indépendamment du temps météorologique qui semble lui aussi pris de distorsions)

    de tout temps « c’était mieux avant » disaient les vieux etc
    et puis on n’a plus le temps de rien alors qu’objectivement on travaille moins d’heures que nos parents ou nos grand parents. où est passé ce temps? rien n’est satisfaisant dans les explications analytiques qu’on nous fournit pour justifier ou démystifier cette impression réccurente jusqu’à la crise qui n’en finit pas de déborder toute mesure.

    mais ce passage à une autre époque que l’on ressent indépendamment de ce lieu commun de changement de perspective lié aux effets de l’intergénération? CE CHANGEMENT LA d’où vient il?
    d’une folie collective qui prend jeunes et vieux machines technique finance etc ensemble?

    un savant est venu expliquer à la télé que désormais les flux financiers circulaient à une vitesse supérieure au temps perceptible par les sens à cause de la vélocité des ordinateurs.
    mais est-ce suffisant pour que nous en perdions les pédales?

    la réalité est que nous vivons effectivement dans une distorsion du temps ou plutot de la conscience du temps

    les machines ont été programmées sur la base d’un temps décimal
    et l’horloge inscrite sur l’écran n’est là que pour nous en donner la traduction dans le mode de lecture que nous connaissons pour l’avoir appris à l’école. mais la machine et toutes les autres machines sont programmées dans un autre temps que celui dont on nous consent la traduction.

    les machines et les ordinateurs vivent sous le temps décimalisé là où les hommes vivent sur le temps sexagésimalisé
    ( sauf ceux qui vivent encore à l’heure du soleil ou bénéficient de vacances perpétuelles, tout le monde sait sensiblement les effets d’un changement de rythme et de leur alignement sur l’heure solaire, sur laquelle sont aligné les animaux et la nature dans son ensemble)

    le problème est que le temps décimalisé est un temps mort, abstrait, dissocié du vivant et qu’il nous impose sa cadence unique en parallèle du temps binaire 1/0.
    il n’est compatible qu’avec une cadence pentatonique peu usitée de manière régulière
    et ne permet aucune compatibilité avec les rythmes ternaires de la valse ou même ceux du rock ou du quadrille

    d’où le malaise d’avoir l’impression de ne plus être aux manettes
    comme il pourrait y avoir un malaise entre deux groupes vivant sur deux rythmes différents et parlant un langage du temps différemment cadencé.

    la décadanse est bien réelle
    alors soit nous unifions tous les systèmes sur le mode décimal ( tendance lourde imposée par le diktat des machines et du productivisme) soit nous unifions tous les systèmes sur le mode sexagésimal , mais nous ne pourrons plus longtemps tenir à cette décadence.

    le temps décimal n’est qu’un moyen de mesure abstraite qui ne permet pas de contenir les rythmes du vivant parce qu’il ne peut les contenir et donc il s’impose tyranniquement à eux.

    le temps sexagésimal étant relatif aux phénomènes de cycles et de spirales évolutives de tous les corps celestes il permet d’établir des relations de compréhension et de concordance entre différentes cadencement du vivant ce que ne permet pas le temps décimal qui n’est qu’un outil d’analyse

    en fait nous avons érigé l’analyse comme le moteur général de l’évolution humaine en occultant toutes les autres perspectives et même en ostratisant tout ce qui ne rentre pas dans le champs de l’analyse décimale en entier qui peuvent prendre sens

    ainsi 1,33 n’a pas la même valeur que 1 parce que le langage mathématique utilisé ne lui donnant pas le sens d’un entier alors que dans un autre système il pourrait être considéré comme un « entier » une entité à considérer en tant que telle.

    du coup l’ensemble de nos ordres de valeurs sont tronqués par le système même de valeur numérique avec lesquelles nous les désignons simplement parce que le cadre de notre façon de compter le monde est trop restreint.

    avec l’adoption d’un calendrier universel sexagésimal nous adopterions un langage numérique universel bien plus inclusif d’autres perspectives
    sans compter que de ce simple fait nous passerions à la semaine de 6 jours donc avec un weekend de 2 jours et 4 jours travaillés nous résoudrions de fait le problème du partage du travail par une meilleure répartition du temps.
    en sus de réduire l’impact destructif des activités humaines, et puis les gens plus heureux et moins stressés sont toujours moins toxiques.

    ça devrait motiver pas mal de monde à souscrire à l’émergence d’un temps nouveau
    et de reformuler la dictature du temps des machines à une dimension dont les réglages pourraient être infiniment plus vastes que la simple course de vitesse après le temps.

    ce qui aurait aussi pu faire l’objet d’un commentaire sur la nécessité de réformer le pouvoir et le productivisme qui s’appuient sur une certaine dimension du temps.

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