Ces sans-papiers volants à éradiquer

IbisStoppJaIl y a déjà quelques décennies, sur les côtes de ma Bretagne natale s’est installé un drôle d’oiseau venu d’Afrique du Nord. Contrairement à ce qu’on a trop tendance à penser naturellement, celui-ci n’a pas squatté sans autorisation, on l’a invité à s’établir, à Branféré dans le Morbihan pour être exact. L’invitation fut faite pour donner aux yeux curieux des français ce parfum d’exotisme que son apparence inhabituelle diffuse si facilement. On n’avait pas vraiment prévu que le couple initial s’installerait si bien. Peut-être s’était on dit que, si loin de leur lieu d’origine, ils ne songeraient pas à fonder une famille. Mais nos deux amoureux déracinés ont trouvé rapidement la douceur armoricaine et le mangé des côtes à leur goût. On vit en quelques décennies leur nombre augmenter. Epris d’une certaine forme de liberté, ils s’établirent en colonie, sans avoir demander l’autorisation, dans des lieux accueillant situés à proximité.

Lors d’un automne oisif où j’avais le loisir de parcourir en long et en large le golfe du Morbihan, je suis tombé sur un de ces étrangers qui faisait sa vie sur un rocher, cherchant sa pitance comme les touristes cherchent les huitres sauvages en été. C’était la première fois que j’en voyais un. La première sensation fut étrange. On dit souvent que les Bretons se souviennent de la première fois qu’ils en croisent un. Ce fut le cas pour moi, et je me rappelle avec exactitude de l’endroit et du moment où mon regard s’est porté sur cet égaré de la mondialisation. Interloqué je l’ai pris en photo. Au début, comme ça, je crois que ma première réaction a été de trouver cet individu beau dans sa différence et son innocente incongruité. Connaissant un peu son histoire, il m’évoquait pèle-mêle quelques images qui formaient un collage étrange entre des pharaons et des hiéroglyphes et cette curiosité toute française de l’orient que l’on a hérité de Champollion et de Delacroix.

Ce ne fut que quelques années plus tard, par divers médias, que je fus informé de ma sotte naïveté. Cette souche était certes importée, mais plus grave, elle était invasive. Beaucoup d’habitants qui côtoyaient leurs moeurs étranges en faisaient le récit d’un oiseau de malheur. Non content de prendre des places qu’on ne lui avait pas octroyées, il trainait dans les détritus et les excréments et semblait même prendre la pitance des honnêtes oiseaux français. Pire, certains les auraient même vu manger la progéniture de familles installées depuis toujours dans ces terres bretonnes. Ils ne respectaient visiblement pas les bonnes manières locales et l’équilibre délicat qui s’y était installé avec le temps entre ses habitants.

Les spécialistes de la question et les conservateurs ne se cachaient plus pour faire savoir aux touristes inconscients les périls que présentaient cet incontrôlable pillard doublé d’un profiteur. On pouvait éventuellement le trouver beau d’un premier abord, mais quand on y songeait bien, son faciès et son nez présentaient toutes les caractéristiques d’un être potentiellement dangereux et fourbe. Il devint même rapidement « la bête noire » des groupes informés, celui dont on se détourne, que l’on n’ose plus observer.

L’inquiétude enfla, on ne savait qu’en faire, il fallait réagir prestement sous peine de voir cette population croître absolument hors de tout contrôle. Tant qu’ils n’étaient pas encore trop nombreux, on pouvait encore éventuellement faire marche arrière. Mais il fallait faire vite, la fécondité laissait penser à une croissance exponentielle de la nuisance. Certains, ouverts à la diversité prêchaient qu’ils avaient leur place et qu’ils fallait les intégrer. On leur vola dans les plumes en leur renvoyant l’évidence de la menace de ces olibrius, et la nécessité de faire respecter la priorité aux populations endémiques qui souffraient de plus en plus de cette compétition inégale pour les ressources et l’espace vital, surtout en ces temps de crise écologique.

On alla voir les autorités. On les somma d’agir. Certains proposaient de les faire revenir dans leur pays d’origine. Mais, il était assez clair que la plupart de ces individus étaient nés sur le sol Français. Et puis, les ramener « chez eux », c’était les mettre dans une situation où ils sont notoirement menacés. Le cas n’était pas simple. On ne pouvait pas ne pas agir étant donné la gravité des troubles à l’ordre public. Le pouvoir central pris enfin les arrêtés nécessaires pour rassurer la peur montante des citoyens, on mis en place une politique répressive qui allait juguler ces oiseaux de mauvaise augure. Une fois la décision prise, on y mit les moyens. On instaura une politique d’identification et on éradiqua purement et simplement chaque année un grand nombre d’individus. Pour garantir le succès de la politique, on doubla progressivement cette approche d’une stérilisation des nids.

On vit rapidement le fruit heureux de cette politique. La démographie exponentielle de l’allochtone fur drastiquement réduite. On passa en moins d’une décennie, par l’application rigoureuse des règles administratives, de plusieurs milliers d’individus à quelques centaines de couples résiduels. Notre patrimoine national était sauvé! Les familles de souches pouvaient enfin retrouver leurs foyers et dormir sur leurs deux pattes, l’Etat garantissait la paix civile et prenait enfin des mesures fortes contre les invasions barbares.

Le succès incontestable de cette politique de préférence nationale a toutefois ses détracteurs et un chercheur localisé dans ma ville natale, à Rennes, pourtant affilié au prestigieux CNRS, a conclu tout récemment après une étude de plus de 13 années sur l’envahisseur qu’il ne présentait aucun risque pour les côtés Bretonnes, et qu’encore plus, il participait même de la stabilisation de l’environnement et à la productivité nationale par son travail de pêche à l’écrevisse de Louisiane. Peut-être qu’il a raison, et c’est bien malheureux si c’est le cas. Mais au delà de l’éventuelle injustice, le cas de l’Ibis Sacré fera peut-être réfléchir à deux fois ceux qui voudraient immigrer en France. Après tout, elle n’a pas vocation a accueillir toute la volière du monde…

4 Commentaires

Classé dans Bretagne, Politique

4 réponses à “Ces sans-papiers volants à éradiquer

  1. Lien

    Dieudonné devrait adorer cet article. Tu as pensé à faire le lien vers son site personnel ?

  2. Hildegardista

    Je ne suis pas un Ibis sacré, mais une immigrante belge. Je trouve votre article très inquiétant, et vous laissez trop à deviner entre les lignes…

    • karmai

      C’est tout le jeu de cet article que de faire le parallèle entre notre époque et l’histoire (réelle) de l’Ibis Sacré. Ce qu’on applique sans y penser à ce volatile me fait penser à ce que certain pensent tout bas vis à vis des étrangers, des immigrés, des sans papiers, des français issus de l’immigration, des minorités visibles, etc. Il y a de quoi être inquiet en effet. Je le suis personnellement en tout cas.

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