Reflexions athées sur les cultures humaines

siné_religionDepuis le temps que je suis sur Terre, il y a de moments clefs qui ont marqué ma vie. Le premier moment important fut certainement ma découverte que Dieu n’existait pas. Je n’étais pas particulièrement programmé pour ne pas y croire, j’aurais bien aimé y croire je crois. Il faut tout le silence d’un Dieu qui n’existe pas pour qu’il n’y ait jamais de réponses ni le moindre signe.

Le deuxième moment le plus important fut certainement la considération logique qui s’en suit, la confrontation avec le néant de la mort, terrifiante. Je me souviens avoir regardé, hagard, le monde autour de moi pendant des jours et des jours, ayant des difficultés à simplement m’intéresser à ce monde qui n’allait nul part et qui me menait inexorablement vers le néant. Avouez qu’il y a de quoi ne pas être enthousiaste.

Le propre de la vie est que ceux qui la porte continuent d’y croire tout de même, et cela a été mon cas également. L’existence humaine n’a probablement aucun sens, et c’est d’ailleurs ce qui explique très certainement et simplement l’absurdité générale de tant de choses. Mais ça ne m’a pas empêché de continuer à essayer de comprendre. Alors j’ai tenté de fouiller l’humanité. J’ai fouillé jusqu’à aller loin, explorer plusieurs pays dans des continents lointains. Mes hypothèses fondamentales sur la vie n’en restait pas moins de même nature partout et venait donc plutôt confirmer mes intuitions sur Dieu. Dans toute la diversité des Dieux et des cultures, l’universalité de la crédulité me semblait bien plus probable que l’existence d’êtres supérieurs.

On ne voit presque rien de juste ou d’injuste, qui ne change de qualité, en changeant de climat. Trois degrés d’élévation du Pôle renversent toute la Jurisprudence. Un Méridien décide de la vérité, ou peu d’années de possession. Les lois fondamentales changent. Le droit a ses époques. Plaisante justice qu’une rivière ou une montagne borne ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà.

Les pensées de Pascal

L’idée qu’on ne peut pas faire de hiérarchie entre les cultures peut être une idée terrifiante. Comment cela? On ne peut distinguer l’excision du 14 Juillet? Cela choque immédiatement, et moi le premier, car je reste tout de même construit dans une culture particulière. Dans mon fort intérieur, je reste toutefois persuadé que l’univers est tout à fait indifférent et qu’il n’y a nul part un moyen absolu de pouvoir les discriminer.

Le relativisme culturel est si inquiétant qu’il semble contre-nature à la plupart des autres humains. Si celui-ci peut sembler acceptable lorsque l’on parle de porter un chapeau de telle forme plutôt qu’un autre, ou de l’habitude de manger avec des baguettes plutôt qu’avec une fourchette, cela devient carrément inacceptable lorsqu’on doit trancher des questions morales plus profondes. Doit-on autoriser la peine de mort? Que penser du cannibalisme?

Il est chez nous assez commun par exemple de considérer le cannibalisme comme une pratique qui mettrait celui qui la pratique hors humanité, clairement dans le monde de la sauvagerie et de l’animalité, au mieux la confirmation d’une maladie psychologique dont on peut excuser le porteur probablement inconscient. Mais que faire avec des sociétés humaines qui ont intégré le cannibalisme dans leurs moeurs comme nous le faisons avec le fait de devoir porter des vêtements au travail? La plupart en viendront à conclure à une sorte d’anomalie culturelle, comme la trisomie serait une anomalie génétique. Mais comment juge-t-on une anomalie culturelle? Si l’univers vous a glissé un indice dans l’oreille je suis curieux de l’entendre.

La réalité semble être que ces questions sont si embarrassantes qu’il est naturel que presque personne ne se les pose. Il est probable qu’on ne puisse pas fonder une civilisation sur une honnêteté sans fard sur les sociétés humaines. Pour continuer ma route il me faut donc réfléchir comme un extra-terrestre qui arriverait sur Terre sous peine d’être considéré comme un agent dangereux, un nihiliste.

Je peux en quelque sorte rassurer les bien-pensant, il semble apparaître une espèce de règle sous-jacente aux phénomènes culturels. Une culture ne subsiste que si elle est capable d’extraire de l’environnement suffisamment d’énergie pour pouvoir se maintenir et se transmettre. Au dessous de cet état minimal qui a été assez bien décris par Jared Diamond dans Effondrement, une culture s’éffondre. La compétition entre cultures viables est également sans pitié et une qui serait plus efficace supplante avec le temps celle en retard. On ne s’étonnera donc que moyennement des génocides et ethnocides qui accompagnent la compétition de cultures notoirement différentes dans leur capacité à concentrer le pouvoir. C’est à ce titre effectivement que les Incas comme les Aztèques n’avaient absolument aucune chance contre les envahisseurs européens et ce indépendamment de la validité de leurs idées morales.

Tout semble se passer comme si la validité d’une culture était reliée intimement avec sa capacité à être puissante. Ainsi, ce n’est pas tant l’excision qui est un problème en soi si ce n’est que cette pratique semble associée à des cultures peu efficaces dans leur capacité à acquérir de la puissance. Et d’ailleurs, de mon point de vue, on voit bien comment des actes particulièrement absurdes imposés aux femmes dans les sociétés occidentales se répandent comme une norme. Ainsi, s’épiler les poils par exemple ne semble pas tellement remis eu cause et est même, au contraire, une norme culturelle que des femmes aspirant aux codes de la puissance occidentale acquièrent certainement. Cette norme est d’ailleurs souvent entretenue malgré l’absurdité connue de beaucoup de femmes elles-mêmes. Mais ne pas le faire serait risquer de se marginaliser, et on comprend bien qu’une telle chose n’est bien souvent pas très agréable.

Bref, une certaine tradition philosophique occidentale a longtemps cherché les fondements d’une morale universelle, force est de constater qu’un tel projet est un échec. Au delà de cet échec, et comme l’exercice de la puissance n’a pas cessé, les discours moraux qui y sont associés n’ont pas cessé non plus. On ne s’étonnera donc plus de voir des puissances occidentales se désoler devant des décapitations alors même que ces mêmes puissances provoquent de nombreux morts dans des bombardements et d’autres actes de conséquences semblables. Dans ces meurtres qui apparaissent de nature similaire à l’extra-terrestre que je suis, je vois bien que le pouvoir des uns et des autres à les légitimer est bien sur très dissemblable, et cela fait toute la différence.

Ce qu’il y a d’intéressant avec les traits culturels, c’est qu’on peut croire un peu vite que c’est une question de vrai ou de faux. Les débats sur le voile, l’homosexualité, l’égalité homme-femme prennent souvent l’apparence de débats philosophiques qui, en quelque sorte, supposent qu’on serait capable avec suffisamment de discussion rationnelle d’y voir enfin clair. Or, tout porte à croire que les idées culturelles sont les conséquences indirectes d’une puissance qui s’exprime bien plus que le triomphe de la vérité.

L’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas une loi absolue de l’univers à moins de considérer que toutes les sociétés qui n’ont pas connu cette égalité soient pathologiques. On peut par contre noter que beaucoup des sociétés parmi les plus puissante ont vu se développer un pouvoir des femmes qui tendait à rejoindre celui des hommes. Il apparaît assez clair que l’évolution des systèmes de valeurs n’est pas le résultat d’un moment de lucidité collective qui aurait manqué à nos prédécesseurs, mais bien la marque d’un niveau de développement avancé. Faute de remarquer ce lien structurel, on voit souvent des institutions occidentales agir dans des pays africains pour tenter de leur montrer la bonne voie de l’égalité homme-femme. Action assez vaine en général car cela ne modifie souvent en rien les conditions matérielles concrètes qui permettraient que s’organise des rapports hommes-femmes sous une autre configuration.

Il ne serait pas totalement ridicule de postuler en regard que si les systèmes de valeurs sont reliés à la capacité de puissance d’une culture, qu’une puissance déclinante voit alors ses valeurs culturelles cristalliser dans des systèmes de valeurs du passé par lequel cette société serait passée. Je note avec amusement par exemple en France le retour de valeurs conservatrices alors même que nous vivons un moment de déclin au niveau de notre puissance.

Une fois qu’on a compris ça, il n’est pas évident de pouvoir en parler. J’aime les cultures humaines comme j’apprécie la diversité des insectes ou des champignons, sans pouvoir effectuer la moindre hiérarchie entre elles. De la même manière, mon intérêt pour les espèces animales n’est pas conditionné à un comportement où à un autre. Je ne vais pas souhaiter la fin d’une espèce juste parce qu’elle prédate violemment d’innocents herbivores par rapport à une panda roux qui semblent être d’une gentillesse incroyable. Je n’ai donc aucune raison objective d’en faire de même avec les cultures humaines.

(A suivre)

1 commentaire

Classé dans Philosophie

Une réponse à “Reflexions athées sur les cultures humaines

  1. marco

    en parlant de dieux et de destin j’étais justement en train de lire un article il y a peu (coïncidence ? 😉 d’un certain Jean-Bruno Renard. Il aborde avec une certaine « originalité » les notions de dieux et… d’extra terrestre justement (théorie des anciens astronautes je crois). Accroche toi ça va te plaire.

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