La lutte des jardins ou le droit à l’autonomie

La terre est un moyen de production très particulier. Des travaux d’économistes en parlent longuement sans vraiment épuiser le sujet. Quoi qu’il en soit, cet article cherche à montrer que la terre est un moyen d’accéder à plus de liberté. Si chaque citoyen avait un droit inaliénable d’accès à une parcelle de terre, il aurait alors la liberté de produire ce qu’il a besoin, dans les conditions qu’il juge adéquates. Un acte politique fort et une occasion d’exercer notre responsabilité devant l’environnement.

Faisons le point sur le Marxisme

Bien que je ne sois pas Marxiste, il convient d’octroyer à cette idéologie une grande pertinence dans l’analyse sociale de l’exploitation de l’homme par l’homme à travers le capital. Toutefois, l’analyse marxiste trouve ses limites dans la description d’une Europe du XIXe siècle qui n’est plus celle du XXIe. Aujourd’hui par exemple, les individus ne sont pas que de la main d’œuvre (ie pas qu’un moyen de production), mais ils sont également des consommateurs. L’omettre serait une erreur fondamentale. Le fait que celui qui produit est aussi celui qui consomme rend obsolète une opposition absolue patronat/salarié puisqu’il est dans une certaine mesure dans l’intérêt du patronat de valoriser les salaires, le raisonnement patronal de recherche de productivité entraine au bout du compte que les travailleurs puissent consommer leurs objets marchands. A ce titre, l’histoire de l’entreprise Ford est éclairante puisqu’elle a fondé la doctrine le Fordisme. On peut lire de Henry Ford à ce sujet :

« Par bonheur, les gros salaires contribuent à l’abaissement du coût de fabrication, les ouvriers devenant de plus en plus industrieux une fois exempts de préoccupations étrangères à leur travail.

La fixation du salaire de la journée de huit heures à cinq dollars fut une des plus belles économies que j’aie jamais faite, mais en le portant à six dollars, j’en fis une plus belle encore. Jusqu’où irons-nous dans cette voie, je n’en sais rien. Je pourrais probablement trouver des hommes qui feraient pour trois dollars par jour le genre de travail que je paie six dollars. Sans me prétendre, plus qu’un autre, en mesure d’établir un calcul exact, la question étant sujette à conjectures, j’estime, au jugé, qu’il me faudrait deux et peut-être trois de ces ouvriers à bas prix pour remplacer chacun de mes ouvriers bien payés. Cela entraînerait plus de machines, plus de force motrice, et un accroissement considérable de confusion et de frais. »

Henry Ford, Ma vie et mon œuvre (1925)

Comme quoi, au XXe siècle, même un capitaliste nazi comme Henry Ford pouvait ressentir les intérêts parfois convergents des salariés et des patrons. D’autre part, à moins que ma lecture du Capital n’ait été mauvaise, Marx ne cite pas le secteur tertiaire dans son analyse. Pourtant, cette classe est de nos jours majoritaire. Ce manque est d’autant plus troublant qu’il est malheureusement difficile de mesurer la valeur travail des salariés de ce secteur. Autant celle d’un ouvrier trouve une approximation raisonnable dans le temps de travail, autant celle d’un service rendu est difficilement estimable. Mesure-t-on par exemple la valeur travail d’un peintre au temps qu’il a passé à recouvrir sa toile de pâtes colorées? Non, bien sur, et de la même façon il serait très ardu de mesurer la valeur travail d’un policier, d’un pompier, d’un instituteur, d’un banquier, d’un responsable associatif… Cette lacune est problématique, car il apparait pourtant assez évident qu’il subsiste dans cette troisième classe de l’exploitation. Le cas des caissières ou de certains instituteurs peuvent en être de bons exemples.

Pour finir sur le Marxisme, je me permettrais de citer Jean-Baptiste-André Godin, fondateur du familistère dont nous aurons peut-être l’occasion de parler plus loin : « La haine du mal n’est pas la science du bien, et c’est là que se trouvent les défauts du Communisme ». C’est en effet une critique que je trouve juste car si l’analyse sociologique de l’exploitation du prolétariat chez Marx est d’une pertinence assez saisissante, la démonstration de l’aliénation (vol du travail des ouvriers) est, comme je vous l’ai montré succinctement plus haut, bancale si l’on considère qu’il est impossible d’évaluer la valeur travail. La critique est donc subjective et non pas objective comme on pourrait le croire en lisant le Capital.

Cette introduction hors sol du Marxisme me permet de signifier ma position. Je ne suis pas marxiste, ni communiste, mais cela ne veut pas dire que les analyses de Marx sur le pouvoir aliénant du capital ou sur la critique du salariat soient bonne à jeter aux lions. J’aimerais profiter de ce moment pour exprimer ma grande tristesse à réaliser qu’à notre époque, dans le débat publique, utiliser certains résultats marxistes pour convaincre reviendraient à légitimer les goulags et les purges staliniennes. L’émancipation des individus n’en est que plus lente bien sur.

Le jardin : Un moyen de production

Le jardin permet, d’une façon analogue à celle de la description des rapports sociaux dans les industrie, de décrire les rapports de forces qui jouent entre les moyens de production et ceux qui les détiennent. Par exemple, il existe un fossé gigantesque entre le jardin « bourgeois » et le jardin de subsistance.

Le jardin « bourgeois » sert à la promenade légère et aux plaisirs sereins dans un cadre clos et protégé. Les plantes, colorées et judicieusement disposées, sont ornementales et existent pour créer un sentiment esthétique. C’est dans ce cadre que nait l’art du Jardin, dans lequel s’épanouit l’éternelle lutte entre anglais et français. Le jardin de subsistance nait parfois de la précarité la plus extrême comme par exemple, dans les Antilles, où les Nègres Marrons puis les esclaves affranchis, isolés sur des lopins de terre minuscules visent à leur survie par d’ingénieuses associations de plantes vivrières. Plus proche de nous, on observa des pratiques analogues dans l’immédiat après guerre, ou le jardin ouvrier prit une dimension importante.

gouvernement-jardin-creole

« Nous cultivâmes ce que les békés appellent plantes secondes, et nous-mêmes plantes-manger. Au bord des plantes manger, il faut les plantes medecines, et celles qui fascinent la chance et désarment les zombis. Le tout bien emmelé n’épuise jamais la terre. C’est ca le jardin créole. »

Texaco par P.Chamoiseau

La terre qui soumet les hommes

Retour en France. La petite propriété paysanne assurée par la révolution française, qui permet à beaucoup de familles rurales de vivre en auto suffisance, n’a à juste titre pas l’approbation de l’analyse de Marx. Avant de devenir possédante, la paysannerie sous le joug de la féodalité luttait contre la grande propriété foncière des aristocrates. Devenue possédante, ce que Marx appelle « la propriété parcellaire », elle en devient conservatrice de son petit avantage acquis, et renverse ainsi la logique de classe précédente. Avec la bourgeoisie, c’est sur cette classe paysanne qui ne veut pas perdre son minuscule lopin que Napoléon III s’assurera le pouvoir en France. La petite paysannerie et son lopin, éblouie par son petit quelque chose à elle, se complet dans sa servitude volontaire. Marx n’a pas de mots trop dur :

« La parcelle du paysan n’est plus que le prétexte qui permet au capitaliste de tirer de la terre profit, intérêt et rente et de laisser au paysan lui-même le soin de voir comment il réussira à se procurer son salaire. La dette hypothécaire pesant sur le sol impose à la paysannerie française une redevance aussi considérable que l’intérêt annuel de toute la dette publique de l’Angleterre. La propriété parcellaire, à laquelle son développement impose inévitablement cet état d’esclavage à l’égard du capital, a transformé la masse de la nation française en troglodytes. Seize millions de paysans (femmes et enfants compris) habitent dans des cavernes, dont un grand nombre ne possèdent qu’une seule ouverture, une petite partie n’en a que deux et la partie la plus favorisée en a seulement trois. Or, les fenêtres sont à une maison ce que les cinq sens sont à la tête. L’ordre bourgeois qui, au début du siècle, fit de l’État une sentinelle chargée de veiller à la défense de la parcelle nouvellement constituée qu’il engraissait de lauriers, est actuellement devenu un vampire qui suce son sang et sa cervelle et les jette dans la marmite d’alchimiste du capital. » Le 18 brumaire de L. Bonaparte par Karl Marx.

Par les impôts et les structures bourgeoises, la terre qui était le garant de la liberté des paysans était devenu une source de capitaux. Croyant donner sa sueur pour sa famille, le paysan assurait toujours l’accumulation dans les mains des dominants. A y regarder de plus près, la situation économique de l’agriculture paysanne n’a guère évoluée, elle reste une structure économique sans liberté à laquelle on jette négligemment l’argent strictement nécessaire au renouvellement des plus productifs. Les autres, qu’ils crèvent!

La terre émancipatrice

La leçon de l’histoire est claire. La réforme agraire, politique qui consiste à redistribuer la terre dans une optique égalitaire, n’est efficace que si on garantit en parallèle au laboureur les conditions favorables pour profiter des fruits de sa terre. Mon expérience au Venezuela et au Pérou  m’a permis de noter cette réalité. Au Pérou, la réforme agraire incomplète et la distribution souvent inégalitaire ont pénalisé le niveau de vie de nombreux agriculteurs. Au Venezuela, inspiré par ses racines d’analyse marxiste, Hugo Chavez a effectué une réforme agraire collectiviste en formant sur des terres expropriées des coopératives de production. Chaque coopérant est salarié sur un pied d’égalité, mais n’étant pas propriétaire ils n’ont aucun intérêt particulier à valoriser la terre puisqu’ils seront de toutes façons payés. Il aurait été économiquement plus logique de distribuer un lopin de terre en propriété à chacun des paysans élus sous réserve de son installation à long terme sur ces terres.

L’histoire des paysans français et des réformes agraires dans le monde nous apprend qu’il faut démocratiser l’accès aux moyens de production et les libérer des parasites. On écoutera à ce titre cette conférence de Christian Jacquiau sur les coulisses de la grande distribution qui met très bien en valeur mon accusation de « parasite » faite à certains systèmes oppressant les producteurs.

source : http://www.bibliotheque-sonore.net

Plusieurs approches permettent aujourd’hui de redonner toute sa place à ceux qui font vraiment la richesse du monde. Les AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) qui créent une filière directe et solidaire entre un groupe de consommateur et un producteur de fruits et de légumes est tout à fait pertinente. De même, les marchés où les producteurs viennent directement au cœur des villes sont des initiatives intéressantes. En outre, la présence de nombreux jardins familiaux (et les longues listes d’attente pour en obtenir un) permet également de manger tout en évitant les dérives de notre système agroalimentaire, la contrepartie étant qu’ il faut alors troquer du temps contre de l’autonomie.

Il y a donc à mes yeux aujourd’hui, un droit à donner aux gens de France, celui d’avoir, si le désir en est exprimé, de disposer d’un lopin de terre afin de pouvoir jardiner. Démocratiser le droit de cultiver, même au cœur des villes, me semble la condition sine qua none pour commencer à jardiner le monde et à retrouver une juste autonomie. En effet, et comme il est défendu de manière sous-jacente tout aux longs des lignes de ce site, le jardin est un symbole de l’émancipation parce qu’il nous ouvre les portes de l’essentiel, du plus de lien social, du bien manger, du bien vivre et d’un surcroit de liberté tout en s’insérant dans l’équilibre écologique planétaire.

Il y a donc cette loi à passer, qui permettrait de faire avancer ces idées sans attendre le grand soir. Il est important à ce titre de donner ce chiffre éloquent : 90% de l’espace public au sein des villes est dévolu à la voiture. C’est à dire que seulement 10% de cet espace collectif est réservé à d’autres activités. La place de la voiture est donc démesurément surévaluée par rapport à son intérêt réel, surtout dans les villes où la vitesse réelle est inférieur à celle d’un vélo, atteignant le fameux seuil de contre productivité cher à Ivan Illich. Je propose d’en diminuer l’importance au profit des jardins. Il faut se réapproprier l’espace public urbain et péri-urbain pour le mettre au service de l’émancipation et d’un surcroit de liberté des hommes et non plus ce diktat de la voiture comme on peut l’observer aujourd’hui. Je ne demande pas l’élimination de la voiture, mais une utilisation plus égalitaire des potentialités de l’espace public.

9 Commentaires

Classé dans Agriculture, Economie, Histoire, Politique

9 réponses à “La lutte des jardins ou le droit à l’autonomie

  1. J’aime bien ce « droit à donner aux gens de France, celui d’avoir, si le désir en est exprimé, de disposer d’un lopin de terre afin de pouvoir jardiner », et si en plus on donnait aux gens le droit d’y vivre (dans une yourte, tente, hutte, maison de paille, de terre ou de bois), et bien les gens ne quitteront plus leur jardin et ce sera la fin de la civilisation, chose qu’on veut bien sûr éviter. Ce petit espace de liberté est (malheureusement) impensable.

    PS: très bien ce blog, bravo !

  2. rahane

    notre économie actuelle repose sur au moins deux piliers qui ont en commun d’être en phase d’autodestruction pour cause d’incohérence.

    l’agriculture et l’automobile
    l’automobile parce qu’après avoir été un instrument efficace de démultiplication des communication et d’un gain de liberté offrant les avantages d’un temps libre propice au développement d’une vague de créativité nouvelle, le marché s’est employer à vouloir abuser de l’instrument en en faisant le support d’une aliénation et renverser la tendance précédente en sofisticant les mécanismes automobiles pour une plus value sans intérêt et transposant les avantages précédents en surcroit de taxes.
    la voiture est le support le plus important des perceptions d’impôts pour les états. Il est donc logique que les gouvernements cherchent à tout prix à sauvegarder la mâne qu’il représente dans l’attente d’avoir su créer une nouvelle source de revenu permettant de réformer la politique liée aux voitures et donc aux parkings…
    tant que la  » taxe carbone » n’aura pas permit d’amorcer un virage à angle droit le commerce des véhicule restera florissant…
    sauf que nous en sommes au point de rupture
    la pédale d’accélération reste bloquée ( tout un symbole) d’où le rappel de nombreux véhicule
    et le retour en force d’une logique plus cohérente des véhicules simplifiés réduit à leur fonction essentiel l’individualisation d’un moyen de transport des gens et des marchandises sur de petites distance pour un cout moyen.

    quand à l’agriculture
    les profits de l’agroalimentaire reposent plus sur le marketing que sur le contenu, le produit et la nutrition. d’où la dépréciation totale des production vivrières combinée au jeu d’exploitation du différentiel des coûts de main d’oeuvre sur un plan international.
    il n’est donc plus possible d’imaginer vivre de produire des aliments tellement le cout de production des produits alimentaire est disproportionné par rapport au capital à investir pour rentabiliser le travail requis dans les conditions du marché et des exigences de productivité.

    et pourtant vivre dans manger n’est pas possible

    il faut donc bien trouver une solution au paradoxe d’une société qui ne peut vivre de consommer des produits hight tech à chaque repas.
    associé au problème d’une production de qualité il y a ce qui en suit : la santé.

    le problème du retour au jardinage individuel se heurte à de nombreux obstacles
    le manque de connaissance de la terre, notre société est composée pour moitié d’urbains de seconde voir troisième génération qui n’ont plus aucunes références au monde de la terre.
    ils sont donc la proie rêvée pour un nouvel engrenage dans la dépendance et non l’autonomie qui serait l’idéal présenté en devanture marketing.
    les jardineries se développent mieux que n’importe quel autre branche avec celle du bricolage avec lequel il est associé parce que le but est le même.
    on pourrait espérer un gain d’autonomie. il n’en est rien, tout cela ne vise qu’à transformer les gens en autoproducteurs et pour cela en consommateur des outils et des semences nécessaires selon un plan on ne peut plus malin, les amenant à consacrer leur temps libre à croire qu’ils le deviendront (libres) alors qu’un rapide calcul amène la plupart du temps à considérer que les dépenses organisées par la filière jardinage- bricolage produisent moins de gains que de dépenses et ne compensent même pas en qualité nutritionnelle la différence de prix d’avec les achats traditionnels de nourriture selon les filières habituelles.
    à moins de se consacrer au jardinage bio ce qui est très loin de la généralité.
    les stats sur l’utilisation des pesticides herbicides etc montrent que les jardins de loisirs sont le terraind’une pollution bien plus importante que celle générée par l’agriculture dite traditionnelle.
    les jardiniers amateurs pratiquant dans un temps réduit en plus de leur travail, achètent toutes sorte de produits dont ils mésusent sans respecter les dosages et se soucier plus que cela des niveaux de toxicité de tout ce qu’on leur propose en rayons et qui sont des produits commercialisés par les mêmes groupes agroalimentaires selon le même fond de logique toxique et profiteuse qui ne visent en rien à rendre l’individu plus libre mais seulement à le lui faire croire.

    le développement d’un jardinage bio frolant l’anarchisme économique se heurterait aussi au droit de propriété qui contient en lui-même un illogisme toxique en regard du double but qui serait de rendre la terre à sa vitalité naturelle et rendre l’homme meilleur du fait du contentement de ses besoins.
    on a donc tenté différentes situations assez extrèmes sans en trouver une satisfaisante.
    le collectivisme sans interessement personnel démobilise l’humain non formé à entretenir une motivation autrement que sur la base d’un égoïsme quasi universel. ( moi d’abord)
    l’individualisme et l’appropriation personnelle confine la plupart du temps à des répartitions inégalitaires du sol sur la même base du « moi d’abord »à laquelle s’ajoute le »tout pour moi seul ».
    Les sociétés prospères sur un plan agricole avaient en commun la capacité à se projeter au dela de leur propre existence pour la postérité de leur descendance et donc de réaliser des travaux d’infrastructure agricole dont la durée apportait des bénéfices audelà d’un temps immédiat.
    certaines même se souciaient de la pérénité des ressources ( eau, terre, humus, arbres, graines…) dans la même perception d’un temps supérieur à leur propre existence.
    bref ces sociétés avaient trouvé des solutions de sagesse qui leur avaient fait dépasser le stade du pillage pour un rapport d’échange et de respect avec la terre se sentant plus possédé par elle que propriétaire au sens ou on l’entend aujourd’hui.
    La perversion des mécanismes du vivant étant actuellement à l’oeuvre sur la surface entière du globe( ogm, déforestation, destruction des terres arables pour des plantations selon des méthodes industrielles à court terme, clonage des animaux d’élevage, etc), un jardinage réformateur parait un combat de David contre Goliath.
    pourtant c’est une solution possible car souvent les petites choses paraissent anodines et profitent dans leur début de la discretion de leur insignifiance pour amorcer un changement important qui ne s’opèrera cependant pas sans considérer qu’un renversement de tendance ne se fera sans doute pas sans susciter le couroux de ceux qui s’apercevront bien à un moment que leur fin approche. il est donc probable qu’il faille s’attendre à mener un combat soutenu à un moment donné et qu’une révolution verte ne se fera pas sans avoir à en payer le prix, ne serait ce que celui d’un engagement à une forme de résistance concertée nécessitant une structure en réseau.

    il me paraitrait interessant d’étudier le fonctionnement agricole des sociétés mennonites et quakers qui ont réussi à se maintenir et maintenir une forme d’agriculture dont la productivité défie l’entendement dans le contexte américain en général.
    ces groupes se gèrent sur un mode mixte individuel et collectif, chaque ferme est une unité individualisée, partie d’un collectif de fermes ou la problématique des grands travaux est résolue par le rassemblement des énergies , une mise en commun pour amplifier la rentabilité du travail.
    à noter que la rentabilité des terres ainsi gérées est voisine voir meilleure que celles cultivées avec des moyens techniques industriel. Les amish n’utilisant ni moteur ni électricité sauf pour répondre à certaines normes d’hygiène (réfrigération du lait par exemple) mais faisant toujours le choix du moyen le plus naturel et purement mécanique lorsqu’il est possible, traction animale, machine à vapeur, éolienne etc.
    le produit de leur élevage (boeuf chevaux) donne lieu à des foires réputées parmi les meilleurs des us et du canada.
    leurs terres sont parmi les plus fertiles d’amérique du nord, parce que leur méthodes agricoles pensent le sol avant l’idée d’en retirer une récolte.
    un livre en français pour mieux les connaitres
     » les Amish » Anne Rolland-Licour
    edition Michalon 1996
    il en existe d’autres en anglais.

  3. rahane

    en me promenant dans Montmartre à Paris au détour d’une rue en pente je suis tombée sur des pelouses en bas d’un immeuble transformées en jardin collectif par une association de quartier
    tout le monde pouvait y participer des plus jeunes aux plus âgés, y compris pour le simple plaisir de s’y prélasser en discutant avec ceux, celles du jour qui plantaient désherbaient. un lieu de convivialité jardinière.
    y poussait fleurs petits fruits et légumes.
    les moyens étaient collectifs, les récoltes partagées
    l’esprit étant plus le plaisir qu’un objectif de récolte quantitatif.
    un petit cabanon de bois pour ranger les outils
    un ou deux banc de bois peint, des allées.
    j’ai questionné les présents du jour sur la structure de l’opération, les conditions du miracle des rosiers fleuris.
    réponse
    apres discussion avec la société propriétaire de l’immeuble attenant qui avait fini par céder devant la volonté affirmée des colocataires ou propriétaires du quartier qui s’était quasi emparé de la pelouse pour en faire à leur guise.
    le syndic estimant que finalement il y gagnait en frais de tonte de pelouse.
    le jardin étant situé sous les fenêtres des cuisines de des chambres des co jardiniers, la surveillance associée au plaisir de contempler le coin de nature et de liberté en contrebas suffisait à endiguer des déprédations graves. il se volait bien quelques tomates et des fraises mais l’association avait laché prise sur l’idée de jardiner pour obtenir autre chose que le plaisir du contact avec la terre et de la convialité construite autour.
    le renouvellement des outils disparus de l’année était subventionné par la mairie de l’arrondissement qui avait fini par soutenir l’initiative
    l’association pourtant opérait dans une zone de non droit puisque n’ayant ni bail ni contrat garantissant la pérénité du jardin.
    l’attachement des cojardiniers au projet en était d’autant plus valorisé que leur manque d’assiduité aurait sonné le glas du jardin.
    des roses parfumées dérobées à l’ordre établi des pelouses.

  4. Pingback: L’Incredible illusion Todmorden | Jardinons la planète

  5. Pingback: Mon Venezuela : La réforme agraire de Chavez | Jardinons la planète

  6. Pingback: Jardin d’Eden | Jardinons la planète

  7. flyingdust

    Le fait que la voiture s’octroit autant d’espace urbain (étalement ) finit par la rendre pas loin d’indispensable. le gain d’espace par une organisation plus périphérique des déplacements, et ou les déplacements urbains se feraient avec les moyens les plus petits possibles (t.e.c, vélo, moto, petite deux place éventuellement) offrirait un gain de place phénoménale (imaginons ne fut ce qu’une bande par avenue débituminée et offerte à la plantation de fruitiers par exemple, ça fait rêver hein? :-))

    Par rapport à l’analyse des jardins bourgeois notamment: je suis assez surpris de ses recherches esthétiques. On retrouve bien souvent une forte proportion de plantes exogènes, à haute toxicité, souvent boudées par la faune locale et parfois même classées invasives. Qelle drôle d’ambiance mortuaire se dégage de cette esthétique lorsque l’on sait qu’un seul rameau ingéré de tel plante (je pense au laurier rose par exemple) suffirait à provoquer une mort rapide d’un bambin ou animal domestique imprudent. Quelle curieuse notion d’esthétisme qui ne tient aucun compte des utilités pratiques ou des aménagements écosystémiques d’un jardin.
    Ca se sont les plus beaux jardins que j’ai jamais vu, ceux qui parviennent à connecter ces trois aspects: esthétique, utilitaire et écosystémique.
    Le jardin ouvrier manque souvent d’esthétisme et le jardin bourgeois avec sa recherche de beauté pratique sans préoccupations utilitaires dégage une forte morbidité. Ce jardin en apparence calme et rangé est stérile de vie et les plantes ne s’y portent au grand jamais à la bouche. Si notre civilisation tombe, le bourgeois n’est pas plus à l’abri que le prolétaire vu ce qu’il fait de sa terre.

    • karmai

      Le potager du travailleur de base a ceci « d’impur » à l’oeil qu’il fait directement référence à la prédation et à la survie. La nature est alors appelée à notre besoin le plus primaire, se nourrir. Le jardin bourgeois, lui, s’extrait de cette logique quitte, comme tu le rappelles, à nier carrément cette fonction alimentaire avec des plantes qui sont carrément toxiques! Le principe de prestige et d’esthétique est alors majoritaire.
      Esthétique, utilitaire et écosystémique. Ca résume bien l’objectif d’un jardin réussi. Pas évident. Pour l’instant, l’écosystémique et l’esthétique s’oppose souvent à l’utilitaire. On progresse sur ce plan là, l’agro-foresterie est un exemple, mais qui pourrait être bien plus poussé et bien plus beau que ces alignements monospécifiques. La permaculture allie esthétique et écosystémique mais, jusque là et jusqu’à preuve du contraire, au détriment net de l’utilitaire.

      Sinon, pour l’espace public, tout est connecté. Comme il n’y a pas de démocratie directe, on ne consulte pas vraiment les gens sur l’utilisation de l’espace publique (https://jardinons.wordpress.com/2011/09/05/le-lego-lavenir-de-larchitecture-ecologique/), dès lors l’autonomie n’est jamais valorisé sur cet espace (pas de bancs, moins de jardins ouvriers privés, pas d’espace de concertation citoyen). Alors les déplacements sont contraints par un monopole (« même si je veux faire autrement tout me dirige vers la voiture »). Monopole qui ne pourrait être remis en cause que par la remise en cause d’un système politique qui garde son pouvoir parce que les gens ne sont pas autonomes (« pas compétents, irresponsables, racistes, égoïste, etc »). Le système de la compétence (Oligarchie) ne vit que par l’entretien de l’idéologie de l’imbécilité générale.

  8. flyingdust

    Merci! Qu’est-ce qui t’amènes à penser que la permaculture néglige l’utilitaire? L’idée de laisser certaines plantes qu’on ne consomme pas se fait dans une optique de favoriser des auxiliaires ou des systèmes associatifs qui s’auto renforcent, non? Quand j’écoute Richard wallner par exemple, je le sens très préoccupé par l’utilitaire justement (même s’il est souvent indirect, c’est peut être ça que tu exprimes? Pour moi la recherche écosystémique est utilitaire de façon directe (stockage d’eau avec un étang par exemple) et indirecte (renforcement d’une plante que l’on mange en laissant se développer une autre plante que l’on ne mange pas par exemple). L’esthétique est quand à elle indispensable pour pouvoir voir clair dans son système culturale, limiter et favoriser aisément ce qu’on veut voir prendre le pas sur le reste.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s