Tout le monde à poil

L’inévitable déclin du pétrole pose sur notre civilisation qui ignore les limites un spectre de récession effrayant qu’il est plutôt bon d’ignorer pour éviter l’ulcère ou de sombrer dans le pessimisme. Cette transition vers un monde plus frugale en énergie, qu’elle soit douloureuse ou pas, impose la remise en cause radicale du productivisme industriel dont le fluide vital est le sang noir de la terre. Devrions nous retourner à nos racines et redécouvrir les joies des chasseurs-cueilleurs? Voyage au cœur de l’Anarcho-primitivisme…

Couple équatorien -David De Rothschild

Avez vous lu Mein Kampf?

De la même manière que dès les années 30, un Homme qui aurait lu consciencieusement Mein Kampf aurait pu prévoir les grandes lignes des atrocités à venir, ou qu’un analyste un peu averti de la géopolitique peut facilement cerner la politique impérialiste américaine dans le moyen-Orient riche en pétrole, il ne fait pas de doute non plus que si l’on continue sur la même logique, le dogme criminel de la croissance infinie mènera le monde vers des désastres dont on aperçois dès aujourd’hui les ombres. La lutte pour s’accaparer les ressources énergétiques majeures (Pétrole et Gaz) auxquelles notre civilisation est dépendante prendra alors des dimensions qui dépasseront le cadre local d’une guerre d’Afghanistan ou d’Irak. Ce sera aussi le temps, comme on peut déjà l’observer aux Etats-unis, ou pour garantir sa sécurité, on cédera alors sa liberté de citoyen.

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité de mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux »

ligne de rien

ligne de rien

Thomas Jefferson

Hypocrite bactérie, mon semblable, mon frère!

En l’absence d’un changement volontaire de paradigme civilisationel en direction d’une autre anthropologie, nous irons jusqu’à ce que les limites de la nature régulent notre boulimie de ressources. En effet, la civilisation libérale dans laquelle nous vivons a battit son empire sur l’idée que l’on devait supposer l’homme égoïste, puis individualiste, calculateur et enfin consommateur ou producteur rationnel. De la même façon que l’empire romain était basé sur une anthropologie qui rendait possible le système de l’esclavage comme source de prospérité, la logique de l’intérêt égoïste – supposée garantir le bien être collectif – est le moteur puissant de création de richesses mesurables de notre ère.

« Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n’est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c’est toujours de leur avantage »

Adam Smith – Recherche sur la nature et l’origine de la richesse des Nations

Malheureusement, création de richesses signifie également destruction de ressources non renouvelables. Le rythme exponentiel que nous imposons à cette création/destruction imposera une nemesis à la juste mesure (pan metron) de l’hybris. Il est fort à parié que cela se traduira par un retour à un niveau de population plus faible.

Anandatandava – La danse cosmique de destruction/création de Shiva

Vouloir s’opposer à cette logique c’est concevoir un autre homme. Il faut oser nous imaginer autrement que comme des bactéries dont le seul but apparent serait de maximiser l’utilisation des ressources pour croitre. Rappelons que l’expérience simple d’une poignée de ces confrères unicellulaires mis dans une boîte de pétri montre qu’un tel comportement mène directement à la catastrophe. Serons-nous plus malin que des bactéries? Rien n’est moins sur.

Dali – La naissance de l’homme nouveau – 1943

Sur ce terreau fertile de la remise en cause des fondements de notre civilisation pour éviter l’impasse qui se profile, les anarcho-primitivistes poussent la logique de la critique jusqu’à son terme. Critiquant toute forme de technique comme fondamentalement aliénante, il prônent un virage radical inspiré des sociétés égalitaires d’avant l’invention de l’agriculture où l’impact sur l’environnement était nul car un tel concept n’existait même pas.

L’anthropologie nouvelle de l’homme des cavernes

Beaucoup de mouvements idéologiques ont idéalisés le doux sauvage, exempt des tares qui suinteraient mécaniquement de l’infectieuse cité, de la purulente nation ou de la civilisation faisandée. Rousseau fut un défenseur acharné d’une idée naturelle de l’homme qui serait au delà du bien et du mal (disons hors de la morale pour être exact). Notre société -n’étant pas forcément par nature vouée à corrompre- aurait toutefois raté son passage vers une société juste. Par ailleurs, certains récits enthousiastes de grands voyages d’exploration décrivent des terres lointaines aux peuplades bigarrées aux mœurs tranquilles, injustement taxé de sauvages.

« Pleurez, malheureux Tahitiens! pleurez; mais que ce soit de l’arrivée, et non du départ de ces hommes ambitieux et méchants: un jour, vous les connaîtrez mieux. Un jour, ils reviendront, le morceau de bois que vous voyez attaché à la ceinture de celui-ci, dans une main, et le fer qui pend au côté de celui-là, dans l’autre, vous enchaîner, vous égorger, ou vous assujettir à leurs extravagances et à leurs vices; un jour vous servirez sous eux, aussi corrompus, aussi vils, aussi malheureux qu’eux. Mais je me console; je touche à la fin de ma carrière; et la calamité que je vous annonce, je ne la verrai point. O Tahitiens! mes amis! vous auriez un moyen d’échapper à un funeste avenir; mais j’aimerais mieux mourir que de vous en donner le conseil. Qu’ils s’éloignent, et qu’ils vivent. »

Puis s’adressant à Bougainville, il ajouta: « Et toi, chef des brigands qui t’obéissent, écarte promptement ton vaisseau de notre rive: nous sommes innocents, nous sommes heureux; et tu ne peux que nuire à notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature; et tu as tenté d’effacer de nos âmes son caractère. Ici tout est à tous; et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction du tien et du mien. Nos filles et nos femmes nous sont communes; tu as partagé ce privilège avec nous; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras; tu es devenu féroce entre les leurs. Elles ont commencé à se haïr; vous vous êtes égorgés pour elles; et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommes libres; et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage »

Diderot – Supplément au voyage de Bougainville

De même les naturiens, un groupe d’anarchistes de Montmartre ont échappés à l’usine pour aller chercher la vie simple et supposée libre des îles exotiques ou des terres isolées. De même, des expériences seront faites pour tenter de retrouver l’état des chasseurs cueilleurs. La plupart de ces expériences visant à retrouver l’état de nature seront des échecs cuisants.

Le Néo-naturien – 1922

Le représentant actuel et quelquepart l’héritié actuel de ces penseurs est John Zerzan, chef de file du mouvement anarcho-primitiviste.

Grotte, douce grotte

La pensée de l’anarcho-primitivisme est essentielle à explorer car elle représente quelque part l’extrême absolu en terme d’écologie politique – si l’on exclu ceux qui prônent la disparition de l’être humain sur la terre (si, si, ça existe)-. Ce courant de pensé, profondément opposé aux structures hiérarchiques sources d’oppressions, prend comme modèle d’organisation les sociétés pré-industrielles qui auraient connues une organisation proche de l’idéal anarchiste. En effet, les premières sociétés humaines ne connaissaient pas de surplus agricole et donc ne pouvait pas entretenir de structure de classe complexe.

La belle verte – Coline Serreau

L’agriculture fut aussi une régression

La naissance de l’agriculture est excessivement importante pour comprendre la logique des primitivistes. Il faut bien comprendre qu’il y a environ 10 000 ans, lorsque les hommes se sont progressivement tournés vers l’agriculture, ils ne l’ont probablement pas fait afin de répondre à un manque alimentaire. Comme le rappelle Jacques Cauvin, auteur du célèbre naissance des divinités, naissance de l’agriculture [et pas l’inverse c’est important], le contexte de sa naissance « n’est pas celui d’une paupérisation ou d’un épuisement des ressources exploitées jusqu’alors ». L’agriculture ne permet donc pas la survie in extremis d’une population mourant de faim, mais bien plus probablement un progrès quantitatif notable des ressources alimentaires et/ou une libération de temps passé à leurs récoltes.

Teosinte (a gauche) l’ancêtre sauvage du Maïs (à droite)

Le surplus, qu’il soit sous forme de temps ou de nourriture, crée donc la condition de possibilité d’une collectivité humaine basée sur des statut différents. C’est la naissance des classes. En effet, si l’on en croit Cauvin, la naissance des divinités à rendu possible l’agriculture par un changement culturel progressif dans le rapport des hommes vis à vis de leur environnement. La domination et l’accaparement du surplus dégagé par l’agriculture (temps et nourriture) sont donc intimement liés au magique. Ceux qui peuvent prétendre posséder les clefs de cet imaginaire mystique ont en retour l’avantage de bénéficier d’une partie notable du surplus dégagé. Ils pouvaient ainsi de moins en moins s’investir dans l’activité nourricière et disposer du temps pour assurer la cosmogonie, supposée garante de l’équilibre et de la sécurité du groupe. Il est a noté que cette domination n’est pas forcément entièrement parasitaire. Lorsque le religieux joue un rôle majeur dans l’organisation agraire comme cela fut le cas dans les sociétés dites « despotisme orientale » [Empire Inca, Egypte pharaonique, Empire Khmer…].

La conclusion est donc simple, pour éradiquer la domination, la hiérarchie et l’autorité, il faut couper ce qui les nourris, à savoir le surplus.

L’écofascisme

Le retour à une vie plus simple, où nous ne serions pas dépendant d’une longue activité (ce que nous appelons aujourd’hui travail) pour satisfaire le corps de ses besoins naturels, où le temps dédié au relationnel, au jeu et à la création serait plus vaste est un horizon que beaucoup de gens pourraient appelé de leur vœux. Le seul élément vraiment concret pour s’opposer à cette vision est la condition de possibilité de ce retour. Ce changement de civilisation est tout à fait possible mais il requiert une politique fasciste sans précédent, la mort de 99% de la population mondiale.

Symbole de l’Anarcho-primitivisme

Tout le courant politique de l’Anarcho-primitivisme, qui dispose de ma profonde sympathie sur son analyse du système technicien, de la critique de l’autorité et des analyses d’écologie politique réchigne fortement à accepter le prix de la mise en œuvre de leur politique.

Je ne pense pas qu’ils réalisent qu’ils appellent à un génocide de masse de millions de gens du fait de la façon dont la société est aujourd’hui structurée et organisée, la vie urbaine et autres. Eliminer ces structures, tout le monde meurt. Par exemple, je ne peux pas faire pousser ma nourriture. C’est une belle idée, mais ça ne marchera pas, pas dans ce monde. Et en fait, aucun de nous ne veux vivre comme un chasseur-cueilleur. Il y a trop de choses offertes par le monde moderne. Pour le dire crument, ils appelent au pire génocide de masse de toute l’histoire de l’humanité. Et à part si quelqu’un à penser dans ces termes, ce n’est pas vraiment sérieux.

Noam Chomsky

John Zerzan aura beau faire de très belles analyses de la société marchande, productiviste, aliéné au travail, de la destruction de la biosphère, son projet politique reste pour moi le premier éco-fascisme que j’aurais identifié. Seul Ted Kaczynski, autrement appelé Una-Bomber, terroriste anarcho-primitiviste inspiré par la critique technicienne de Jacques Ellul, admet crument ce simple constat.

Quand les choses s’effondreront il y aura de la violence, et cela soulève une question, je ne sais pas si je la qualifierai d’éthique, mais je veux dire pour ceux qui comprennent qu’il faut abolir le système techno-industriel, que si vous travaillez pour son effondrement vous tuerez effectivement beaucoup de gens. Si ce système s’effondre, il y aura un désordre social, il y aura de l’inanition, il n’y aura plus de pièces de rechange ni de combustible ni d’outillage agricole, il n’y aura plus de pesticide ni d’engrais dont l’agriculture moderne dépend. Donc, il n’y aura pas assez de nourriture pour tout le monde, et qu’est-ce qui va arriver alors? C’est là un problème que, dans tout ce que j’ai lu, je n’ai jamais vu aucun radical admettre.

Ted Kaczynski

La vraie conclusion et le véritable intérêt de ce courant de penser, en dehors des analyses parfois très intéressantes, est la problématique de la population. Il n’est pas délirant de poser la question de la limite de la population, voir même d’une politique de décroissance de la population. En effet, la pression écologique que nous faisons subir à la planète est directement corrélé avec le nombre de télé-encépahles hautement développés. Suite du programme à partir de mon ami, certes mort, Malthus pour qui au banquet de la nature, tout le monde ne devait pas être invité…Bon appétit quand même.

14 Commentaires

Classé dans Agriculture, Economie, Philosophie, Politique

14 réponses à “Tout le monde à poil

  1. Bel article comme toujours, néanmoins la fin me laisse un peu songeur.

    Tout d’abord, qualifier l’anarcho-primitivisme d’éco-fascisme me semble un peu abusif: le fascisme au sens large prône un état fort et autoritaire, ce qui est complètement à l’opposé des mouvements anarchistes qui généralement ne veulent pas d’état du tout.

    Quant au génocide, on est en plein dedans ! On est en plein écono-fascisme ! Et tu le soulignes très bien dans la partie « avez-vous lu mein kampf ? »

    Si la planète se réchauffe de 4-6°C, il n’y aura même plus de quoi nourrir le 1% de la population qui aura survécu. Alors oui, on pourrait se poser la question de savoir s’il faut saborder la méga-machine tout de suite, en payant le prix fort, ou attendre qu’elle nous détruise tous.

    L’anarcho-primitivisme est un peu trop radical pour moi, mais il y a d’autres courants qui font la même critique radicale du système (malgré tout qualifiés d’optimistes naïf par Ted Kaczynski) comme l’anarchisme vert (voir divers textes en français http://endehors.org/texts/green-anarchy).

    J’ai exposé mes idées dans une note « Sortir du piège » (http://imago.hautetfort.com/archive/2008/01/23/sortir-du-piege.html) qui me semble être une voie médiane raisonnable mais je sais aussi que son succès va demander beaucoup de chance.

  2. karmai

    Bonjour Imago,

    Merci de ta fidelité sur ce blog.

    Je suis bien d’accord avec ta remarque sur l’eco-fascisme. J’ai utilisé ce terme un peu a l’emporte piece pour décrire une derive dangereuse liée a une politique ecologique potentielle. Mais comment caractériser un regime basé sur l’écologie dont la poitique aboutirait a un meurte de masse?

    Sinon je ne suis pas d’accord lorsque tu dis « Quant au génocide, on est en plein dedans ! On est en plein écono-fascisme ! Et tu le soulignes très bien dans la partie “avez-vous lu mein kampf ?” ». Il n’y a pas de génocide programmé aujourd’hui par aucun pays. Ce que je souhaitais souligner dans cet article c’est le fait que la recession économique liée au déclin pétrolier est quelquechose de prévisible comme l’était la montée du national-socialisme et les grandes lignes de son projet.

    De meme, lorsque tu dis « Si la planète se réchauffe de 4-6°C, il n’y aura même plus de quoi nourrir le 1% de la population qui aura survécu ». Je ne suis pas d’accord a moins que tu me le prouve. La hausse des temperatures peut tres bien favoriser la croissance des plantes et ainsi augmenter les rendements agricoles. De meme, je ne vois pas d’ou tu sors que le rechauffement climatique serait responsable de la mort de 99% de l’humanité. Je ne connais en tout cas pas les arguments rationnels qui permetteraient d’aboutir a cette conclusion. J;ai relu plusieurs fois ta phrase et je n’arrive pas a savoir si c’est ce que tu penses ou s’il s’agit d’une forme rhetorique.

    Enfin, sur des formes moins radicales qui tentent de résoudre les problemes posées par la surpopulation et l’exploitation des ressources planétaires, je suis bien d’accord qu’elle sont a préférées. Car meme si leur moindre radicalité faisait que nous ne resolvions pas le probleme, au moins nous ne perdrions pas notre humanité sur le chemin.

  3. Imago

    Quelques précisions:

    – l’anarcho-primitivisme n’est pas un régime et n’a donc pas de politique. La mise en oeuvre de certaines idées pourrait avoir un impact funeste sur une partie de la population et provoquer une décroissance rapide de la population (aussi rapide que sa croissance, finalement on ne verra pas des cadavres joncher les rues pas plus qu’on a vu des nouveaux-né squatter les troitoirs). Mais ce n’est pas un génocide programmé, personne n’est visé, ce n’est pas par égoïsme, c’est pour la survie de l’espèce.

    – Tu as écris « le dogme criminel de la croissance infinie mènera le monde vers des désastres dont on aperçois dès aujourd’hui les ombres » c’est là que je vois une sorte de génocide: vis-à-vis des pays du tiers monde, vis-à-vis des générations futures. L’idée est forte et bien sûr provocatrice, mais notre mode de vie, nos choix actuels ne sont pas non plus sans conséquences, il ne faut pas se leurrer, il se peut tout à fait que nos descendants nous traitent de criminels.

    – Par rapport au 99%, c’est une allusion au livre « six degrees » http://www.amazon.com/Six-Degrees-Future-Hotter-Planet/dp/142620213X
    (que je n’ai pas lu) mais qui dit qu’à 3°C d’élévation de température la forêt amazonienne disparaît, le groenland fond et les déserts progressent , et qu’à 6°C nous changeons de planète et que la plupart des formes de vie seraient éliminées.

    Si c’est vrai, et que nous continuons ainsi, ça ressemble assez au génocide des générations futures, nos enfants y-compris.

    Enfin, tout ça c’était pour relativiser la dangerosité des idées anarcho-primitivistes.

  4. Toujours aussi intéressant par ici 🙂

    Pour ce qui est de l’éco-fascisme, il y a souvent de bonnes critiques sur le forum de decroissance.info, par des décroissants libertaires qui voit dans la future administration des désastres de notre société par notre société, une manière de faire porter le poids sur la population sans remettre en cause les structures qui en sont responsables (captalisme, voir état …), donc revenir sur notre asservissement.

    J’avoue que les anarcho-primitivistes, j’ai un peu de mal. J’imagine qu’il doit y avoir plusieurs niveau de radicalité, mais je me vois mal revenir aux silex par exemple (non non ce n’est pas l’attaque pendante du « retour aux cavernes » appliquées aux primitivistes, ils en parlaient sur des forums primitivistes). Je ne sais pas si les primitivistes sont « opposés » à l’écriture, a la musique, etc.

    J’ai du mal à voir quel système politique serait le mieux à même de gérer les crises à venir. Un anarchisme vert ? Un état fort éclairé et participatif comme celui de la révolution cubaine ? J’aurai tendance a avoir la même position que Chomsky, qui voit en l’État une cage, mais que cette cage est à l’heure actuelle nécessaire pour nous protéger des fauves que sont les multinationales. Mais sans pétroles, les fauves vont vite mourrir, alors est-ce qu’on aura encore besoin de la cage ?

    On en est à un stade inédit de l’évolution humaine : population, concentration, maitrise technologique et connaissance scientifique …
    Comme tu l’as dit, revenir à une société de chasseurs-cueilleurs est impossible à moins de sacrifier une bonne partie de l’humanité (laquelle ?).

    Un défi très exhaltant nous attends. Défi, nourrir le plus de monde possible, de manière durable et fraternelle, dans un environnement dégradé. Nos atouts : la connaissance, l’expérience des générations passées, et une partie de la poubelle de la société de consommation.

    Relever le défi, c’est un peu tout ce qu’il nous reste.

  5. karmai

    Bonjour Nicollas,

    Je suis d’accord avec toi et c’est la conclusion de mon article. Una-Bomber est sans appel, et va dans le sens de Chomsky. Meme en admettant que le monde des chasseurs-cueilleurs fournisse en moyenne de meilleurs conditions de vie pour les humains, il faut a l’heure d’aujourd’hui accepter l’hécatombe d’une telle orientation. Aussi desirable soit-elle dans sa finalité, elle n’en reste pas moins une option interdite pour toute personne qui se déclarerait humaniste.

    Je suis donc d’accord avec ta conclusion, le défi est de faire avec le monde tel qu’il est et d’essayer, au contraire, de faire vivre les gens qui vont naitre. Le faire de maniere durable et fraternelle ne sonne pas a mes oreilles comme tres realiste malheureusement. Il est plus probable que l’issue d’une telle limite soit dans la conjonction de:

    1. Une précarisation plus poussée du tiers monde et des tiers-citoyens (Au Nord comme au Sud) qui permette que la boulimie des uns soient assurée par l’ascese des autres.

    2. Des conflits réduisant le nombre d’humains, d’autant plus que 1 est vrai.

    3. Une planete qui continue a se dégrader, mais qui a l’instar de l’etre humain dispose d’une capacité d’adapation hors norme. Cette degradation accelerant 1 et 2.

    Ce mouvement se stabilisera sur une population precaire (empreinte largement inferieur a 1) en proportion d’une elite possedant les capitaux, les instruments de pouvoir et d’un tres bon mode de vie (empreinte ecologique largement superieur a 1). Ceci jusqu’a ce que la somme des empreintes ecologiques soient environ de 1, ou qu’une boucle de regulation stable se mette en place (un peu a la maniere des 800 millions d’affamés qui represente la part stable de précarité de notre modele d’organisation actuel)

    Pas de quoi se rejouir, mais pas de quoi rester planté la a rien faire. 🙂

    Merci de ta fidelité et de ton compliment.

    Karmai

  6. Je me fais tant de mourron que ça pour le tiers monde, j’ai l’impression qu’ils seront les mieux « armés » pour ce qui vient. Evidemment pour les habitants des pays qui ont des ressources, je suis moins optimiste. Mais l’industrialisation a moins profondément touché leurs sociétés, même si elle a déjà fait d’énormes dégats (destruction de la paysannerie en cours). Je me dis que si le pétrole devient rare, ils auront moins de mal à reprendre les pioches et faire ce qu’ils ont toujours fait, et avec des sols moins massacrés que les notres.

    Et vu que les transports de marchandises deviendront de plus en plus cher, on leur foutra plus la paix.

    Pour les conflits, j’imagine que ça va devenir inévitable, surtout pour l’accès à l’eau dans certaines régions.

    Pour le coté fraternel, je me demande aussi si c’est possible, surtout en occident. Je me accroche à l’exemple de Cuba, ou ils ont réussi des trucs formidables. Mais est-ce que la différence de contexte permettra un tel résultat, mystère.

  7. karmai

    Je n’aime pas trop joué le defaitiste, car je suis plutot une personne optimiste et utopiste mais je connais trop les mecanismes de pouvoirs qui ont lieu dans le monde. Les pays du tiers monde n’auront aucun moyen de se libérer de l’emprise du premier monde (elite occidentalisé de tous les pays du monde) du fait de leur dependance culturelle (car l’occident reste attractif) et financiere (ces pays sont contraints a l’exportation a bas prix pour rembourser leurs dettes). Si ce n’etait qu’une question de ressources, l’Afrique serait aussi riche que l’Europe depuis bien longtemps, si ce n’etait qu’une question de mode de vie frugal, le vietnam serait le paradis sur terre, ce qui est loin d’etre le cas.

    Ceci est tres important a mes yeux: Le declin du petrole et des autres ressources ne remettra pas en cause les rapports de force et les moyens de domination actuels! Au contraire, la precarisation des moyens d’existence d’une population permet d’assoir encore plus sa puissance sur elle car elle n’a plus les moyens de se revolter. C’est en partie pour cela que les dictatures marchent mieux dans les pays pauvres!

    Declin du petrole, ne veut pas dire plus de petrole. Une classe dominante financiere et nomade (comme elle est aujourd’hui) est intouchable car apatride. La fin du petrole ne changera pas le fait que les riches pourront toujours faire fuir leurs capitaux a l’etranger, ou qu’ils pourront s’exiler dans un avion marchant aux agro-carburants.

    Soit la domination, soit la revolution. Ce n’est pas tres gai mais ca ressemble a comment l’homme s’est toujours comporté.

  8. Imago

    « Soit la domination, soit la revolution. Ce n’est pas tres gai mais ca ressemble a comment l’homme s’est toujours comporté. »…
    Ce n’est effectivement pas très gai pour une personne qui se définit comme « optimiste et utopiste » 😉

    Je ne crois pas à cette binarité, c’est un biais « culturel ».

    J’espère que vous avez lu les oeuvres de Daniel Quinn ?

  9. karmai

    On peut etre optimiste (penser que ca ira), utopiste (defendre des projets de societes ideaux) et toujours etre conscient des mecanismes puissants qui gouvernent l’humanité.

    Que dit ce Daniel Quinn a propos de mon biais culturel?

  10. Imago

    Daniel Quinn dit pas mal de choses, et voyant le contenu des interventions sur ce blog, je pense que la lecture de ses oeuvres vous permettra certainement de combler quelques lacunes dans votre raisonnement déjà bien avancé.
    Son livre en français « Ishmael » est quasiment introuvable, ou très cher, par contre si vous êtes capables de lire l’anglais vous le trouverez facilement.
    On trouve aussi un interview de lui dans le film « what a way to go, life at the end of the empire », à voir également.

  11. Il a l’air drolement bien le bouquin, mais effectivement impossible à trouver sur le net, ou alors à 70€, hum.

    Dans l’article anglais de wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Ishmael_(novel) , un des liens connexes renvoie vers la permaculture 🙂

  12. karmai

    Oui, il semble etre une etape interessante sur le chemin que nous semblons parcourir.

    Je l’ai trouvé en Anglais a un prix raisonnable donc c’est du domaine du possible (bon apres il faut pouvoir lire en anglais).

    Il semble que ce livre parle beaucoup aux gens car c’est le miroir tendu vers nous-meme et notre société.

    Quitte a faire des conseils litteraires dans des commentaires, je peux vous conseiller une bouffée d’air frais avec le livre de Mendras « Voyage au pays de l’Utopie rustique » qui traite du voyage d’un citoyen d’un pays imaginaire d’Asie centrale dans la France de nos jours ou une société (le pays de l’Utopie rustique) basé sur des principes proches de la decroissance. Encore une fois, un miroir tendu en vis a vis de notre epoque puisque l’auteur l’a ecris dans les années 70 en imaginant l’année 2007…

  13. toolate

    bonsoir
    découverte de ce blog a l’instant
    désolé pas lu tous les commentaires
    mais la présence d’imago est comme a l’habitude (de mon point de vue)enrichissante
    j’ai découvert l’anarcho-primitivisme il y a peu(6 mois) et participe au forum des vert et noir
    je me permet d’intervenir sur une chose qui me dérange:
    la pensée qui consiste a dire que les primitiviste sont pour une réduction drastique de la population est erronée de mon point de vue.
    je pense plutôt que les primitiviste partent du constat que face aux événements économiques, climatiques et quantitatifs des ressources énergétiques,l’être humain n’aura pas le temps de ce préparer: une transition
    d’où la naissance d’un constat plutôt que le désir d’un génocide
    le forum primitiviste est plutôt source de renseignement et de passage transitionnel pour éviter au niveau personnel le pire
    un équivalent peut être fait avec les forums pickistes
    je ne me considère pas comme « primitiviste » mais le mot parle (comme le fait le mot décroissance).
    Nous entrons dans une période de forte réalité physique de la terre et nous sommes nous en décalage avec les évènement en cour.
    nous allons prendre un sévère coup de bambou sur notre destinée telle que nous la concevons actuellement, les primitiviste veulent juste se donner la capacité de ne pas l’ignorer.
    il est assez simple de se rendre compte que un très grand nombre des citoyen de cette planète risque d’y laisser leur vie, sans pour autant prôner ce constat en désir.

  14. Pingback: Jardin d’Eden | Jardinons la planète

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